Lundi. J'ai fait du yoga au bord d'un ruisseau. Puis j'ai trekké. C'était joli. Des enfants m'ont enseigné à lancer un bâton. Une dame m'a donné des bananes. Je suis arrivé près d'un village. En me voyant approcher, les femmes se sont déshabillées. Les hommes ont enfilé leur étui pénien. Pour la photo. Pour de l'argent.

Mis à jour le 25 juill. 2008
Bruno Blanchet COLLABORATION SPéCIALE

Avant hier, deux hommes m'ont suivi. Pendant une heure et demie. J'achetais des fruits au marché, où il n'y a pas beaucoup de choix. Des oranges ou des bananes. Je me suis ensuite arrêté au restaurant pour le lunch. Assis devant, les hommes ont attendu que je sorte. Puis, ils se sont remis à me suivre. Il y avait à peu près cinq kilomètres jusqu'à la ville.

J'ai pressé le pas.

* * *

J'ai lu quelque part que les Papous comprenaient mal le principe du «tourisme». Qu'ils ne saisissaient pas que l'on puisse avoir envie de les visiter, dans leurs villages, rien que par intérêt pour leur culture. Quoi qu'il en soit, ils sont curieux. Dans les deux sens du terme. Ils peuvent vous coller aux semelles sans aucune raison. Sans dire un mot. Comme les deux mecs que j'ai essayé de semer.

Ils riaient.

Je n'avais pas besoin de me sauver d'eux. Ils ne me voulaient pas de mal. Mais les Papous en général, me font un drôle d'effet. Avec eux, je me sens étrange, et très... étranger. Vraiment, ils sont curieux.

Qui sont ces gens? Ils ressemblent à des Aborigènes. Africains. Miniatures. Ils ont des visages durs, sur lesquels on a de la difficulté à imaginer une expression de joie.

– Coupe Stanley! C'est une fille! Bingo!

Rien.

Sont-ils timides? Sont-ils méfiants? Sont-ils fâchés? Je ne sais pas. Je ne suis plus en Asie. Je suis quelque part entre l'Australie et l'Afrique. Et je ne peux pas vous le confirmer maintenant, mais je crois que je ne suis pas bon avec les Papous. Fallait bien que ça arrive un jour. Comme dirait Carbo, on peut pas toutes les gagner.

Je leur souris. Ça les dégèle un peu. Mais ça ne mène nulle part.

Alors? Je ne sais pas ce que je fais ici. J'ai l'impression que tout le monde me fait la gueule. La bouffe est mauvaise. Il y a des moustiques gros comme des chats dans ma chambre. Il n'y a pas d'autres touristes à qui m'en plaindre.

Pourtant, ça avait plutôt bien commencé.

* * *

Samedi. Dans l'avion, il y avait une passagère pieds nus et un homme avec un étui pénien. Le ciel était clair, et on a aperçu la plus haute montagne de l'Indonésie, la Puncak Jaya (à plus de 5000 mètres), avec son sommet enneigé. De la neige en Indonésie! Je rêve.

Puis, le gros village de Wamena.

La cité la plus importante de la vallée de Baliem s'appelle Wamena. À Wamena, tout coûte plus cher. Beaucoup plus cher qu'ailleurs en Indonésie. Parce qu'il n'y a pas de route pour y aller. La vallée est entourée de forêts impénétrables. Tout à Wamena, donc, aura fait le voyage en avion de Jayapura. Conséquence? La bouteille d'eau à 20 sous en coûte 80. La chambre d'hôtel est rarement moins de 25 $. J'ai vu sur un menu une soupe au poulet à 6 $. Ailleurs, c'est le prix d'un poulet vivant, qu'on court vous attraper dans le champ.

(En passant, poulet ici se dit «ayam» et quand vous dites «Hello, I am from Canada», vous dites véritablement «Bonjour, poulet du Canada».)

La seule chose officiellement gratuite en Papouasie est le permis, le surat jalan, nécessaire pour visiter la vallée de Baliem. Pour l'obtenir, vous vous présentez au poste de police du district, avec votre passeport, deux photos (de votre face, de préférence) une photocopie de votre passeport et une autre de votre visa d'entrée au pays.

Et au bout de 15 minutes, le secrétaire qui vous a préparé un beau bout de papier avec un sceau officiel tend la main.

– C'est 3 $.

– Pardon? C'est pas supposé être gratuit?

– Oui. Gratuit pour 3 $.

– Ah bon!

J'aurais tellement aimé l'écrire celle-là.

(...)

Dimanche. Dans un restaurant où l'on sert des oeufs frits, des omelettes et des oeufs à la coque.

– Je peux avoir des oeufs brouillés?

– Impossible!

Grrrr! Faut pas me dire ce mot-là. Je suis allé à la cuisine. Ils ignoraient de quoi je parlais. Alors, ils m'ont laissé préparer moi-même mon petit-déjeuner. Ils étaient tordus de rire quand je me suis brûlé le coude sur le wok.

Lundi. J'ai trekké. C'était un peu joli.

Mardi. Je suis parti. Je n'ai pas encore compris ce que j'étais venu faire ici.

Les Papous non plus. J'en suis convaincu.