Oubliez les serviteurs gantés de blanc, les hôtels cinq étoiles et la vaisselle dorée. Le grand luxe en voyage n’est plus ce qu’il était : les touristes veulent d’abord et avant tout « vivre » des expériences uniques, taillées sur mesure pour répondre à leurs désirs les plus fous. Sauter d’un hélicoptère pour faire la fête sur l’une des plus hautes cimes des Alpes ? Il suffit d’y mettre le prix.

Violaine Ballivy
Violaine Ballivy La Presse

« C’était une scène digne d’un film de James Bond », raconte Rebecca Fielding, fondatrice des agences Conte Club et de TÜ Elite, qui a organisé ce « cocktail party d’exception », au plus près possible du sommet du Cervin, dans les Alpes suisses. Une scène de voyage unique, surtout. « Nos clients ont généralement beaucoup voyagé. Ce qu’ils veulent, c’est un voyage qui leur permettra de vivre des expériences plutôt que de voir des choses », explique-t-elle.

Il y en a pour tous les goûts. L’agence Virtuoso a récemment organisé un souper aux chandelles au pied du David de Michel-Ange, à Florence, une fois le musée fermé ; puis, une chasse à la truffe, en Italie, couronnée d’un cours de cuisine auprès d’un chef étoilé au Michelin. De son côté, Element Lifestyle a imaginé l’an dernier une « chasse aux trésors » en Europe pour 12 amis, étalée sur plusieurs jours dans cinq capitales : comédiens, billets d’avion et argent de poche pour tous inclus. « Chaque personne a son idée du luxe », explique Katherine Verreault, responsable du secteur des voyages de luxe à l’agence Laurier du Vallon, associée à Virtuoso. « Pour certains, c’est d’aller à Hawaii, sur une plage précise, apprendre à faire du surf avec un champion. Pour d’autres, c’est de faire un safari en jet privé. » 

On ne souhaite plus seulement visiter un pays : on veut faire des rencontres, que ce soit avec la population locale, des dignitaires ou des experts. Un couple qui souhaitait mieux connaître la culture laotienne, par exemple, a pu visiter Luang Prabang avec un écrivain qui avait participé à son classement au patrimoine de l’UNESCO avant de rencontrer l’un des descendants de l’ancienne monarchie et d’assister à plusieurs cérémonies traditionnelles. « On nous demande de plus en plus de préparer des circuits avec moins de destinations à voir, mais plus de temps à chaque endroit », remarque George Morgan-Grenville, de l’agence Red Savannah, qui a organisé le voyage au Laos. « Cela permet de connaître mieux la destination, d’en avoir une meilleure compréhension et d’être plus satisfait de son voyage. »

La gastronomie occupe une place de choix. Conte Club a organisé récemment un voyage au Japon pour un couple qui a pu s’attabler à un restaurant où l’on ne prépare qu’un menu pour deux personnes par jour. « Ce n’est pas le prix qui fait le luxe de ce repas (600 $US par personne), mais la rareté », note Rebecca Fielding. « Notre force, c’est tout ce qui n’est pas dans Google, tout ce qui n’est pas sur l’internet et qu’on trouve seulement si on a des contacts sur place, résume Rebecca Fielding. »

« Je ne suggérerai jamais à des journalistes la petite trattoria en Italie où on envoie parfois des clients, pour qu’elle reste méconnue et que l’expérience reste authentique. »

La multiplication des sites qui permettent de réserver en quelques clics hôtels, activités, transports n’a donc pas sonné le glas du métier d’agent de voyages. « C’est une tendance de plus en plus forte dans le secteur du luxe », observe Nicolas Graf, expert en tourisme international et professeur à l’Université de New York. « Les gens ont fait des réservations eux-mêmes, planifié des vacances avec de plus ou moins bons résultats. Maintenant, ils veulent qu’un professionnel s’en charge. » Un professionnel avec un carnet d’adresses bien rempli et beaucoup d’imagination. 

Trois cas d’espèce

185 000 $CAN

PHOTO GETTY IMAGES

L’agence Abercrombie et Kent propose des voyages organisés parmi les plus chers sur le marché : le prochain prévoit un safari en Afrique et en Asie, avec des déplacements en jet privé et hébergements de luxe. Le séjour de 25 jours coûte 185 000 $CAN par personne en occupation double. 

C’est la coquette somme exigée pour s’inscrire au prochain voyage organisé de la firme Abercrombie et Kent.

Au menu : un safari de 25 jours en Asie et en Afrique, à bord d’un Boeing 757 reconverti en jet privé, conférences d’experts et hébergement de luxe.

Attention : un supplément de 25 000 $CAN s’applique aux voyageurs en solo… et le groupe affiche déjà presque complet.

Mountain Dew

Les bulles les plus luxueuses ne sont pas toujours celles du champagne. Pour satisfaire une cliente, la firme Element Lifestyle a veillé à ce que chaque hôtel, voiture, train et avion qu’elle devait fréquenter pendant le voyage ait un réfrigérateur bien garni de Mountain Dew glacé, sa boisson préférée.

Comme dans un film…

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

La suite d’hôtel de Las Vegas où a été tourné le film The Hangover –  vec Ed Helms, Zach Galifianakis et Bradley Cooper – est offerte en location pour les clients souhaitant des vacances dignes de leur film favori. 

Un Américain a récemment fêté ses 21 ans dans la suite du film Hangover, à Las Vegas, où ses parents avaient secrètement fait venir ses deux meilleurs amis. Le voyage, prévu par la firme Element Lifestyle, incluait ensuite un tour d’hélicoptère pour toute la famille au-dessus du Grand Canyon, verre de champagne au coucher de soleil à la clé. Dans la filière « cinéma », un autre client a plutôt demandé – et obtenu – un entretien privé avec son réalisateur de films préféré, l’Iranien Asghar Farhadi, pendant ses vacances.