Les publicités télévisées représentent exagérément les aliments gras et sucrés, au point qu'un téléspectateur qui ne mangerait que des aliments vantés à l'écran ingurgiterait 25 fois plus de sucre que ce qui est recommandé, selon une étude publiée aux États-Unis.

Hélène Imatte AGENCE FRANCE-PRESSE

L'étude publiée en juin dans le Journal of American Dietetic Association révèle que les publicités représentent insuffisamment les produits laitiers, les fruits et les légumes et sur-représentent au contraire les nutriments associés aux maladies chroniques (cholestérol, sodium, protéines...).D'après les scientifiques, un régime composé uniquement d'aliments «vus à la TV» procurerait 25 fois l'apport journalier recommandé (AJR) en sucre et 20 fois en graisse, contre seulement 40% de la quantité recommandée en légumes et 27% en fruits.

À suivre un tel régime, le corps humain s'exposerait très rapidement à des carences en fer, en vitamines A, E et D, en phosphore et autre magnésium, précise l'étude, qui rappelle l'idée de «Supersize me», le documentaire dans lequel Morgan Spurlock se nourrit exclusivement chez McDonald's pendant un mois.

Le plus surprenant, au-delà des résultats de l'étude, c'est que certains aliments soient à ce point sous-représentés et d'autres omniprésents, observe Michael Mink, professeur à l'université Armstrong Atlantic en Géorgie (sud-est des Etats-Unis) et principal auteur de l'enquête.

Pour mener leur étude, les chercheurs ont enregistré les principales chaînes de télévision américaines pendant 96 heures, aux heures de grande écoute ainsi que le samedi matin, afin d'évaluer les publicités destinées principalement aux enfants à l'heure de diffusion des dessins animés.

A aucun moment parmi les 116 annonces de service public observées il n'est fait mention d'information alimentaire, pourtant une des clés d'une alimentation saine, selon l'étude.

«L'information est nécessaire mais pas suffisante et ne résoudra pas tous les problèmes», déplore à l'université d'Austin (Texas) Alexandra Evans, un des auteurs de l'étude. Si beaucoup de gens s'alimentent mal, ce n'est pas tant par manque d'information mais plus souvent faute de temps ou d'argent.

«On a fini par créer un accès facile et bon marché à la nourriture malsaine», déplore-t-elle.

Si les scientifiques pointent du doigt le manque de réglementation aux Etats-Unis sur les publicités nutritives, ils rappellent que l'Etat fédéral a tenté de mettre de l'ordre il y a 10 ans.

«Cette démarche a échoué en raison de l'influence du secteur de l'alimentation et des lobbies. Nous devons prendre exemple sur les pays européens, qui ont restreint ou interdit les publicités pour certains aliments malsains, et appeler le secteur à s'autoréguler», réclame M. Mink.

Les nombreux chercheurs qui ont participé à l'étude appellent à un équilibre entre les pouvoirs publics et le marché.

«Nous devons créer un environnement sain, tout en permettant aux gens de faire leurs propres choix alimentaires», prône Michael Mink, qui propose d'étiquetter à l'avenir les «aliments extrêmes» ou d'envoyer une copie de cette étude à Michelle Obama, la Première dame des Etats-Unis, qui tente de convaincre ses concitoyens de mieux s'alimenter.

«Nos résultats s'inscrivent tout à fait dans son programme contre l'obésité», ajoute-t-il.