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Le rêve, miroir de nos états d'âme

Quand il était au cégep, Antonio Zadra a fait un rêve qui l'a marqué.

«C'était extrêmement vif, j'éprouvais de la douleur, je sentais la froideur de la neige», se remémore le professeur de psychologie de l'Université de Montréal. «J'avais aussi pris conscience que j'étais en train de rêver. Des personnages me disaient: «Vous savez, vous ne nous expliquez pas vraiment pourquoi nous sommes dans un rêve. Nous aussi nous rêvons la nuit, et nous ne te disons pas que tu es irréel.» Je criais très fort et pourtant je savais que j'étais sur mon lit tranquille. C'était hyperréaliste.»

Une vingtaine d'années plus tard, M. Zadra a fait des rêves son métier. «Ça a l'air bizarre comme ça, mais c'est vraiment ce rêve que j'ai fait au cégep qui m'a poussé à m'intéresser aux rêves. Avant, je n'avais aucun intérêt pour cela, comme bien des gens. Enfant, j'avais fait des rêves de vol qui m'avaient marqué. Mais après ce fameux rêve au cégep, j'ai commencé à lire sur la question et j'ai réalisé que je pouvais travailler uniquement sur ce sujet passionnant.»

 

Sa passion a permis à M. Zadra de se hisser au sommet des recherches mondiales sur le rêve. Il a notamment démontré que ceux-ci sont des indicateurs du bien-être psychologique, notamment du stress. Grâce à une vaste étude - du moins dans ce champ négligé de la psychologie - au cours de laquelle 28 personnes ont été suivies sur une période de 6 à 10 ans, M. Zadra a pu établir que plus nos rêves ont des interactions agressives, plus nous sommes stressés. «Il y avait aussi plus d'échecs et de malchances dans les rêves quand les participants se sentaient moins bien sur le plan psychologique.»

Il ne s'agissait pas de troubles psychiatriques proprement dits, mais d'une évaluation du niveau de bien-être psychologique tenant compte de l'anxiété et de la dépression, notamment.

«Les rêves ont tendance à refléter nos préoccupation diurnes, dit le chercheur. Les deux choses qui sont le plus souvent reflétées sont notre état affectif et notre souci par rapport à nos relations interpersonnelles avec nos collègues et parents. On voit tout de suite que ce sont deux variables importantes de notre bien-être psychologique.»

Les participants aux travaux de recherche du psychologue sont des volontaires qui ont répondu à des annonces dans les journaux. Ce sont donc des gens qui s'intéressent à leurs rêves. Les résultats s'appliquent-ils malgré tout à la population en général, y compris aux personnes qui sont indifférentes à leurs rêves ou ne s'en souviennent pas?

«Le rêve est une expérience universelle, affirme M. Zadra. On ne pense pas qu'il existe des gens qui ne rêvent pas. Ce qui varie, c'est le rappel. Si le rêve a une fonction, elle doit être la même pour tout le monde. Si on trouve des associations robustes chez les gens qui s'intéressent à leurs rêves, ça doit avoir une transposition chez la population en général. L'avantage de travailler avec un tel échantillon, c'est qu'on a beaucoup de rêves. C'est difficile de faire des analyses sur une dizaine de rêves, c'est plus solide statistiquement sur des milliers de rêves.»

Les femmes se souviennent deux fois plus souvent de leurs rêves que les hommes, trois par semaine en moyenne. Selon M. Zadra, cela est dû à un intérêt plus marqué des femmes pour les rêves, et leur propension à tenir un journal intime, plutôt qu'à une physiologie différente.

De plus, «on se souvient davantage des rêves quand on se réveille souvent, explique le chercheur. C'est pour cela qu'on a l'impression de rêver davantage quand on mange beaucoup le soir, ou très épicé. L'indigestion nous fait nous réveiller davantage, et on se souvient de différents rêves».

Parmi les autres mythes entourant le rêve, il y a celui qu'il sont en général abracadabrants. «C'est simplement parce qu'on ne raconte pas un rêve banal, un rêve où on va au bureau, par exemple, dit M. Zadra. Ce sont pourtant les rêves les plus fréquents.»

Cela ne signifie pas que rêver est facile. «On sous-estime la difficulté cognitive du rêve. Même si on ne fait qu'ouvrir la porte pour sortir dehors, il faut que le cerveau génère une impression réaliste de la température sur la peau, de la nature, du ciel. Il y a une foule de petits détails à recréer. D'ailleurs, le rêve évolue avec le développement de l'enfant. Avant 5 ans, il ne comprend pas trop ce qu'est un rêve, il va dire que ce sont des images devant ses yeux, ou carrément considérer que c'est une réalité externe, un monstre qui est réellement sous son lit. À partir de 7 ans, les autres personnages ont des émotions: papa n'est plus seulement là, il est fâché. Au début, les rêves mettent davantage en scène des animaux que des personnes, ou portent carrément sur des actions statiques, la faim, le sommeil.»

Il reste que l'étude des rêves est encore une discipline peu développée. Pourquoi si peu d'études sur ce sujet? La mauvaise réputation de la psychanalyse chez plusieurs psychologues y est sans doute pour quelque chose. «Pour beaucoup, porter intérêt aux rêves implique forcément une perspective psychanalytique, admet M. Zadra. Plusieurs chercheurs pensent qu'il n'est pas possible de les étudier scientifiquement. Mais on n'a pas besoin de considérer, comme dans une position strictement analytique, que tous les personnages des rêves sont des projections du rêveur, pour s'y intéresser.»

Ainsi, il n'y a aucune recherche sur la fréquence des transpositions de personnages - des rêves où les personnages distincts du rêveur se révèlent après examen être des miroirs de ce dernier, des miroirs particulièrement révélateurs. «On sait que dans de rares cas, des rêveurs ne sont pas eux-mêmes. Par exemple, des hommes rêvent qu'ils sont une femme ou l'inverse, dit M. Zadra. Mais c'est tout.»

(Les personnes intéressées à participer aux recherches de M. Zadra peuvent le contacter au 514-343-6111, poste 1-4788, ou par courriel laboreves@gmail.com)

Des trucs pour se souvenir de ses rêves

Voici deux exercices simples qui permettent de doubler le nombre de rêves dont on se souvient en quelques semaines, selon Antonio Zadra.

Le souvenir onirique est très fragile. Si on se lève dès que sonne le cadran, les stimuli les effacent facilement. Rester coucher quelques minutes sans bouger, les yeux fermés, aide à se remémorer certains passages de nos rêves.

Écrire. Immédiatement. Certes, on n'a pas nécessairement le temps quand il faut préparer le déjeuner des enfants et les pousser à s'habiller. Et on peut être gêné de donner autant d'importance à nos rêves. Mais comme tout étudiant le sait, écrire quelque chose en cristallise le souvenir.

 

 

La sexualité des rêves:

- 45% des hommes et 41% des femmes font des rêves érotiques.

- 4% des femmes et 3% des hommes atteignent l'orgasme durant leurs rêves érotiques.

- Les femmes sont plus susceptibles que les hommes (25% contre 8%) de faire les premiers pas dans leurs rêves érotiques.

- Les femmes sont plus susceptibles que les hommes (18% contre 5%) d'avoir des relations sexuelles non désirées dans leurs rêves érotiques.

- Les femmes sont plus susceptibles que les hommes (20% contre 14%) d'avoir des relations avec leur partenaire actuel ou un partenaire passé dans leurs rêves érotiques.

Source: Université de Montréal

 

Proportion des rêves qui mettent l'accent sur...

Hommes / Femmes

Un animal: 6% / 4%

Un homme: 67% / 48%

Un proche: 45% / 58%

De la violence physique: 50% / 34%

Un environnement extérieur: 52% / 39%

Un environnement familier: 62% / 79%

Un succès: 15% / 8%

Un échec: 15% / 10%

Des émotions négatives: 80% / 80%

Source: Université Case Western Reserve

 




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