Dormir plus aide à limiter le gain de poids. Les petits dormeurs - moins de six heures par nuit - qui allongent leurs nuits de sommeil (à sept ou huit heures) engraissent moins que ceux qui persistent à dormir peu. «La différence est de 2,4 kg de masse grasse en six ans, juste en changeant les habitudes de sommeil», a dit Jean-Philippe Chaput, chercheur à l'Université d'Ottawa et auteur principal d'une étude qui vient d'être publiée dans l'International Journal of Obesity.

Marie Allard LA PRESSE

Quarante-trois «petits dormeurs» de 18 à 64 ans ont été choisis parmi la vaste cohorte de l'Étude des familles de Québec. Parmi eux, 20 ont continué à dormir peu après six ans, tandis que 23 ont augmenté leur temps de sommeil «de façon spontanée, sans qu'on leur conseille de le faire, ce qui rend les résultats encore plus robustes», a estimé M. Chaput.

«En moyenne, au fil du temps, c'est bien connu qu'on prend tous du poids», a indiqué le chercheur. Les petits dormeurs n'ont pas échappé à la règle, mais ceux qui ont étiré leurs nuits ont vu leur indice de masse corporelle augmenter plus légèrement (différence de 1,1 kg par mètre carré) et ont pris 2,4 kg de masse grasse de moins. Un groupe-témoin, formé de 173 adultes dormant toujours sept à huit heures par nuit, a obtenu des résultats semblables à ceux qui ont allongé leurs nuits. Et ce, même en prenant différents facteurs (statut social, économique, âge, alimentation, ménopause) en compte.

Mieux gérer les hormones de stress

Est-ce parce que qui dort dîne? «On sait que lorsqu'on manque de sommeil, plusieurs hormones - comme le cortisol, l'hormone de stress par excellence - sont perturbées, a expliqué M. Chaput. Je pense que les gens qui ont de bonnes nuits de sommeil gèrent mieux ces hormones de stress, qui sont en lien avec la prise alimentaire. Donc, ils mangent moins.»

En dormant davantage, «les gens sont moins exposés à notre environnement obésogène», a ajouté le chercheur. Il est tentant de grignoter quand on est encore debout à minuit, beaucoup moins quand on dort! Quant au sport, il est évidemment plus facile de trouver l'énergie d'en faire quand on est reposé.

«Ces résultats sont fort novateurs, a souligné M. Chaput. Ils permettent de lancer un message d'espoir à ceux qui ont pris plusieurs kilos en raison d'un manque de sommeil chronique.»

Les hommes canadiens dorment en moyenne huit heures sept minutes et les femmes dorment 11 minutes de plus, selon Statistique Canada. Travailler à temps plein, avoir un revenu de plus de 60 000$, consacrer une heure ou plus par jour au navettage, être marié, avoir un enfant de moins de 15 ans ou être stressé sont des facteurs causant une réduction de la durée du sommeil.