Source ID:; App Source:

Anorexie: survivre à la maladie mentale

VéroniKaH, anorexique depuis 35 ans, raconte comment elle... (Photo Martin)

Agrandir

VéroniKaH, anorexique depuis 35 ans, raconte comment elle a vécu avec ses troubles alimentaires dans le livre Ce qui ne tue pas rend plus fort.

Photo Martin

Anorexique depuis 35 ans, VéroniKaH raconte sans retenue, dans son livre Ce qui ne tue pas rend plus fort, sa force et sa volonté de rester en vie malgré ses troubles alimentaires. Artiste-peintre de 48 ans, mariée depuis 28 ans et mère de trois garçons qu'elle appelle ses petits miracles, elle souhaite faire de son témoignage un combat contre cette maladie mentale qu'est l'anorexie. Rencontre avec une femme hors du commun.

Pourquoi ce livre?

Pour faire comprendre aux gens que l'anorexie est une maladie mentale, ce n'est pas un régime qui perdure. Il faut en finir avec les mythes sociaux sur l'anorexie. On choisit de faire un régime, mais on ne prend pas la décision d'être anorexique. Ce sont deux choses très différentes. Il y a tellement de gens qui jugent sévèrement les autres sans faire d'efforts pour comprendre. On me dit encore, mais pourquoi tu fais ça, tu as un mari, des enfants, mange! Allez, mange! C'est facile! Je réponds non. Ce n'est pas comme si j'avais choisi de ne pas manger. Je ne suis pas capable de m'en défaire. C'est plus fort que tout. On a besoin d'éduquer les gens, et c'est pourquoi j'ai écrit ce livre. Je suis guérie dans ma tête et dans mon coeur, mais mon corps ne l'est pas. Je ne peux pratiquement rien digérer et je n'ai pas le goût de manger, mais j'arrive à vivre avec mes carences alimentaires.

Encore aujourd'hui, vous ne vous mettez jamais à table?

Si je pouvais prendre une petite pilule en remplacement des repas, je le ferais. Je n'ai aucun intérêt envers la nourriture. En fait, j'aime tout ce qui est mauvais pour la santé - le chocolat, les croustilles et la crème glacée -, mais un repas normal, ça non. Je veux garder un format de fille de 10 ans, sans formes, sans seins, sans fesses.

Cette volonté d'avoir un corps sans courbes, est-ce finalement un appel à l'aide?

Oui. L'aspect physique est un cri du coeur, regardez-moi, je souffre. Je ne veux pas avoir l'apparence d'une femme normale et en santé. Pourquoi? Je n'ai pas encore trouvé la réponse. Je suis en conflit avec mon corps, c'est très clair. Il faut traiter le côté psychologique et émotionnel de la maladie et c'est très complexe, comme toutes les maladies mentales. Une thérapie parfois très longue est nécessaire. Mais il faut du temps et des moyens qui ne sont pas forcément à la portée de tous. J'ai été moi-même hospitalisée, j'avais repris du poids, mais c'est dans ma tête que ça ne fonctionnait pas. Il aurait fallu que je reste plus longtemps, même si j'avais repris quelques kilos. Il faut aussi déterminer pourquoi on est mal dans son corps. Les anorexiques, très souvent, crient à l'aide parce qu'elles souffrent. Il faut trouver autre chose pour se défaire de la maladie. Moi, c'est la peinture qui m'a permis de me trouver et de m'épanouir pleinement.

La peinture a été un vrai exutoire?

Oui, c'est ce qui m'a sauvée, en quelque sorte. Ça me rend heureuse de peindre. Quand je suis devant ma toile, j'oublie tout. Je me fais plaisir et c'est un grand moment d'évasion. Et je suis contente, parce que ça me permet de me forcer à manger pour que je puisse continuer.

Le regard des autres est-il encore difficile à tolérer?

Beaucoup moins, parce que je ne sais plus si on me regarde parce que j'ai les cheveux roses, des tatouages ou parce que je suis maigre.

Qu'est-ce que vous diriez aujourd'hui à une jeune fille anorexique?

Je lui demanderais de me parler d'elle. D'évoquer ses plans pour l'avenir, ce qu'elle souhaite faire plus tard dans la vie, quels sont ses rêves et ce qui la rendrait heureuse. Comment elle se situe par rapport à ses amies. Si elle se sent seule, ce qui est très important, car je me suis toujours sentie en retrait. Les garçons ne s'intéressaient pas à moi et je ne me sentais pas à ma place. Je la ferais parler d'elle et de ses passions. Ce qui est essentiel pour avoir une bonne estime de soi. Choisir le métier et la vie qu'on a envie de vivre, et pas celle que les parents nous imposent. Ça part aussi de là, l'anorexie. On a tendance à l'oublier. Il peut y avoir tellement de raisons: les parents, l'isolement, la peur, la honte, un corps jamais assez maigre, le stress...

Comment votre mari a-t-il vécu votre maladie?

Mon mari, c'est mon sauveur. Sans lui, je serais morte. Cet homme-là, c'est toute ma vie. Il faut trouver quelqu'un qui aime inconditionnellement, et c'est rare. J'ai changé de galaxie avec lui. Mon apparence physique n'a jamais été un facteur sur lequel il a porté un jugement. J'ai encore de la difficulté à accepter mon corps, mais je suis bien intérieurement. Et je dirai que mes trois garçons sont les miracles de ma vie.

Ce qui ne tue pas rend plus fortVeroniKaH

Performance Éditions, 19,95$

Pour trouver de l'aide

  • Institut Douglas, institut universitaire en santé mentale: douglas.qc.ca
1-800-630-0907

514-630-0907




Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer