Vous êtes dans un vol Montréal-Paris, votre voisin de rangée s’endort paisiblement… et ne se réveille pas. Le scénario est rarissime, certes, mais vous êtes-vous déjà demandé ce qui arrivait si un passager mourait à bord d’un avion ? Les compagnies aériennes n’aiment pas trop aborder le sujet, mais la question, bien que délicate, se pose.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Le dernier cas médiatisé remonte à 2016, lorsqu’un passager de Singapore Airlines est mort lors d’un vol entre New Delhi et Singapour. Ces situations surviennent tout de même quelques fois par année, mais, rassurez-vous, les probabilités que cela se produise lors de votre prochain voyage sont très faibles.

« Un décès à bord d’un appareil est un événement extrêmement rare. Nos données démontrent qu’environ une personne par 8 millions de passagers mourra à bord d’un appareil », explique Erin Mitchell, porte-parole de MedAire, un service international d’assistance médicale aérienne, terrestre et maritime qui travaille avec plus de 150 compagnies aériennes partout dans le monde, dont Air Transat.

C’est donc dire que sur les 4,3 milliards de personnes qui ont voyagé par la voie des airs en 2018, un peu plus de 500 passagers ont rendu leur dernier souffle entre les nuages.

Ces décès sont liés à des conditions médicales inconnues, préexistantes, mais aussi connues.

« Cette dernière catégorie regroupe ceux qui ont des problèmes médicaux connus, qui sont tombés malades à destination et veulent voler pour retourner à la maison, qui se déplacent pour recevoir de meilleurs traitements prodigués ailleurs […], ou qui cherchent à payer moins cher pour des services médicaux en raison de la popularité grandissante du tourisme médical », énumère M. Mitchell.

Une réalité qui ne vient pas sans son lot de procédures, appliquées au cas par cas.

« Si une telle situation se produit, notre personnel a effectivement des procédures à suivre, précise Debbie Cabana, porte-parole du transporteur Air Transat. Nous demandons s’il y a un médecin à bord de l’appareil, nous n’avons pas de médecins dédiés à bord de nos vols, et nous contactons MedLink, un service spécialisé en médecine des airs offert à Air Transat par l’entreprise MedAire, afin de prendre les décisions en lien avec la situation. »

Constater le décès

Légalement, un médecin doit déclarer la mort d’une personne pour qu’elle soit considérée comme telle. Mais dans les faits, même s’il n’y a pas de médecin à bord, une personne peut quand même mourir. Dans ce cas, l’équipage joindra une équipe au sol – MedAire dans le cas d’Air Transat, par exemple – et suivra la procédure indiquée pour d’abord tenter d’éviter le décès et, dans de rares cas, le constater et sécuriser le corps du défunt dans des conditions hors du commun. Selon la situation, l’appareil peut être détourné de sa destination finale.

« Tous les cas sont différents. Ainsi, le pilote va suivre les procédures de sa compagnie aérienne qui sont normalement basées sur les lignes directrices de l’Association internationale du transport aérien (IATA) », indique Erin Mitchell.

L’IATA, l’association commerciale des compagnies internationales, représente 290 compagnies, soit 82 % du trafic aérien.

Le document de l’IATA indique que les agents de bord doivent pratiquer les manœuvres de réanimation cardiorespiratoire (RCR) tant que les conditions le permettent (pas de turbulences, atterrissage en douceur, etc.).

« La personne est présumée morte si : le RCR a été pratiqué durant 30 minutes sans signe de vie, aucun choc n’a été administré par un défibrillateur portatif à bord de l’appareil, la personne peut être PRÉSUMÉE MORTE, et la réanimation arrêtée », peut-on lire dans la marche à suivre de l’IATA.

Sécuriser le corps

Le vol peut tirer à sa fin, mais l’appareil peut aussi mettre un certain temps avant de se poser. Le personnel doit ainsi s’assurer de positionner le corps du présumé défunt de façon sécuritaire.

L’IATA suggère aux agents de bord de déplacer la personne dans un siège le plus isolé possible et, si l’avion est plein, de la remettre dans son siège attitré ou à un autre endroit qui n’obstrue ni les allées ni les sorties.

« Portez une attention particulière, lorsque vous déplacez la personne, aux difficultés que peuvent éprouver les témoins de la scène », est-il noté.

Il est même indiqué au personnel de boucler la ceinture de sécurité du présumé défunt, de le recouvrir d’une couverture jusqu’au cou et de fermer ses yeux. Une fois l’atterrissage effectué, des autorités locales au sol prennent le relais.