Notre critique gastronomique a parcouru les routes du Québec cet été pour goûter à ce que proposent les meilleures tables de la province. Pour clore la série, elle s'est rendue à Danville, en Estrie.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Ce texte est le dernier de ma balade sur les routes du Québec à la recherche de bonnes tables où aller flâner pendant l'été. Un ultime compte-rendu, donc, de multiples visites qui m'ont fait découvrir de jolies tables, mais m'ont laissée un peu sur mon appétit.

Car de bons restaurants qui méritent qu'on parte de Montréal uniquement pour aller les essayer, les fameux «vaut le voyage» tels que décrits au départ par les guides Michelin, j'en ai trouvés très peu depuis que j'ai commencé cet exercice à l'été 2012.

Je continue de croire qu'à l'extérieur des centres, seul le Chez St-Pierre de Colombe St-Pierre, au Bic, est une véritable destination en soi. Le Bistro à Champlain à Sainte-Adèle aussi, mais essentiellement à cause de la cave à vins. La Ferme à Baie-Saint-Paul? Le lieu vaut en soi le déplacement, c'est clair. L'expérience au complet est phénoménale, surtout l'hôtel. Mais le restaurant n'est qu'un élément qui contribue au plaisir. Seul, il ne se distingue pas.

Pour le reste, je suis surtout tombée, à quelques exceptions très décevantes près, sur des tables qui sont correctes dans la mesure où on va y manger parce qu'on est déjà dans la région. Mais en soi, ces lieux ne valent pas le détour. Et c'est exactement ainsi que je décrirais le Temps des Cerises, mon dernier arrêt, à Danville, aux limites de l'Estrie.

Installé dans une ancienne église rénovée il y a 25 ans par les propriétaires, Patrick et Martine Sartre, le restaurant propose une atmosphère très recueillie, calme, avec un fond sonore qui était lors de mon passage un peu moyen-oriental. Les murs de bois sont peints de brun et de bourgogne. Des fenêtres sont en vitraux. Une terrasse permet de manger dehors s'il fait beau.

Arrivés très en retard, nous avons d'abord été accueillis froidement. Pas question de prendre une table d'hôte à cette heure-ci, nous a-t-on expliqué. Il était 21h15. On s'en est tenus à la formule entrée, plat principal. Des choses simples comme une salade classique de romaine sans chichi, avec d'exquises tomates cerises d'un cultivateur de la région. Une vinaigrette française élégante à la moutarde pour clore le tout. Rien de spectaculaire, mais aucun faux pas. Autre entrée simplissime: un potage à la betterave blanche. Là encore, aucune facétie. Du bouillon, de la betterave directement du jardin. On n'aurait pas rouspété s'il y avait eu une minuscule herbe fraîche ajoutée, une touche croquante...

Une fois la surprise de notre arrivée tardive passée, la cuisine a été très accommodante. Pour un enfant, on a préparé un plat de pâtes très simple à la sauce tomate légèrement crémée. J'aurais pris plus de sel, mais il faut souligner que la sauce était faite de tomates fraîches et qu'on a offert pour accompagner le tout du vrai parmesan râpé.

Autre plat principal, le doré de M. Desjardins, pêché dans le lac Saint-Pierre, était tendre et parfaitement bien cuit, délicat. Dommage d'avoir choisi un riz d'accompagnement aussi fade. On aurait aimé là aussi la joie des radis glacés à l'érable servis avec le carré d'agneau - servi trop saignant, mais pour cela, on blâmera notre retard et le manque de temps en cuisine - ainsi que la richesse de la purée de patates douces ou l'originalité de la purée de bettes à cardes.

Au dessert, un plat appelé «petit bedon» nous a fait sourire aussi. Une mousse au chocolat blanc en forme de cloche, recouvert d'une fine pellicule de cacao décorée d'une touche de rouge. Mignon, très simple. Techniquement impeccable, mais sans oh ni ah. Un peu à l'image de tout ce repas correct, mais un peu ennuyeux.

Le Temps des Cerises

79, rue du Carmel, Danville

819-839-2818

cerises.com

Prix: Tables d'hôte entre 25$ et 38$ le soir. Midi entre 11,50$ et 19$

Carte des vins: Courte et simple avec des classiques à prix variés et quelques bonnes trouvailles du Nouveau Monde à prix abordables.

Atmosphère: On est dans une ancienne église avec des vitraux, des murs bruns, des meubles de bois foncé. La musique est douce. On s'entend parler.

Service: Cordial et efficace.

(+) Des produits de la région et une cuisine honnête qui se démarque dans la région.

(-) Une cuisine un peu fade, qui manque de zeste (et souvent de sel).

On y retourne? Probablement pas.