C’est une nuit extraordinairement paisible. On entend uniquement le cricri des grillons et l’étrange coassement de quelques grenouilles. Malgré l’obscurité, on voit très bien l’éléphant empoigner du sable avec sa trompe et se l’envoyer sur le dos. Et recommencer avec une nouvelle poignée. Derrière, une civette aux yeux brillants se déplace sans bruit. Un peu plus et on pourrait sentir l’odeur musquée caractéristique du petit mammifère.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Mais c’est impossible. L’amateur de safari qui admire ces superbes spécimens de la faune africaine est confiné dans un petit appartement de Montréal. L’éléphant et la civette se trouvent à plus de 13 000 km de là, dans la réserve de Tembe, au KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud. Une caméra retransmet en direct, sur le web, tout ce qui se passe autour d’un point d’eau. Il suffit d’être patient pour observer des éléphants, des antilopes, des lions, des buffles et bien d’autres animaux.

Lorsqu’il est impossible de quitter le pays, les webcams permettent de voyager à très faible coût. Pas besoin de réserver un billet d’avion, de se taper la longue file pour passer la sécurité, de passer des heures dans la classe sardines d’un avion… Évidemment, on préférerait être sur place : se lever à l’aube, monter à bord de la Land Rover avec une excitation plus ou moins contenue, se faire secouer sur une route de terre digne des rues montréalaises au printemps pour enfin franchir les barrières de ce parc africain dont on rêve depuis des années…

En attendant, on peut aller sur le site africam.com et choisir une des diffusions en direct qui sont offertes : ici, à la réserve Balule, on peut voir des impalas brouter. Là, près de la rivière Olifants, un gros singe non identifié se repose sur une branche d’arbre. En raison du décalage horaire, c’est la nuit là-bas, une période d’intense activité qu’on peut observer grâce à des caméras de très haute technologie.

> Consultez le site africam.com (en anglais)

Les opérateurs des caméras prennent toutefois bien soin d’écarter l’objectif lorsqu’un rhinocéros se pointe à un point d’eau. Les braconniers peuvent être à l’écoute.

Le monde entier

Les amoureux de la nature ont un autre site à inscrire dans leurs favoris : explore.org/livecams. On donne accès à des dizaines de caméras à travers le monde, classées par catégorie : oiseaux, océans, ours, etc. On peut ainsi observer une femelle pygargue pêcheur dans son nid à Decorah, en Iowa, des poissons nager doucement au large de la Floride et des toucans se régaler de fruits au Panamá. Évidemment, il peut arriver qu’il ne se passe strictement rien, notamment parce que ce n’est pas la saison. Ainsi, c’est en automne qu’on peut observer les ours polaires à Churchill, au Manitoba. En novembre, les ours quittent le secteur parce que l’eau de la baie d’Hudson gèle et qu’ils peuvent partir sur la banquise à la recherche de phoques délicieux.

> Consultez le site explore.org (en anglais)

Les responsables des caméras profitent souvent de ces temps morts pour diffuser les plus belles images de la saison.

Les villes aussi

PHOTO ANDREAS SOLARO, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La fontaine de Trevi, à Rome

Les voyageurs qui préfèrent la scène urbaine peuvent également se transporter à l’autre bout de la planète, notamment grâce au site skylinewebcams.com. On peut choisir ses diffusions en direct par catégorie (zones urbaines, plages, paysages, etc.), mais aussi par pays.

Le plus simple est de choisir la catégorie des diffusions les plus populaires : la fontaine de Trevi à Rome, la piazza San Marco à Venise, la Puerta del Sol à Madrid, toutes incroyablement désertes en cette soirée de pandémie. On peut aussi se transporter à la Plaza Mayor à Cuzco, aux îles Lofoten en Norvège ou même à l’île de Pâques. Ce qui frappe ici, ce ne sont pas les fameuses statues Moa en bord de mer, mais bien les deux chevaux, en avant-plan, qui se grignotent affectueusement l’encolure, à l’encontre de toutes les règles de distanciation sociale.

> Consultez le site skylinewebcams.com (en anglais)

PHOTO DADO RUVIC, ARCHIVES REUTERS

Une nuit brumeuse à Sarajevo

Le site webcamtaxi.com offre une plus grande variété de catégories (volcans et séismes, stations de ski, etc.) ainsi qu’un choix par pays. Encore une fois, la section des diffusions les plus populaires permet de faire de belles découvertes, comme le centre-ville de Belgrade ou celui de Sarajevo. Pour un peu plus d’exotisme, on peut choisir d’admirer la Terre à partir de la Station spatiale internationale. Même lorsqu’il sera possible de voyager à nouveau, un voyage vers la Station spatiale demeurera hors de prix pour la plupart des touristes.

> Consultez le site webcamtaxi.com (en anglais)

Earthcam.com donne accès à des diffusions en direct liées à des lieux touristiques. En fait, nombre d’hôteliers ont recours à des webcams pour attirer des clients chez eux. Une carte interactive sur le site permet de fouiner un peu partout sur la planète.

> Consultez le site Earthcam.com (en anglais)

PHOTO JOHN BAZEMORE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Lun Lun et son petit Mei Lan mangent des bambous
au zoo d’Atlanta.

Il faut parfois faire une recherche directement dans Google ou sur YouTube pour trouver une diffusion en direct qui suit des intérêts particuliers en utilisant les mots « webcam » ou « livecam ». Les fans des Beatles peuvent ainsi surveiller qui traverse Abbey Road. Ceux qui adorent les pandas voudront peut-être suivre les bêtes du zoo d’Atlanta ou ceux du Smithsonian de Washington. Les gens très patients peuvent surveiller les éruptions du geyser Old Faithful, à Yellowstone.

> Regardez une webcam à Abbey Road (en anglais)

> Regardez la webcam du zoo d’Atlanta (en anglais)

> Regardez la webcam du Smithsonian (en anglais)

> Regardez les webcams du National Park Service (en anglais)

PHOTO GETTY IMAGES

Geyser Old Faithful, à Yellowstone

Parfois, les diffusions les plus intéressantes ne proviennent pas de l’autre bout de la planète. Ainsi, ce printemps, il faut regarder Nichoir en direct de Faucons UdeM pour suivre la vie familiale d’Eve et d’Eole, deux faucons pèlerins qui ont élevé de nombreux fauconneaux au cours des dernières années. C’est une véritable télé-réalité : aux dernières nouvelles, Eole a disparu et un autre mâle, Sphinx, semble avoir pris sa place dans le cœur d’Eve.

> Regardez la webcam de Faucons UdeM