Leur téléphone cellulaire à la main, ils sévissent dans les discothèques, le métro, les escaliers mobiles, les supermarchés et même à l'école. Leur but? Photographier ou filmer sous les jupes des femmes et offrir leurs clichés sur le web. Les adeptes de «upskirting» sont aujourd'hui plus nombreux que jamais. C'est aussi vrai au Québec.

Mis à jour le 27 févr. 2009
Sophie Allard LA PRESSE

En juin 2008, un homme de 22 ans a été condamné à payer une amende de 350 $ pour avoir photographié sous la jupe de quelques femmes dans un Loblaw de Gatineau. «L'accusé plaçait son téléphone dans le fond d'un panier à main (...) le plaçait en mode film et déposait le panier par terre à proximité de clientes, celles qui portaient des jupes», racontait le quotidien Le Droit. Un agent de sécurité a découvert le stratagème. Mais plus souvent qu'autrement, les voyeurs s'en tirent ni vus, ni connus. On peut facilement penser que des millions de photos de femmes - ou plutôt de leurs petites culottes ! - se retrouvent sur l'internet à leur insu. En tapant «upskirting» sur Google, pas moins de 17 900 000 titres s'affichent. Des utilisateurs de mobiles ou autres gadgets munis d'une caméra intégrée partagent photos, vidéos, conseils et expériences. Plusieurs sites sont commerciaux. Décidément, la scène de Sharon Stone dans Basic Instinct a fait des petits !

« On ne vit qu'une fois, alors autant s'amuser comme on peut, écrit un néophyte sur un des innombrables forums. Je ne cherche pas à capter les visages, l'anonymat est garanti et respecté ! Pourquoi tirer sur sa jupe ? (...) Il fallait y penser au matin en s'habillant. Qu'elle ne s'étonne pas des regards inquisiteurs.» Sur le risque : «Il suffit de ne pas se faire prendre, voire prendre ses jambes à son cou. De toute façon, je me fonds dans la foule.» Un autre écrit sur sa nouvelle acquisition. «Il est génial ce stylo, mais pour les upskirts, c'est sombre (...), n'oublions pas que mes captures sont faites en intérieur, qu'en ce moment les jupes, robes et manteaux sont épais et ne laissent pas passer la lumière.»

Les paparazzis s'en donnent évidemment à coeur joie, à l'affût de l'entre-jambe des vedettes. L'actrice Emma Watson, populaire pour son rôle dans les films Harry Potter, compte parmi les dernières victimes connues. On l'a photographiée lors de son 18e anniversaire de naissance. «Je me suis sentie complètement violée», a-t-elle déclaré aux médias. Certaines stars, comme Paris Hilton ou Britney Spears, semblent plutôt encourager la pratique, mais la plupart des femmes sont offusquées.

«Personne ne souhaite se retrouver les fesses sur l'internet à son insu. Ce n'est pas parce qu'on porte une jupe qu'on est consentante. C'est une atteinte à la vie privée, indique Geneviève Parent, sexologue clinicienne. Le voyeurisme est aujourd'hui simplifié et banalisé. On ne sait plus où sont les limites et on considère les gens comme des objets.»

De plus en plus de pays jugent le phénomène assez grave pour légiférer. En Nouvelle-Zélande, en Australie et aux États-Unis, des lois spécifiques interdisent désormais le voyeurisme numérique.

En Angleterre, le mois dernier, un homme a écopé un an de prison pour avoir photographié des femmes au centre-ville de Durham et pour avoir utilisé son portable, confisqué depuis une offense semblable en 2006. Au Japon, où le phénomène a pris des proportions énormes, il est désormais impossible de prendre une photo incognito. Sur tous les téléphones portables, un son accompagne automatiquement la fonction photo.

« Les voyeurs ne manquent pas d'imagination. Ils trouvent toujours de nouveaux moyens pour arriver à leurs fins, note Geneviève Parent. Aujourd'hui, c'est devenu tellement facile avec la technologie. Si les gens veulent mal s'en servir, il y a toujours moyen de le faire. Il faut faire de l'éducation sur l'impact de la pornographie et l'internet.» Et se contenter de porter le pantalon?