Vous trouvez que les femmes se maquillent beaucoup, trop, tout le temps? Peut-être. Mais peut-être que non, en fait. Car tout est relatif. Et si le maquillage faisait partie de la féminité, depuis la nuit des temps? Un livre historique fascinant fait le point sur cet «éternel féminin».

Silvia Galipeau LA PRESSE

«Il y a peu de travaux historiques sur la beauté, parce que ça a longtemps été considéré comme un sujet frivole», reconnaît Anne de Marnhac, qui signe ici un nouvel ouvrage sur la question, Beauté, histoire, florilège et astuces, aux éditions de La Martinière. L'auteure française, à qui l'on doit déjà plusieurs livres sur la beauté (dont Femmes au bain, les métamorphoses de la beauté et Avant, après, les visages de la beauté), s'intéresse au sujet depuis plus de 20 ans. Mais pas sous n'importe quel angle. «Moi, ce qui m'intéresse, explique-t-elle, c'est de relativiser les canons de la beauté. Nous vivons dans une société très normée, et j'aime comprendre comment ces critères ont évolué, et quel rapport cela entretient avec la coquetterie et l'image corporelle des femmes.»

Si les observateurs ont généralement un discours «moralisateur» sur la question du maquillage, Anne de Marnhac favorise plutôt une approche historique. «Il y a un côté invariant au maquillage, aux soins du corps, au soin de la coiffure, explique-t-elle. Même dans les sociétés les plus démunies, en Éthiopie, là où les gens n'ont rien, les femmes trouvent le moyen, avec toutes sortes de poudres, de se fabriquer du maquillage. Bien sûr que cela a toujours existé!»

Son dernier livre, qui aborde chaque détail de la beauté par thème (du rose aux joues aux blondes platine, en passant par les mouches, les ongles et les rondeurs), est truffé d'anecdotes savoureuses. Le saviez-vous? Sous Louis XIV, les femmes se rougissaient les joues, de manière souvent outrancière, pour se distinguer des paysannes. «C'était une obligation de la société de cour, signale l'auteure. Il fallait avoir l'air de porter un masque, pour démontrer son aristocratie.»

Puis, avec la Révolution française et la fin de l'Ancien Régime, on assiste à une «inversion totale» du look du visage des femmes, explique l'auteure, qui cherche ici à décoder et saisir le langage du maquillage. «C'est l'époque du naturel romantique. On voudrait que le visage exprime le plus possible les émotions.» C'est ainsi que les femmes, tenez-vous bien, se dessinent des cernes pour avoir l'air malade (oui, oui: malade!). Pour se blanchir le teint, elles s'enduisent de blanc de céruse, un pigment à base de plomb. «On s'injecte même de la belladone dans les yeux, un produit très dangereux, pour dilater les pupilles.» L'auteure n'invente évidemment rien. On se souvient dans la même veine qu'Emma Bovary buvait régulièrement du vinaigre pour garder l'air pâle...

Arrive ensuite, 100 ans plus tard, ce qu'Anne de Marnhac qualifie de véritable «révolution»: «le bronzage». «C'est un tournant incroyable dans l'histoire, dit-elle. Depuis l'Antiquité, la pâleur a toujours été le signe aristocratique par excellence. Un signe d'oisiveté. Pour moi, s'exposer au soleil est ici une véritable révolution.» Et cette «révolution» entraîne aussi son lot de changements en ce qui a trait à la beauté du visage, bien sûr, mais surtout du corps dans son ensemble. «On se dévoile et il faut que le corps atteigne de nouveaux canons de beauté.» C'est d'ailleurs avec l'arrivée du bikini qu'on dévoile pour la première fois le nombril, comprimé par des générations de corsets.

Anecdote cocasse: n'allez pas croire que les femmes ont attendu de se faire bronzer pour s'épiler. Elles utilisent en fait depuis très longtemps toutes sortes d'astuces pour se débarrasser de poils indésirables. Parmi les plus originales, notons, au XIVe siècle, l'utilisation de sang de chauve-souris, de grenouille, même d'oeufs de fourmi...

Et aujourd'hui? Certes, certains comportements de dépendance au maquillage sont dérangeants, reconnaît l'auteure. Notamment quand il s'agit d'adolescents. Mais plus globalement, l'auteure note de nos jours non plus un code de beauté à respecter, mais plutôt une profusion de modèles ludiques desquels s'inspirer. «Il y a une profusion incroyable de palettes offertes aux femmes et c'est une incitation à la créativité, dit-elle. Cette multiplicité peut être angoissante, comme enrichissante. Maintenant, est-ce une source de confusion ou de richesse, je ne sais pas...», conclut-elle en riant.

Beauté, histoire, florilège et astuces, Anne de Marnhac, éd. de La Martinière, 219 p., 45$