Taxidermiste: métier en voie d'extinction? Tout le contraire. De la mode à la déco jusqu'à l'art contemporain, les petites bêtes mortes et empaillées trouvent preneur chez de nouveaux adeptes à des années-lumière des collectionneurs de panaches d'antan. La Presse a interrogé des acheteurs d'animaux morts sur eBay, des designers cueilleuses de road kill et des artistes aux pratiques radicales, pour mieux cerner cette morbide tendance qui gagne les hipsters.

Sylvie St-Jacques LA PRESSE

Magali Simard, jeune femme dans la vingtaine qui travaille dans le milieu du cinéma, aime les animaux, qu'ils soient morts ou vivants. Maîtresse d'un chat prénommé Trash, Magali a récemment agrandi la ménagerie de son appartement du quartier Annex, à Toronto.

 

«Ma première acquisition a été un écureuil vieux de 30 ans, qui provenait d'un grenier de chalet. Il a la bouche abîmée, il lui manque une oreille, mais il est très «cute». Je l'ai payé 30$ sur eBay», confie Magali, qui parle avec humour et affection de celui qu'elle a nommé Cowboy Joe. «Il est monté comme un buste, avec un chapeau de cowboy et une cigarette. Quand je l'ai vu, je le voulais absolument: il me fait rire et me donne envie de le flatter!»

 

Photo: fournie par Looove Tinkebell

Baltazar

Cette nouvelle passion pour la taxidermie ne cause à Magali Simard aucun scrupule ou questionnement moral.

«J'adore les animaux. Je sais que je prends une position en achetant et en aimant les animaux empaillés. Je ne suis pas du tout végétarienne, jamais de la vie, mais en revanche, je ne m'achèterais jamais de manteaux de fourrure», révèle celle qui, lors de notre entretien téléphonique, revenait d'un séjour au lac Saint-Jean où elle avait visité ses cousins adeptes de chasse et son oncle... taxidermiste!

«Je suis contente d'avoir chez moi, dans mon petit appart du centre-ville de Toronto, des objets empaillés qui me rappellent ces contrées. Quand mon chat va mourir, je vais peut-être le faire empailler.»

Mode de rue

La designer londonienne Reid Peppard provoque quelques sourires, haussements de sourcils ou haut-le-coeur avec ses accessoires mode faits avec des pigeons, des souris, des rats et d'autres bestioles qu'elle ramasse au cours de ses balades à vélo autour du Portobello Market ou de Piccadilly Circus.

Photo: fournie par L'Artiste

Jack de Loove Tinkebell

Sur son blogue (reidpeppard.blogspot.com), dont la page d'accueil comporte un message pour prévenir les âmes sensibles, Peppard expose les photos de ses «trouvailles».

Les entrées des derniers jours comptent notamment des photos de renards et de cerfs morts ou de bijoux faits avec des parties d'écureuils.

Mais la tendance de la taxidermie ne rallie pas seulement les artistes en marge et autres humbles ramasseurs de road kill. 

Le designer d'intérieur montréalais John-Hugo Tremblay a noté une quantité anormalement élevée de bêtes empaillées au dernier Architectural Digest Home Design Show qui s'est tenu à New York ce printemps.

Photo: fournie par L'Artiste

Accessoire mode signé Reid Peppard

«J'ai vu un lapin empaillé sur un jeté, une perdrix dans un décor ultramoderne... Tu penses que c'est un toutou, mais non, c'est une vraie créature. C'est beau comme concept, mais ça crée aussi un certain malaise: j'avais le souvenir des cendriers en pattes d'orignal de mon enfance!»

Dans la mode, comme dans la taxidermie, rien ne se perd, rien ne se crée!

Photo: fournie par L'Artiste

Accessoire mode signé Reid Peppard