La grippe se transmet moins bien par temps humide, selon une nouvelle étude américaine. Cette découverte pourrait mener à des méthodes de prévention par le taux d'humidité dans les écoles et les lieux publics.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Le rôle de l'humidité dans la transmission de la grippe est envisagé depuis un certain temps, mais on n'avait jamais trouvé de lien statistique», explique l'auteur principal de l'étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, Jeffrey Shaman de l'Université d'État de l'Oregon. «Nous avons pensé utiliser l'humidité absolue, plutôt que l'humidité relative, qui est la mesure la plus souvent citée en météo. Et nous avons touché en plein dans le mille.»

L'humidité relative de l'air fait référence à sa température, qui modifie la quantité d'eau que l'air peut transporter sous forme de gaz. L'humidité absolue est la quantité nette d'eau dans l'air. L'étude de M. Shaman est très préliminaire : elle ne portait que sur huit cochons d'Inde. Mais les chiffres sont très impressionnants, selon le climatologue : 50% de la variation de la transmission du virus de la grippe s'explique par l'humidité absolue, et 90% de la capacité de survie du virus. «À notre avis, cela pourrait mener à des stratégies d'humidification de l'air dans les hôpitaux pour limiter la transmission», affirme M. Shaman, qui se spécialise dans l'étude des conditions atmosphériques idéales pour la transmission des maladies.

Les experts québécois consultés par La Presse estiment que ce travail est intéressant, mais devra être expérimenté à plus grande échel le et chez des humains. «Mais au niveau de la connaissance théorique, c'est

très intéressant », estime Karl Weiss, microbiologiste à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. «On sait que la grippe ne se transmet pas à cause du froid, contrairement à l'idée reçue. Dans plusieurs pays plus chauds, comme le sud de la Chine, elle est endémique au lieu d'être limitée à l'hiver comme ici. Et en Arctique, il n'y en a presque pas. Mieux comprendre les mécanismes de transmission est crucial.» Le Dr Weiss estime que les applications cliniques ne sont pas pour bientôt. Et il précise que ce n'est pas nécessairement à l'hôpital qu'on variera l'humidité pour contrôler la grippe, parce que la plupart des patients contagieux y sont isolés. «À mon avis, on verrait plutôt une application dans les écoles et les autres endroits publics.»

Le climatologue Shaman veut maintenant se pencher sur un mystère : pourquoi la grippe est endémique en Chine, où l'humidité est particulièrement élevée. « L'humidité n'empêche pas la transmission de la grippe, mais elle la diminue, dit-il. On peut penser que la grippe se transmet tellement bien l'hiver dans les pays nordiques à cause du temps sec que le reste de l'année, les gens sont immunisés. Peut-être qu'il faut une variation saisonnière du climat pour avoir un grippe saisonnière. Il faudra le vérifier. »

 

La grippe sur les chapeaux de roues

La saison de la grippe a démarré plus rapidement que d'habitude, mais on est loin des années records, particulièrement 2004 et 2005. Le pic grippal survient généralement avant le début de mars.

Voici le nombre de cas de grippe déclarés la dernière semaine de janvier ces dernières années :

2009: 150 cas

2008: 50 cas

2007: 25 cas

2006: 10 cas

2005: 430 cas

2004: 350 cas

2003: 70 cas

2002: 300 cas

Source: INSPQ