Chaque semaine durant tout l'été, nous vous présentons des professionnels qui travaillent dans l'ombre des créateurs de mode. Cette semaine, Laurie Deraps, maquilleuse professionnelle en mode.

Iris Gagnon-Paradis LA PRESSE

Bien sûr, il y a le designer, qui conçoit le vêtement, et toutes les petites mains qui le fabriquent. Puis, le mannequin qui le sublime et, autour d'elle, l'équipe qui a la tâche de le faire voir sous son meilleur jour, que ce soit en images ou en défilé: styliste, photographe, sans oublier les artistes maquilleurs et coiffeurs! Ce travail, c'est l'affaire de Laurie Deraps, maquilleuse (et coiffeuse) qui évolue dans le milieu de la mode. Et elle en mange!

Laurie Deraps est arrivée à La Presse pour une séance de maquillage armée d'une valise à roulettes comprenant son matériel... en format léger! Car la vie d'une maquilleuse (et coiffeuse, une corde qu'elle a ajoutée à son arc depuis peu) en mode tient dans ces valises remplies de précieux instruments dont elle a besoin pour faire venir au monde la vision d'un directeur artistique, d'un designer, d'un photographe: maquillage, brosses, pinceaux, fards, etc.

«Sur place, que ce soit dans un shooting photo ou un défilé, on ne sait jamais quels type ou couleur de peau on va devoir maquiller, quel look il faudra recréer. Il faut donc être prêt à tout. La clé, c'est l'organisation! Lorsque je suis avec d'autres maquilleurs, je vais souvent regarder leur kit pour voir comment ils l'organisent!»

Faire sa place dans le milieu glamour et fermé de la mode n'est pas facile. Mais à coup de passion et de persévérance - et en tissant les bons liens -, Laurie Deraps fait tranquillement sa place. Maquilleuse à la pige depuis quatre ans, elle vient tout juste de signer avec l'agence L'Éloi, ce qui lui facilite grandement la vie. «L'agence travaille pour moi, me trouve des contrats; ces temps-ci, je travaille 7 jours sur 7, donc je n'ai pas le temps de m'occuper de mon réseau de contacts. De plus, ils s'occupent de la facturation, ce qui me permet de me concentrer sur ce qui me passionne, la création.»

Même si elle n'a pas encore 30 ans, Laurie Deraps a commencé à maquiller il y a déjà 12 ans. Originaire de Val-d'Or, elle commence en tant que maquilleuse dans le salon de la mère d'une de ses amies et devient vite «la» maquilleuse à qui on fait appel en ville.

Mais pour la jeune fille qu'elle est alors, vivre seulement du maquillage, surtout en région, semble tout simplement impossible. Aussi intéressée par le graphisme, elle déménage à Montréal pour l'étudier, mais a un autre objectif en tête: travailler chez MAC, un but qui se réalisera. «Après mes études, j'ai fait les deux emplois pendant un an et je travaillais sans arrêt. À un moment, je devais faire un choix. C'est le maquillage qui a gagné.»

Dans cet environnement, elle apprend vite: « En six ans chez MAC, j'ai maquillé des gens de tous les âges et nationalités, des deux sexes, j'ai fait des maquillages de drag, de fantaisie, des maquillages naturels... Tu vois tellement de formes de lèvres, de visages! C'était vraiment une bonne école.»

Parallèlement à son boulot en boutique, elle commence à travailler à la pige, d'abord en aidant d'autres amis maquilleurs, puis en se bâtissant tranquillement un réseau de contacts. Elle touche alors à tout et explore plusieurs branches du métier. «J'ai fait des galas, des tournages, des séances photo, des semaines de la mode... Au début, je n'étais pas sûre d'aimer la mode! Mais ce qui m'a accrochée, c'est la liberté d'expression et pousser une idée au maximum. C'est aussi un métier que tu fais avec tes mains, où il y a toujours du nouveau à apprendre», s'enthousiasme-t-elle.

La suite logique: la coiffure

Dans les défilés ou les séances de photo, coiffure et maquillage vont souvent main dans la main et «en mode, il faut savoir faire les deux», affirme la jeune femme. Si elle est entrée dans le milieu par le maquillage, la coiffure prend de plus en plus de place. «Je me suis découvert une autre passion en suivant des cours. C'est comme la sculpture après la peinture! », compare-t-elle.

La profession de styliste en coiffure est une cousine de celle de coiffeuse. En effet, si la coiffeuse en salon coupe, colore et coiffe, celle qui travaille en mode doit d'abord bien comprendre les cheveux et les coupes pour reproduire et créer des looks parfois extravagants. «Il y a des looks qu'on peut faire avec certains types de cheveux qu'on ne peut faire avec d'autres. Il faut savoir s'adapter.»

L'adaptation semble être le leitmotiv de son travail: que ce soit dans une semaine de la mode à Montréal ou à New York - où elle a vécu sa première expérience l'an dernier avec l'équipe de Moroccan Oil -, dans les coulisses, alors qu'elle doit changer le look d'un mannequin du tout au tout en quelques minutes (un quick change), ou lors d'une séance photo sur la plage, dans le Sud, sans électricité, une maquilleuse-coiffeuse du milieu de la mode doit savoir parer à toute éventualité.