En matière de soins aux personnes transsexuelles, Vancouver est réputé pour offrir les meilleurs services. Et Montréal, les meilleurs chirurgiens.

Mis à jour le 20 mai 2012
LA PRESSE

Le Canada est devenu à cet égard un modèle qui inspire des pays comme les Pays-Bas, la Norvège et la Belgique, explique le Dr Trevor Corneil.

Ce médecin de famille, préoccupé par l'accès aux soins des personnes marginalisées, est l'un de ceux qui ont mis sur pied le «modèle de Vancouver», cité en exemple dans le monde. Il s'agit d'un modèle avant-gardiste qui permet d'améliorer et d'humaniser les services offerts aux personnes trans en misant sur les services de première ligne (médecin de famille) et les ressources communautaires. En Colombie-Britannique, il permet désormais à quelque 300 patients transsexuels par année d'avoir accès à des traitements.

Ce modèle n'est malheureusement pas implanté au Québec, où l'accès à un médecin de famille demeure difficile en toutes circonstances. Toutefois, c'est à Montréal que se trouve la seule équipe de chirurgiens au pays spécialisée en changements de sexe (celle du Dr Pierre Brassard et de la Dre Maud Bélanger). Et ce n'est que depuis trois ans que les patients d'ici y ont accès. En 2009, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a conclu une entente avec le CHUM et le Centre métropolitain de chirurgie plastique du Dr Brassard afin de rendre ces services rapidement accessibles. Depuis, une centaine de patients québécois ont pu être opérés.

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CHANGEMENT DE SEXE

249 Nombre de demandes de changement de la mention du sexe dans les registres civils du Québec depuis 1996.

108 Nombre de patients québécois ayant subi une opération de changement de sexe depuis janvier 2010. 93 femmes et 15 hommes

Pour être admissible, il faut:

> avoir vécu en homme ou en femme (selon le cas) durant au moins 12 mois consécutifs

> obtenir la recommandation de deux spécialistes

> avoir été suivi par un psychologue/sexologue spécialisé

> être suivi pour une thérapie hormonale

Sources: Direction de l'état civil, Centre métropolitain de chirurgie plastique et MSSS

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DE FEMME À HOMME, PHALLOPLASTIE

1. Opération en trois étapes, sur une période d'un an.

Avant d'avoir la phalloplastie, le patient devra subir une hystérectomie et une mastectomie.

Création d'un pénis et d'un scrotum. L'opération est faite par trois chirurgiens.

Durée: six heures

> Une partie de la peau de l'avant-bras ainsi que les nerfs et les vaisseaux sanguins sont utilisés pour construire l'urètre, le gland et le corps du pénis.

> La cavité vaginale est refermée. La vulve est transformée en scrotum. Les nerfs clitoridiens et de la région de l'aine serviront à donner la sensibilité du pénis. On crée de la circulation sanguine. Une greffe de peau, prélevée à la cuisse, recouvre la zone donneuse de l'avant-bras. La cuisse guérit seule.

2. Après six mois, mise en place de prothèses testiculaires. Petite intervention sous anesthésie locale.

3. Un an plus tard, mise en place d'un implant érectile.

Il s'agit d'une prothèse hydraulique. Deux cylindres sont placés dans le pénis et raccordés à un réservoir d'eau saline. Le réservoir est placé derrière l'os pubien, juste au-dessus de la vessie. Il est activé au moyen d'une pompe située dans la région de l'aine. La pompe permet un transfert de liquide du réservoir vers les cylindres. Cela donne un allongement et un durcissement qui permet des relations sexuelles complètes.

Source : le Dr Pierre Brassard, Centre métropolitain de chirurgie plastique

Résultat:

«Dans la douche des hommes, ça passe. Mais dans une vie intime, ça demande une explication.» Le Dr Pierre Brassard

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D'HOMME À FEMME: VAGINOPLASTIE

Intervention plus simple que la phalloplastie

Durée: deux heures

Le Dr Brassard et son équipe utilisent la technique d'inversion pénienne en une étape. La peau pénienne est inversée comme un gant après une incision en dessous du pénis. On crée une cavité vaginale. Le clitoris est fabriqué à partir de la peau sensible du gland.

Résultat:

Extrêmement réaliste. «Il y a même des docteurs qui s'y méprennent», dit le Dr Pierre Brassard.

Source: le Dr Pierre Brassard, Centre métropolitain de chirurgie