Dans le milieu de la mode québécoise, il y a de quoi être fier lorsqu'on souffle cinq chandelles. Annie 50 vient d'atteindre ce cap important avec, en prime, une identité plus définie et plus affirmée. Les collections printemps-été 2010 et automne-hiver 2010-2011 de la griffe d'Annie Chagnon et Amélie Gingras-Rioux témoignent d'une maturité qui fait d'elle une digne concurrente des Valérie Dumaine, Kollontaï, Ève Gravel, Anastasia Lomonova, Myco Anna et compagnie.

Mis à jour le 11 juin 2010
Ève Dumas LA PRESSE

«Nous avons senti, justement, que nous avions trouvé notre style à partir de ces collections-là, qui ont été les premières à nous satisfaire pleinement, confirme Amélie. Nous avons tâtonné pendant quelques années, ce qui, heureusement, ne nous a pas empêchées de vendre des vêtements. Je comparerais ça au travail d'un artiste-peintre. Pendant les cinq premières années, il cherche son style. Lorsqu'on retourne aux premiers tableaux, on voit l'ébauche de quelque chose mais, à un moment donné, il y a un véritable déclic.»

 

Ce style plus précis d'Annie 50, il ressemble à quoi? «Tout d'abord, il y a moins de mélanges d'imprimés, affirme Annie. Aussi, on apprend à construire des collections plus cohérentes et plus harmonieuses, tant sur le plan des coupes que des couleurs.»

Annie et Amélie doivent leur succès à leurs «deux cerveaux». Annie a fait des études en design de mode au collège Marie-Victorin, tandis qu'Amélie s'est spécialisée en commercialisation de la mode, après un DEC en photographie au cégep du Vieux-Montréal. Les deux jeunes femmes se sont rencontrées à la boutique Aime comme moi, sur l'avenue du Mont-Royal, où la première travaillait comme assistante au design et la seconde comme gérante.

Elles se sont lancées le 14 février 2005. «On a évidemment mangé nos bas au début, mais on a continué parce qu'on sentait qu'on s'en allait vers une plus grande liberté», se rappelle Amélie.

Au départ, les années 50 (d'où le nom de l'entreprise) étaient l'inspiration de base. «On adore les années 50 et même 60, surtout pour la féminité des vêtements, l'esthétique du design de l'époque, explique Annie. Mais aujourd'hui, cette influence est plus discrète. On peut la reconnaître dans certaines robes qui sont près du corps, pour mettre en valeur les courbes féminines ou, au contraire, dans nos jupes circulaires qui cachent les hanches, dont nous présentons une version chaque saison.»

Le design des collections se fait à deux. «Nous ne nous donnons pas de thème, raconte Amélie. Nous partons, chacune de son côté, et dessinons quelques pièces. Puis nous mettons nos idées en commun et créons la collection à partir de là. Vient ensuite le choix des tissus et des imprimés. C'est à ce moment-là qu'un thème commence habituellement à ressortir.»

Preuve de sa volonté grandissante de se faire connaître, Annie 50 participe depuis deux saisons à la Semaine de mode de Montréal. «Ça nous a aidées sur le plan médiatique, mais aussi sur le plan personnel, dit Amélie. C'est une expérience très intéressante. Stressante, oui, mais aussi enrichissante. On se sent vraiment fières après avoir réalisé un défilé.»

Le tandem trentenaire est également très fier des lookbooks qu'il a publiés pour mettre en valeur ses deux dernières collections, grâce à une bourse du fonds PRO MODE du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation du Québec. Une certaine inquiétude plane toutefois à l'idée que cette bourse n'était qu'une aide ponctuelle. «Nous avons mis des choses en place, comme les lookbooks, qui ont coûté 6000$ chacun. Nous n'avons pas envie d'arrêter, de régresser une fois que l'argent arrêtera d'entrer», s'inquiète Amélie.

Cela dit, l'esprit est plutôt à la fête, en ce cinquième anniversaire bien gagné.