Le Centre Marie-Vincent, qui traite les enfants montréalais victimes d'agression sexuelle, veut mettre en place une intervention qui cible les enfants de 0 à 5 ans, une tranche d'âge pour laquelle il n'existe, nulle part dans le monde, de traitement spécial appuyé par la recherche scientifique.

Daphné Cameron LA PRESSE

À l'issue de son congrès annuel, qui s'est tenu mardi à Montréal, le Centre Marie-Vincent a pris la décision de mettre sur pied un consortium de chercheurs et d'experts provenant de plusieurs disciplines afin d'établir une «expertise de pointe» pour ce groupe d'âge.

Stress post-traumatique

Les enfants agressés sexuellement souffrent très souvent d'un trouble de stress post-traumatique. Le Centre Marie-Vincent offre des thérapies pour réduire les traumatismes des enfants qui ont subi des sévices sexuels, mais l'approche qu'ils emploient est utilisée pour les 12 ans et moins. Or, les spécialistes font aujourd'hui le constat qu'il faut concevoir des approches ciblées pour les jeunes enfants, qui n'ont souvent pas encore la capacité de parler ou ont un vocabulaire très limité.

«Il faut mettre l'expertise de tous les spécialistes québécois en commun», a déclaré Lucie Joyal, directrice générale du Centre d'expertise Marie-Vincent.

La pointe de l'iceberg

Selon le ministère de la Sécurité publique, 14% des filles et 21% des garçons victimes d'agression sexuelle avaient moins de 5 ans en 2011 au Québec. Mais il pourrait s'agir de la pointe de l'iceberg.

«Plus un enfant est jeune, plus il est vulnérable, donc plus les adultes autour de lui ont la responsabilité d'être vigilants», affirme Mme Joyal.

La famille en cause

De plus, «40% des agressions sexuelles chez les enfants sont commises par la famille très proche, et c'est encore plus le cas chez les jeunes enfants. Dans 60% des cas, l'agression a été faite par un membre de la famille élargie et dans 80% des cas, c'est quelqu'un de bien connu par l'enfant. C'est pour cela que si on a un doute, il ne faut surtout pas attendre de faire un signalement à la DPJ», a ajouté Mélanie M. Gagnon, coordonnatrice du développement de l'expertise au Centre d'expertise Marie-Vincent.

Depuis son ouverture en 2006, le Centre Marie-Vincent a traité plus de 1500 enfants provenant de la grande région de Montréal. Le centre reçoit de 50 à 60 enfants par semaine.