Dans leur lettre au père Noël, bien des petits réclament des jouets bruyants ou des baladeurs. Faut-il s'inquiéter pour les oreilles de nos enfants?

Nathalie Côté, collaboration spéciale LA PRESSE

«Comme tous les bruits, les jouets sonores et les baladeurs peuvent causer des dommages si l'usage est prolongé et répété», affirme Justine Ratelle, audiologiste à l'hôpital Sainte-Justine.

En milieu de travail, le niveau de bruit jugé sans risque est de 75 décibels pendant 8 heures. Si le son grimpe d'à peine trois décibels, il faut alors réduire de moitié la durée d'exposition, explique Tony Leroux, professeur à l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal.

Actuellement, Santé Canada impose aux fabricants de jouets une norme maximale de 100 décibels. «Cette norme ne protège pas l'audition des enfants, précise Mme Ratelle. Après deux minutes seulement, les oreilles sont affectées. Ça ne signifie pas que l'enfant aura besoin de prothèses auditives, mais il y a tout de même un impact.» D'ailleurs, l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec milite depuis plusieurs années pour la diminution de cette limite. «Pour ce qui est des baladeurs et des écouteurs, il n'existe aucune norme au Canada», déplore M. Leroux.

Pour les parents, il est difficile de s'y retrouver. Les emballages sont souvent muets quant au nombre de décibels produits. S'il faut élever la voix pour «enterrer» le son d'un jouet, celui-ci est trop bruyant, jugent les experts. «Au-delà de l'impact sur l'audition, il faut aussi prendre en considération que le bruit engendre du stress. Au départ, le rôle du bruit est de nous faire réagir», rappelle Mme Ratelle. Elle conseille donc de baisser le volume quand c'est possible ou d'enlever les piles de ces jouets.

Quant aux baladeurs, on recommande la règle du 50-50, c'est-à-dire 50 minutes par jour à 50 % du volume maximal. Si le parent entend la musique écoutée par son enfant, le son est trop élevé. Les spécialistes interrogés suggèrent aussi d'ajouter une bonne paire d'écouteurs sous le sapin. Ceux-ci devraient réduire au maximum le bruit ambiant, de sorte que la tentation de monter le volume sera moins forte. «Il faut toutefois inviter nos jeunes à la prudence. Il est important d'entendre les bruits de la circulation lorsqu'on marche ou qu'on fait du vélo, par exemple», indique Mme Ratelle.

L'impact à long terme des jouets sonores et des baladeurs est peu documenté. Des études aux États-Unis et en France ont toutefois conclu que la perte d'audition chez les jeunes était plus fréquente qu'avant. La cause exacte de ce phénomène n'est pas déterminée, dit M. Leroux. Quoi qu'il en soit, les deux spécialistes invitent les parents et les enfants à la prudence.

Saviez-vous que...

Certaines applications permettent de transformer son téléphone intelligent en sonomètre. On peut ensuite mesurer le niveau de bruit d'un jouet avant de l'acheter, par exemple. De plus, plusieurs baladeurs sont munis d'un contrôle parental afin de limiter le volume des appareils.