L'ex-couturier de la maison Dior John Galliano a reconnu mercredi une «triple dépendance», à l'alcool, aux somnifères et au valium, devant le tribunal correctionnel de Paris qui le juge pour des injures dont le caractère antisémite a été mis en doute par certains témoins.«Je ne me souviens pas très bien de ce qui s'est passé», a témoigné John Galliano, 50 ans, qui répond d'injures raciales et antisémites après deux altercations, en octobre 2010 et février 2011, au café parisien La Perle.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Cependant, le styliste a affirmé qu'il avait «toujours condamné le racisme et l'antisémitisme qui n'ont aucune place dans notre société», tout en présentant ses «excuses» sur le fait que son comportement «ait provoqué autant de tristesse».«J'ai une triple dépendance», à l'alcool, aux somnifères et au valium, a confessé le styliste britannique, les cheveux lâchés et les traits tirés, tout de noir vêtu, veste mate sur pantalon brillant. Depuis les faits, il dit avoir passé deux mois en Arizona en cure de désintoxication.Le couturier, licencié par Dior le 1er mars, a raconté comment il s'était laissé submerger par son travail, chaque jour plus envahissant: habillages, défilés, discours, voyages ... «C'était une pression très importante».

S'exprimant via un interprète, il a expliqué comment après avoir perdu son père en 2005, puis «un ami très cher» en 2007, il s'est mis à boire de plus en plus, avant de tomber dans l'engrenage de la dépendance. Au moment des faits, «je ne pouvais plus aller au travail sans prendre de cachets».John Galliano encourt jusqu'à six mois de prison et 22.500 euros d'amende.C'est le 24 février qu'a brusquement trébuché celui qui a propulsé au sommet des griffes du luxe la vénérable maison Christian Dior, propriété du milliardaire Bernard Arnault.Géraldine Bloch et Philippe Virgitti, deux amis qui boivent alors une bière à la terrasse de La Perle, ont raconté mercredi les injures qu'aurait répétées John Galliano durant trois quarts d'heure.Géraldine Bloch assure qu'il lui aurait lancé «dirty Jewish face» («sale gueule de juive»).

Son ami, Philippe Virgitti, dit avoir été traité de «putain de bâtard asiatique» («fucking Asian bastard»).Selon Géraldine Bloch, le couturier aurait commencé par critiquer ses «bottes bas de gamme», avant de railler ses cuisses ou la qualité de sa peau.«+Jewish+ (juif en anglais, ndlr), c'est l'un des termes qui a été le plus récurrent», répété «au moins trente fois», se souvient-elle. «C'était non-stop». Il l'aurait également traitée de «pute». La jeune femme, tout comme son ami, ont reconnu que le styliste parlait alors «très doucement».Or, pour éventuellement condamner John Galliano, le tribunal doit être sûr que les propos ont été effectivement prononcés. Une tâche ardue s'il était difficilement audible.D'autant que deux jeunes femmes, qui étaient alors clientes du bar, ont témoigné mercredi qu'elles n'avaient jamais entendu le mot «Jewish». «J'en suis absolument certaine», a assuré Marion, professeure d'anglais de 30 ans, qui dit avoir entendu une longue bordée d'injures, mais sans antisémitisme.

L'un des avocats de la défense a suggéré que ces témoignages étaient malhonnêtes et avaient été sollicités par l'ex-avocat de Galliano, qui avait cherché à «polluer» l'enquête.Pour ce qui est de la seconde altercation, deux témoins ont en revanche confirmé avoir entendu l'injure «sale pute juive» à l'encontre d'une de leurs amies.Dans une vidéo, révélée le 28 février par le tabloïd britannique The Sun et visionnée à l'audience, on voit aussi John Galliano, ivre, insulter des voisins de table. Il leur lance: «J'adore Hitler. (...) Des personnes comme vous seraient mortes. Vos mères, vos pères seraient tous des putains de gazés».«Ce ne sont pas des opinions auxquelles j'adhère», «je n'ai jamais eu ces convictions», a réagi John Galliano, avant de s'excuser «pour l'émoi que toute cette affaire a suscité».Mais ses excuses n'ont pas suffi à convaincre la procureure Anne de Fontette, qui a requis une amende «pas inférieure» à 5000 euros dans chacun des deux dossiers.À ses yeux, John Galliano n'était «pas un théoricien du racisme antijuif ou antijaune». Mais «c'est le racisme et l'antisémitisme du quotidien, des stationnements et des supermarchés, qui est pitoyable et effroyable», a-t-elle estimé. La décision sera annoncée le 8 septembre.