«Vous leur faites croire que vous allez attaquer la tête et hop, vous leur plaquez la canne sur la gorge», explique David Toren, 80 ans, les mains fermement resserrées sur sa canne.

Publié le 15 avr. 2009
Caroline Groussain AGENCE FRANCE-PRESSE

Chaque mois, cet ancien agent d'assurance, pensionnaire de la maison de retraite de Salisbury dans le Maryland, participe à un cours de «cane-fu», un sport qui associe la béquille aux arts martiaux.

«On apprend deux choses», raconte-t-il. «D'abord, on fait de l'exercice, parce qu'ici, la plupart des pensionnaires n'ont pas beaucoup l'occasion de se bouger. Et ensuite, on apprend à se défendre avec une canne».

Le cours débute par quelques étirements. Bras tendus, les élèves font tourner la canne entre leurs mains pour s'assouplir les poignets. Quelques exercices de respiration, et ils sont prêts. «Lorsque vous vous sentez bien, en forme, l'âge ne compte plus, assure R.S. Mitchell, l'instructeur en chef de l'école d'arts martiaux Mitchell. «Une fois que vous êtes en confiance pour vous défendre, vous pouvez allez faire les courses sans peur».

Les statistiques du département américain de la Justice montrent qu'aux États-Unis les plus de 65 ans sont la tranche de population la moins sujette aux crimes et agressions. Mais les personnes âgées vivent bien souvent dans la peur. Le Cane-Fu est de plus en plus populaire et une centaine d'écoles et de dojos américains l'ont inclus dans leurs activités.

Selon M. Mitchell, la plupart de ses élèves n'osent pas sortir de chez eux. Il explique que l'objectif principal du Cane-Fu est de redonner confiance aux personnes âgées.

Connie Wagner, presque octogénaire, habite la maison de retraite depuis un an et demi. Elle est malvoyante et ne se déplace jamais sans sa canne. C'est la deuxième fois qu'elle participe au cours de Cane-Fu, ce qui l'aide aussi bien physiquement que mentalement. Malgré sa démarche difficile, elle affirme qu'elle n'hésiterait pas à user de sa canne en cas d'agression. «J'essaierais de faire un des ces tours de kung-Fu, mais bon, j'ai encore besoin de pas mal de leçons», admet-elle.

Pendant une heure, les élèves assistent impassibles à une démonstration par M. Mitchell et un assistant. Coups de canne dans le ventre ou entre les jambes, crochetage par le cou pour déséquilibrer l'adversaire, le professeur se concentre sur des passes rudimentaires, car ici les élèves sont tous débutants.

«Il faut viser les os. Quand un objet dur heurte la chair, l'estomac par exemple, cela crée peu de dégâts. Il faut cogner sur le tibia, le coude ou la clavicule», recommande-t-il aux élèves.

Appuyé sur sa canne de deux kilos en bois massif, David Torne observe, impatient d'essayer a son tour. «Une des choses qui n'est pas totalement claire pour moi, c'est quand on doit s'arrêter de frapper», s'inquiète-t-il. «Si l'agresseur s'arrête, recule, et dit : 'arrêtez, laissez moi!' je ne pense pas que l'on puisse continuer à taper parce que ce serait considéré juridiquement comme un crime», pense-t-il.

Un des principes de base enseignés par R.S. Mitchell: ne pas frapper ses camarades.

Avec 50 ans d'arts martiaux derrière lui, l'instructeur s'est mis à l'art de la canne il y a 10 ans, après avoir suivi les cours de Mark Shuey, le créateur du cane-fu. Ce dernier possède aujourd'hui sa propre école dans le Nevada. Il commercialise également des cannes taillées tout spécialement pour la discipline, en chêne ou en frêne, et biseautées sur les côtés. Ce sont de véritables armes d'auto-défense que les septuagénaires peuvent emporter partout avec eux.

Photo: AFP

L'objectif principal du Cane-Fu est de redonner confiance aux personnes âgées.