Il y a une personne qu'aucune femme ne tromperait pour tout l'or du monde. À qui nous avons dit, souvent dès notre première rencontre: à la vie, à la mort, chéri. Qui? Mais notre coiffeur, pardi! Pour les heureuses élues qui en ont un, bien sûr. Les autres, l'âme en peine, errent, éternellement insatisfaites. Portrait du rapport amour-haine que nous entretenons toutes avec notre coiffeur.

Silvia Galipeau LA PRESSE

«Mon coiffeur? Mais je l'aime! D'amour!» Rebecca Anderson ne se fait pas prier pour louanger les multiples talents de son coiffeur chéri. Il faut dire qu'elle le suit, littéralement, depuis plus de 10 ans. De salon en salon, de quartier en quartier, malgré tous ses déplacements, elle lui a toujours été fidèle. Toujours.

À l'écouter parler, on dirait presque qu'elle parle d'un amant. «Je l'aime, parce qu'il comprend ce que je veux, dit-elle. Il n'essaye pas de me changer. Il respecte qui je suis! Et quand je le quitte, je n'ai pas l'impression d'être quelqu'un d'autre.»

Le tromperait-elle? «Non, jamais.»

Catégorique, vous dites? Il faut dire que Rebecca ne l'a pas toujours eu facile avec les coiffeurs. La dynamique trentenaire se souvient encore, quand, enfant, elle sortait du salon, en pleurant, systématiquement. «En Nouvelle-Écosse, tout le monde avait de gros cheveux, se souvient-elle en riant. Plein de spray net. Ça me traumatisait. Je détestais aller chez le coiffeur. Chaque fois, je rentrais chez moi en pleurs.» Depuis qu'elle a fait la rencontre d'Alain, de CAJH Maîtres Coiffeurs, c'est le bonheur. «Lui, je lui fais confiance. Il a toujours dépassé mes attentes...»

Même son de cloche de la part de Laurence Pasteels, une coquette brunette aux longs cheveux légèrement colorés. «Quand t'es control freak comme moi, tu cherches quelqu'un qui va t'écouter, te comprendre. Pas dire: «Oui, oui, mais n'en faire qu'à sa tête».» D'où son coup de foudre pour Roxanne, de chez Narcisse et Echo. «Quand je l'ai trouvée, ça a tout de suite cliqué. Non seulement on s'amuse, mais en plus elle ne va jamais me rater.»

Il faut dire que nous cherchons toutes des qualités différentes chez notre coiffeur. Pour Rebecca, c'est l'effet-surprise, dans la mesure où le résultat ne la dénature pas. Laurence aime sentir «qu'elle le vaut bien», dit-elle en parodiant la pub de L'Oréal. L'ex-publicitaire Anne Darche, spécialiste des comportements des consommateurs, avoue quant à elle: «Pour moi, la qualité des magazines est importante! C'est parce qu'il y a quelque chose «d'aspirationnel», chez le coiffeur», justifie-t-elle.

La psychologue Annette Richard n'est pas surprise d'entendre que les femmes ont de grandes attentes quand on parle de coiffeur. «C'est relié à notre apparence, notre image corporelle. Bien sûr, on peut se raisonner et se dire que ce n'est qu'une coupe, mais quand ça touche à notre image, ce n'est jamais à prendre à la légère. Cela touche qui l'on est, intimement.»

En prime, nos coiffeurs traversent souvent avec nous des moments charnières de nos vies. «Un mariage, un début de grossesse, des funérailles. Nous vivons beaucoup d'émotions avec nos clients, c'est sûr qu'on établit un rapport spécial», fait valoir le coiffeur Alain Larivée. D'où la fidélité, donc, comme suite à cette intimité tissée au fil des ans.

Des hommes aussi fidèles?

Vrai, les hommes seraient aussi fidèles à leurs coiffeurs que les femmes. Chez Dru, certains suivent les propriétaires depuis 30 ans. Hommes comme femmes. À la blague, on dit même que les hommes seraient plus fidèles à leur coiffeur qu'à leur femme... Mais est-ce si vrai? Les observateurs en doutent. «On ne peut pas négliger que, culturellement, il existe davantage d'exigences, en terme de normes et d'apparence, pour les femmes. Pas une femme ne peut être insensible à ça», reprend la psychologue Annette Richard.

La psychanalyste Marie Claire Lanctôt Bélanger, attrapée par pur hasard à la sortie de son fidèle coiffeur (pour qui elle traverse la ville depuis 30 ans), abonde dans le même sens. «Le coiffeur travaille à nous rendre désirables, analyse-t-elle à froid. C'est assez bizarre quand on y pense: il travaille pour que les autres hommes nous désirent.» En allant chez le coiffeur, poursuit-elle, les femmes envoient aussi un message à qui veut bien le voir. «Faire attention à ses cheveux, c'est dire que je fais attention à moi. Il y a quelque chose de la non-négligence et de la désirabilité.» Et puis, ultime paradoxe, signale-t-elle: «Le coiffeur, c'est finalement quelqu'un qui m'aide à être moi-même».

«Celui qui me donne une version améliorée de moi-même, renchérit Anne Darche. Ou de ce que je souhaite projeter de moi-même.»

Compliquées, les femmes, croyez-vous? Demandez-le à leur coiffeur ...