Faites des provisions, rangez vos cartes de crédit et prévoyez des activités gratuites: ce vendredi 26 novembre, c'est la Journée sans achat. Lancée en 1992 par le Vancouvérois Ted Dave et propulsée par le magazine Adbusters, cette ode de 24 heures à la non-consommation est devenue un incontournable avant le faste de Noël. Or, il semble bien qu'une seule journée ne suffise pas à convaincre les gens d'acheter intelligemment...

Sylvie St-Jacques LA PRESSE

Acheter moins mais mieux, choisir des produits locaux ou recyclés, offrir du temps en cadeau, établir un budget d'achats des Fêtes... Parler d'achat responsable, dans les semaines qui précèdent Noël, fait désormais partie des moeurs. En revanche, vivre selon ses moyens n'est toujours pas la norme chez les consommateurs québécois: selon une étude économique récente de Desjardins, les Québécois sont endettés en moyenne à 119%. L'endettement et l'achat compulsif restent plus populaires que la frugalité.

Kalle Lasn, fondateur de la revue Adbusters, reste convaincu que la Journée sans achat conserve toute sa pertinence. Tellement que cette année, le magazine de Vancouver, qui s'est radicalisé dans les dernières années, a lancé sa «Rébellion carnavalesque», une série d'activités qui dure une semaine.

«Avec les changements climatiques, notamment, l'humanité arrive à un point critique. Le monde est certainement plus mal en point qu'il y a 20 ans, lorsque nous avons lancé la Journée sans achat. Des événements comme ceux-ci sont importants pour déclencher des conversations sur le côté sombre de la culture de consommation. En Amérique du Nord, les gens doivent cesser d'être dans le déni et croire qu'ils pourront conserver leur mode de vie», lâche Kalle Lasn en entrevue téléphonique.

Conduire une voiture, habiter une grosse maison, vivre à crédit, se payer des «lattes» à 5$... Selon Kalle Lasn, la planète devrait se tourner vers le Japon pour trouver de l'inspiration. Le plus récent numéro d'Adbusters relate d'ailleurs comment plusieurs jeunes Nippons lorgnent vers la non-consommation.

«Il y a cinq ou dix ans, les jeunes Japonais étaient très no future». Mais les habitudes de vie là-bas ont changé complètement: soudainement, les jeunes cessent d'acheter des marques, fabriquent leurs propres vêtements et forgent une culture de do it yourself.»

Budgéter, c'est voter

Pour Caroline Arel, avocate et responsable du service budgétaire d'Options consommateurs, la Journée sans achat est une noble initiative, dans la mesure où elle suscite des questions valables toute l'année.

Et les Canadiens ont encore du travail à faire pour modérer leurs ardeurs dépensières: dans un sondage de MasterCard Canada publié le 15 novembre dernier, près de la moitié des répondants sondés (48%) reconnaissaient avoir déjà dépassé leur budget des Fêtes.

Chez Option Consommateur, on répond à peine à la demande de citoyens pris à la gorge, qui ont besoin de consultations budgétaires pour garder la tête hors de l'eau.

«Dans notre société de surconsommation, les gens ont de plus en plus tendance à acheter ce qu'ils désirent, sans attendre d'en avoir les moyens, déplore Caroline Arel. On utilise le crédit pour acquérir plein de choses. Dans ce contexte, la Journée sans achat peut être une occasion de s'asseoir en famille et se poser des questions sur la façon dont on veut que le temps des Fêtes se déroule.»

Comment éviter la disette de janvier et les factures de crédit salées? «Il faut penser autrement», rappelle Caroline Arel, qui renvoie aux bons vieux trucs légués par le mouvement pour la simplicité volontaire. «Opter pour les échanges de cadeaux, acheter de la bonne nourriture locale plutôt que d'aller dans les grandes surfaces, encourager les produits de notre terroir...»

Bref, célébrer tout en gardant les pieds sur terre.

Info: www.adbusters.org