Pour marquer leurs 10 ans, les Fermières obsédées lancent ce soir un livre d'images et d'analyses sur une décennie de folies, de performances toutes plus déjantées, provocantes et surtout engagées les unes que les autres.

Publié le 25 mars 2011
Silvia Galipeau LA PRESSE

En prime, un DVD comptant pas moins de sept heures de performances choisies, réalisées dans les rues de Montréal, Québec, Toronto, Shawinigan et même Belfast.

Qui? Quoi? Les Fermières obsédées, au départ un quatuor d'artistes visuelles (elles ne sont plus que deux et embauchent désormais des comédiennes pour leurs performances choisies), qui se sont inspirées de la plus vieille association de femmes du Québec - le Cercle des fermières - non pas pour la parodier, mais bien pour se l'approprier et surtout l'actualiser.

«Le Cercle des fermières vient de fêter ses 95 ans, signale Eugénie Cliche, rencontrée hier pour faire le point. À la base, les Fermières se réunissaient pour discuter et popoter. Nous, les Fermières obsédées, sommes des fermières devenues urbaines et engagées. Nous montons des prestations à saveur politico-sociale, symboliques et métaphysiques. Nous créons des images fortes.»

Les Fermières obsédées ne se privent donc pas pour s'approprier différents codes et rituels sociaux (la parade, le ring, le drapeau, le tapis rouge), pour dénoncer les VUS, le showbiz, la surconsommation, l'individualisme, le culte de l'image. «Une des performances dont je suis le plus fière, c'était à Toronto. Avec seulement une mop, on a créé une image très efficace. On a transformé la mop en drapeau. Puis en flambeau. Puis en pinceau pour se maquiller. La mop dégoulinante est devenue un objet de convoitise. Une barrière.»

Dans leurs performances, les liquides, confettis et autres craies font d'ailleurs souvent (voire toujours) partie du décor. «On cochonne tous les lieux! C'est l'esthétique de la démesure.»

Si, au début, elles créaient beaucoup autour du thème de la routine et de ses carcans, avec les années, elles se sont radicalisées. «Nous avons souillé notre image. Nous avons les mêmes uniformes depuis 10 ans. Mais nos perruques sont rendues des rastas, nos vêtements sont rapiécés, nous avons eu des bébés et nos uniformes ont explosé. Notre bouche, avec son rouge à lèvres, ressemble à celle d'un clown.»

De burlesque, elles sont devenues carrément trash.

«Mais on ne fait pas du trash pour du trash, précise Eugénie Cliche. Nous sommes des professionnelles. C'est sûr qu'il y a un côté exutoire, mais je dirais que nous sommes un feu d'artifice humain.»

La métaphore du feu d'artifice les a en effet beaucoup inspirées. «Avec un feu d'artifice, on en met plein la vue aux gens. Mais pendant ce temps-là, qu'est-ce qui se passe sur le terrain? À terre, ç'a l'air d'un terrain de combat, c'est sale, ça crie, ça joue dur. Nous parlons de ça: ce qui se passe sur le terrain. Comment ça joue tough dans la société des médias, le showbiz, etc.»

Et après 10 années de performances et maintenant un livre, c'est toujours le même message qu'elles espèrent véhiculer: «Notre message? C'est un message humaniste: une invitation à agir, à s'insurger, à vivre, à rire!»

Les Fermières obsédées, Éditions d'art Le Sabord. Lancement ce soir à la galerie La Centrale (4296, boul. Saint-Laurent) dans le cadre de la fiesta féministe Edgy Women (www.edgywomen.ca).