La robe, reflet de société

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La robe a évolué au fil des époques, souvent au même rythme que le statut de la femme. Le livre La robe - Une histoire culturelle - Du Moyen Âge à aujourd'hui remonte le temps et détaille tous ces changements. À l'ère du pantalon, combien de robes les Canadiennes achètent-elles chaque année ?

Basquine, 1630, Londres, Victoria and Albert Museum. La... (Photo fournie par les Éditions du Seuil) - image 1.0

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Basquine, 1630, Londres, Victoria and Albert Museum. La basquine évoquée par François Rabelais est un des ancêtres du corset rigide, corps de cotte décolleté, lacé en serrant la taille.

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The Rainbow Portrait (reine Élisabeth Ire), d'Isaac Oliver, vers... (Photo fournie par les Éditions du Seuil) - image 1.1

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The Rainbow Portrait (reine Élisabeth Ire), d'Isaac Oliver, vers 1600, Hertfordshire (Royaume-Uni), Hatfield House.La tenue majestueuse d'Élisabeth 1re, vers 1600, multiplie les dentelles, les couleurs vives et les tissus chamarrés. La structure sous-jacente demeure pourtant bien celle de la géométrie et du buste corseté.

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Un parcours à l'image de celui de la femme

Dans La robe - Une histoire culturelle - Du Moyen Âge à aujourd'hui, très beau livre illustré, l'auteur et historien Georges Vigarello montre comment l'évolution de ce vêtement est liée au contexte social et culturel de chaque époque. Le bouleversement des lignes et des formes de la robe est associé à un changement social plus profond. Entrevue.

La robe est au début très esthétique. L'apparence de la femme se traduit par ce qui l'enveloppe et ce qui la contraint, n'est-ce pas ?

Oui, à la fin du XIIIe siècle, l'esthétique est valorisée, la femme tend à représenter la beauté. Dans le contexte de la Renaissance, l'exigence esthétique devient plus sophistiquée et encore plus approfondie. On voit que la robe obéit à des principes géométriques très forts avec l'image d'un cône inversé, un triangle parfait. Le haut est corseté avec une poitrine toujours plus resserrée, une taille très fine, on cache les jambes avec une jupe très élargie, telle une cloche. Ce qui m'a frappé, c'est que dans la tradition, ce qui est le plus important est cette grande esthétisation du corps féminin, qui renvoie la femme à son rôle immobile de femme d'intérieur, de décor. Ça renvoie à un statut féminin du non-engagement dans l'espace public. Et même dans les classes populaires et rurales, la forme de la robe est semblable, car ce qui est central à cette époque, c'est l'image de pure apparence de la femme, quels que soient son milieu et son appartenance sociale.

La Révolution française va apporter des changements et va en quelque sorte faire évoluer le statut féminin et la robe.

En effet, c'est là qu'on voit que le contexte social joue vraiment un rôle, car quand il y a une forme de libération physique, voire psychologique, qui s'installe, la robe change. Lors de la Révolution française, les femmes sont dans l'attente de nouveaux métiers qui ont été promis et de nouvelles libertés. La robe devient un vêtement qui doit favoriser le mouvement, le dynamisme et l'appartenance à soi. C'est ce qui se produit dans les années 1790. C'est très révélateur, car à travers cet exemple, on lie ainsi directement la tenue au contexte. Un corps nouveau apparaît, l'artifice cède. Les robes sont tombantes, plus vaporeuses, sans corset rigide ou ceinture qui marque la taille. La robe occupe aussi une double fonction, d'une part l'opérationnalité, car les femmes sont plus mobiles, mais aussi éventuellement une fonction de séduction et de désir.

Après la Révolution française, on retourne en arrière ?

Oui, au moment de la Restauration, vers 1815, il y a toujours l'impossibilité pour la femme d'accéder à certains métiers, et elle redevient « décor ». La fausse anatomie revient en force, puis on favorise une apparence très esthétique d'une femme-statue sur son piédestal. On impose une esthétique hiératique. La tenue se fige. Les robes sont encore plus bouffantes, on voit de grandes crinolines et des jupons, le corset très rigide, les silhouettes sont très fines, il y a des couleurs, de belles matières, le travail est fait sur l'esthétique, mais pas sur le mouvement, car la raideur s'accroît. Progressivement, il y aura la volonté de s'affirmer et la robe suivra ce changement de statut féminin.

À quel moment se produit la grande rupture ?

Au tout début du XXe  siècle, avant même la Première Guerre mondiale de 1914, la femme entre dans l'espace public. Elle bénéficie d'un salaire, se retrouve dans des métiers sociaux comme l'enseignement, le secrétariat, la communication, et les tenues rigides ne sont plus possibles ni tolérables. Il y a donc un profond changement que symbolise le couturier Paul Poiret, qui supprime le corset et laisse tomber la robe très droite. La véritable grande affirmation du XXe siècle est la garçonne, qui arrive dans les années  25-30 et qui est fondamentale. C'est une revendication féminine qui porte sur la liberté et les nouvelles formes : la robe droite, le corps élancé, les cheveux courts.

Les changements de forme de la robe vont ensuite se faire petit à petit.

C'est une conquête qui ne s'est pas faite en une fois. Au retour de la Seconde Guerre mondiale, il y a une forme de restitution de la femme traditionnelle avec la corolle de Christian Dior, qui agit comme un petit recul avec le corsage étroit et de grandes crinolines. De l'autre côté, il y a le tailleur féminin qui favorise l'élancement du corps. La découverte des nouveaux tissus comme le nylon et le polyester, qui allègent le mouvement. Puis, le pantalon, la minijupe, le jumpsuit... encore aujourd'hui, les avancées sont multiples et les robes, très variées.

Aujourd'hui, le confort est-il devenu un critère essentiel ?

Oui, on voit que l'exigence du vêtement passe de manière plus forte par la sensibilité. Il faut désormais sentir et habiter le vêtement à sa manière. Nos corps marquent notre identité. Il y a un grand questionnement sur le ressenti, l'intériorité, comment je me sens, de quelle façon je vis les choses. L'apparence n'est plus privilégiée avec cette affirmation de l'égalité et de l'individualité. Ce bien-être et ce confort sont essentiels dans notre société de consommation, ce qui va nous mener à des tenues plus souples. Au bout du compte, le grand parcours de ce livre et de l'histoire démontre qu'autrefois, l'artifice l'emportait sur l'anatomie, alors que dans notre modernité, c'est l'anatomie qui triomphe sur l'artifice. Pourquoi ? Parce que l'anatomie, c'est la façon dont nous évoluons dans l'espace, ce qui est fondamental, et ce dispositif va aboutir à la tenue d'aujourd'hui qui est le pantalon. Une majorité de femmes disent d'ailleurs le porter tous les jours, davantage que les robes.

La robe - Une histoire culturelle - Du Moyen Âge à aujourd'hui

Georges Vigarello

Éditions du Seuil, 216 pages

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Pour l'élégance et la simplicité

Combien de robes achètent les Canadiennes chaque année ? De quelle couleur ? À quel prix ?

Le groupe Reitmans Canada ltée a effectué une étude sur les habitudes d'achat de robes des Canadiennes. L'étude a été menée auprès des 50 000 clientes des six enseignes du groupe - Reitmans, RW & CO., Penningtons, Addition Elle, Thyme Maternité et Hyba. « À travers nos marques, nous avons une très bonne représentation des Canadiennes », estime la présidente de Reitmans, Jackie Tardif.

Résultat : 85 % des femmes ont acheté une robe dans la dernière année. Elles préfèrent d'emblée les robes noires ou bleues. Elles privilégient les robes simples, confortables et polyvalentes qu'elles peuvent porter dans la vie de tous les jours, le soir et le week-end, autant l'été que l'hiver.

Ce que remarque la styliste Ariane Simard, c'est que le confort passe avant tout. « Les femmes aiment porter des robes, car elles se sentent belles. Lorsqu'elles ont une silhouette plus ronde, certains modèles vont vraiment les avantager, dit-elle. C'est aussi plus simple, car tu n'as pas besoin de faire des compositions, de bien agencer un haut avec une jupe, par exemple. »

Quels sont les deux moments de l'année où les femmes achètent le plus de robes ? Au début de l'été, en mai, en juin et en juillet, puis en décembre, certainement pour pouvoir les porter durant le party de Noël ou en prévision du jour de l'An.

EN BOUTIQUE OU SUR LE WEB ? 

« Selon les statistiques, on achète encore nos vêtements en magasin plutôt qu'en ligne. Présentement, dans l'industrie du vêtement au Canada, les ventes en ligne représentent en moyenne entre 6 % et 10 % des achats, affirme la présidente de Reitmans. Le marché sur le web est en pleine croissance, les ventes ont doublé dans les dernières années, les clientes aiment de plus en plus acheter leurs robes en ligne, on le voit très bien, et nous offrons des modèles exclusifs qui sont uniquement vendus sur notre site internet », indique-t-elle.

Jackie Tardif fait remarquer qu'il y a cinq ans, certaines marques canadiennes n'avaient pas encore de site transactionnel. « Il y a cinq ans, au Canada, les achats en ligne comptaient pour entre 1 % et 2 % des ventes. Il y a une nette progression. À titre de comparaison, aux États-Unis, les ventes en ligne représentent entre 15 % et 18 % », ajoute-t-elle.

D'UNE À TROIS ROBES PAR ANNÉE

« Les femmes achètent d'une à trois robes en moyenne par année et dépensent entre 50 $ et 199 $ sur celles-ci, ce qui correspond à près de 25 % du budget annuel, car les Canadiennes dépensent entre 900 $ et 1000 $ par an pour leurs vêtements », affirme Jackie Tardif.

Plus on vieillit, moins on achète de robes. Les femmes de 18-34 ans sont celles qui en achètent le plus, suivies des 35-44 ans. « Peut-être parce qu'on dispose d'un peu moins d'argent quand on a des enfants, on fait d'autres choix. Ça ne veut pas dire qu'on en porte moins », croit la présidente de Reitmans.

Pour la styliste Louise Labrecque, la robe occupe une place de plus en plus grande dans notre garde-robe. Pourquoi ? « Parce que c'est tellement facile ! Tu l'enfiles et, immédiatement, tu te sens plus habillée et élégante, estime-t-elle. Ça envoie une image plus chic. » 

« La robe est polyvalente. Pour que ce soit un bon achat, on pense aux accessoires qui transformeront la robe. On peut la porter avec un talon, une chaussure plate, un soulier de tennis, un veston, un cardigan, un collier, un foulard... »

- Louise Labrecque, styliste

La robe peut servir à plusieurs occasions : la plus simple, qu'on porte au quotidien, puis la fameuse petite robe noire, celle plus chic et sophistiquée qu'on porte pour un événement particulier. Chez Reitmans, toutes les robes sont offertes dans les tailles de 0 à 22. « Il n'y a plus de section Taille Plus, c'est une façon d'offrir les mêmes modèles pour toutes les silhouettes, c'est très inclusif, c'est ce qui est très important à nos yeux. »

Une petite astuce ? « C'est bien d'essayer de nouvelles choses et de ne pas toujours mettre l'éternelle robe noire, pense Louise Labrecque. Pour un style indémodable, on peut opter pour des couleurs neutres comme les couleurs crème, le gris ou le bleu marine. »

La présidente rappelle que depuis trois ans, Reitmans a mis en valeur les robes à travers des collections créées par Marie Saint Pierre, Martin Lim et Meghan Markle, la comédienne de la série Suits qui va épouser le prince Harry en mai prochain.

Même si les femmes disent apprécier de plus en plus la robe, il reste que le pantalon règne toujours. « On le porte plus que la robe, évidemment, il est plus pratique. On vend au moins deux fois plus de pantalons que de robes, mais je dirais qu'on a une relation différente avec la robe. On ressent un plus grand sentiment de féminité, et la robe fait plus d'effet », croit la présidente de Reitmans.




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