Alors que la saison des festivals bat son plein, professionnels de santé et associations mettent en garde contre les risques auditifs que peuvent courir les spectateurs de concerts de musiques amplifiées.

Publié le 13 juill. 2009
Relax News AGENCE FRANCE-PRESSE

«On voit plus de traumatismes auditifs qu'avant. Ce n'est plus une pathologie exceptionnelle, un ORL en voit plusieurs par mois», explique à l'AFP un ORL parisien, le docteur Frédéric Meunier.Selon une étude du ministère français de la Santé réalisée en Île-de-France entre 2004 et 2006, la musique amplifiée est la cause de 53% des 176 cas recensés de traumatismes sonores aigus. 24% de ces traumatismes ont été subis lors d'un concert en salle et 8% lors d'un concert en plein air (14% en discothèque).

Car contrairement aux idées reçues, les concerts en extérieur présentent eux aussi un risque: ils ne sont soumis à aucune limitation du volume sonore, alors que la réglementation impose aux salles un niveau maximum moyen de 105 décibels, avec des crêtes à 120 (idem pour les discothèques). L'oreille court un risque à partir de 85 décibels.

Une autre étude publiée en 2003 par un ORL, le docteur Fombeur, estime à 1.400 le nombre de cas de traumatismes sonores aigus par an en France, dont plus de la moitié due à la musique amplifiée.

Les traumatismes sonores peuvent entraîner une surdité temporaire ou définitive, une hyperacousie (intolérance aux bruits) et, plus fréquemment, des acouphènes (sifflements ou bourdonnements dans l'oreille).

«Il ne faut pas se coller aux enceintes, c'est le B.A.-BA, et reposer ses oreilles avec des pauses de 10 minutes toutes les heures», conseille Dominique Dufournet, vice-président de l'association France Acouphènes, qui a mis en place une permanence téléphonique (0 820 222 213).

Autre mesure de prévention, le port de bouchons d'oreilles. Peu onéreux, les plus courants, en mousse, ont le désavantage d'empêcher d'entendre correctement certains sons.

Des bouchons faits sur mesure, utilisés par les professionnels de la musique, abaissent toutes les fréquences d'un nombre de décibels donné, sans nuire à la perception des sons. Mais ils coûtent environ 150 euros. «Les appareils auditifs coûtent 4.000 euros la paire. Il vaut mieux payer 150 euros avant un traumatisme que 4.000 après!», souligne M. Dufournet.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas rester exposé plus de quatre fois par an à des niveaux sonores moyens de 100 décibels sur quatre heures.

Ces discours de prévention ne sont pas toujours très audibles par les jeunes, d'autant que la puissance sonore est socialement valorisée dans la mythologie rock.

Le groupe de métal américain Manowar s'enorgueillit ainsi d'être le plus bruyant du monde avec un record de 129,5 dB en concert. Selon France Acouphènes, il a même revendiqué 139 dB l'an passé mais le Livre Guinness refuse désormais d'enregistrer de telles «performances».

Une fascination pour le bruit qu'on peut retrouver côté public.

«Il y a une drogue du bruit: certains aiment se coller aux hauts parleurs car ça provoque des vibrations dans tout le corps», estime le docteur Meunier.

Bruitparif, l'observatoire du bruit en Île-de-France, vient d'installer des stations de mesure autour du Stade de France, qui pourront servir à limiter aussi bien les risques à l'intérieur de l'enceinte que les nuisances sonores pour les riverains.

Au-delà des concerts, les professionnels s'inquiètent des conséquences futures de l'usage intensif par les jeunes des baladeurs MP3, qui favorisent l'écoute de musique sur de longues durées.