Alors que certains voient la vie en rose, d'autres semblent naturellement enclins à envisager le pire des scénarios. Optimistes ou pessimistes ? Il y a bel et bien deux clans.

Publié le 14 juill. 2018
Olivia Lévy LA PRESSE

Pour la Dre Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, il y a en effet deux tempéraments bien différents. Le fait d'être optimiste ou pessimiste peut être un trait de caractère de notre personnalité, mais cela peut aussi être un état passager. « On peut être pessimiste ou optimiste selon une situation ou un contexte. Ce n'est pas nécessairement une construction de l'esprit, ça peut être par exemple un moment de vie qui est plus difficile, donc on sera plus pessimiste, mais ça passera », explique la psychologue.

Annie Tremblay estime qu'elle est optimiste, mais qu'elle a des moments où elle l'est un peu moins. « Ça dépend de mon humeur, des choses de la vie, il y a des jours où la météo est atroce et ça me décourage, ou encore c'est l'actualité qui peut m'affecter, et je me dis que tout va mal, qu'on régresse en tant que société, je crains le pire, et le lendemain tout change, la vie est superbe », confie-t-elle. Elle pense qu'il est important de voir les deux côtés des choses. « Il faut tout de même être réaliste, mais je ne m'empêche pas de rêver ! »

Philippe Gabilliet est professeur de psychologie et de management à l'ESCP Europe, à Paris. Il est aussi conférencier et auteur du livre Éloge de l'optimisme. Il explique qu'on a dans le cerveau deux configurations innées, celle de la peur qui nous permet de sentir les risques et les dangers et celle de l'espoir, qui va faire en sorte qu'on va penser jusqu'au dernier moment qu'on va survivre. « Tout être humain a cette double capacité d'optimisme et de pessimisme, mais il se trouve que chez certains d'entre nous, dans notre cerveau, c'est l'optimiste qui tient la maison et le pessimiste est aux ordres, et chez d'autres, c'est le pessimiste qui tient la maison et l'optimiste est le domestique. Il est là pour éviter qu'on sombre dans la déprime. »

Le professeur pense qu'il y a une confusion dans le vocabulaire entre être optimiste et être heureux, et être pessimiste et malheureux, triste ou abattu. « Ça n'a rien à voir, on confond une humeur avec un rapport au monde. »

« Un optimiste est une personne qui fait le pari que l'intelligence battra la bêtise, la santé combattra la maladie, ce sont des paris que l'on perd parfois, mais ça s'appelle la vie. Mais sous prétexte qu'on risque de perdre un pari, il ne faut pas se lancer ? »

- Philippe Gabilliet

Il cite Milan Kundera : « Je préfère vivre en optimiste et me tromper que vivre en pessimiste pour la seule satisfaction d'avoir eu raison. » « C'est plein de sagesse », lance le professeur qui est aussi président honoraire de l'association internationale Optimistes sans frontières.

La France serait-elle un pays de pessimistes ? « Les Français ne sont pas pessimistes, mais ils cachent leur joie. » Il observe que dans le système éducatif français, ce qui est valorisé, c'est le scepticisme. « Le doute et l'esprit critique, c'est ce qui fait quelqu'un d'intelligent, alors c'est vrai que cette culture nous a rendus un peu imperméables à l'enthousiasme. »

Annick D'Amours se qualifie de véritable optimiste. « Je vois toujours la vie du bon côté, je suis heureuse tous les matins quand je me lève, j'ai le bonheur facile, tellement que ça tape sur les nerfs de ma mère. Elle me dit souvent en riant : "Ça se soigne !" » Elle pense être une optimiste réaliste, car elle est entrepreneure (Trois femmes et un coussin). « Je sais qu'à chaque problème qui survient, il y a une solution. » C'est ce que pense aussi Luc Nowlan, optimiste et rationnel, qui a du mal à comprendre les gens qui sont constamment pessimistes. « Je suis travailleur autonome, quand j'ai des doutes, je travaille sur moi, j'entre en mode solutions, et tout va bien. »

Selon la Dre Christine Grou, une personne qui est optimiste de nature, c'est quelqu'un qui est positif et qui a confiance en la vie. « C'est souvent une personne qui n'est pas très anxieuse et qui, de façon générale, va avoir un bon sentiment quoi qu'il arrive. Elle dira que le malheur est bon, alors que le pessimiste dira que le malheur n'est pas nécessaire ! constate la Dre Grou. Un pessimiste va souvent penser que les choses vont mal tourner et va anticiper des scénarios négatifs, voire catastrophiques. »

UNE PESSIMISTE AVOUÉE

C'est le cas de Sarah*, qui se dit pessimiste. Elle croit que c'est culturel, car sa grand-mère maternelle italienne était une grande pessimiste. « Si un membre de la famille était en retard, il était certain qu'il allait être retrouvé égorgé au fond d'un parc, il y avait toujours un élément dramatique. J'ai grandi avec cette idée que le pire peut arriver, alors je me prépare à la catastrophe, et ça n'arrive pas, alors je suis contente de voir que tout va bien », raconte-t-elle.

« Je sais que je ne trouverai jamais l'amour, c'est logique pour moi, je sais aussi que je ne gagnerai jamais à la loterie, et qu'il y a peu de chances que je sois frappée par la foudre, que voulez-vous, je suis une pessimiste pragmatique et je suis très réaliste », dit-elle, mais ça ne l'empêche pas de s'émerveiller et d'être une personne de bonne humeur. Elle est avocate en droit de la famille, et elle voit la réalité des divorces tous les jours. « Ça ne me rend pas très optimiste face à l'amour, l'usure des couples. Ça me fascine, les gens qui rêvent, qui pensent que la vie est magique, et qui espèrent trouver l'amour au coin de la rue ! C'est puéril. »

Y A-T-IL DE L'ESPOIR ?

Peut-on changer et devenir optimiste ? Oui, pense Rossana Bruzzone, coach en optimisme, auteure et conférencière. Elle a écrit Le défi optimiste 21 jours de bonheur et propose d'expérimenter 21 défis quotidiens afin de devenir optimiste, car il faut 21 jours pour changer une habitude. Comment ? « En profitant des belles rencontres qu'on fait au quotidien, des imprévus, des sourires d'un inconnu, des petites joies, en faisant une surprise à quelqu'un, en étant émerveillé, en cherchant les bonnes nouvelles et en partageant les choses positives. »

L'optimisme et le pessimisme, ce sont des rapports différents au monde qui vont avoir leur utilité. « Un optimisme réaliste est un bon équilibre à avoir », pense la Dre Christime Grou. « On a besoin de cette structure d'espoir aux commandes et d'un mode de fonctionnement optimiste, mais dans d'autres cas, lorsqu'on perd parfois la maîtrise, il vaut mieux avoir un fond pessimiste qui peut être utile, mais ce sera un pessimiste actif, où on ne baisse pas les bras », soutient le professeur Philippe Gabilliet.

* Pour préserver l'anonymat de sa famille, Sarah a demandé que seul son prénom soit publié.

Conseils pour cultiver son optimisme selon Philippe Gabilliet

Changer sa façon de voir le monde

« Il y a un vrai enjeu au départ, c'est la façon dont on va percevoir le monde. Il faut être dans une logique optimiste, car globalement, ça va mieux. Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez est un livre de Jacques Lecomte qui observe, chiffres à l'appui, que la pauvreté, l'analphabétisme et les maladies dans l'ensemble du globe ont beaucoup reculé, que l'humanité va dans le bon sens à quelques exceptions près, mais que le bon vieux temps, c'est un mythe, il y a un siècle, on ne vivait pas mieux. »

Se mettre à la recherche de solutions

« La dynamique de l'optimiste est être dans une logique d'action, une logique où on cherche des solutions. Le premier réflexe de l'optimiste, c'est de dire qu'on peut s'améliorer, qu'on n'a pas tout essayé, on va tenter des choses et se dire que le champ des possibles peut être plus puissant que le champ des impossibles. »

Photo fournie par Annick D'Amours 

Annick D'Amours

Photo fournie par Luc Nowlan

Luc Nowlan