Au début du mois de janvier, le New York Times a révélé une pratique peu charitable de certains magasins H&M, qui préféraient lacérer leurs invendus et les jeter à la poubelle plutôt que de les donner à des organismes de charité. Une semaine plus tard, on a appris que la Ville de New York déchiquetait et incinérait les vêtements neufs saisis dans la lutte contre la contrefaçon. Mais alors, comment les choses se passent-elles chez nous?

Publié le 12 févr. 2010
Ève Dumas LA PRESSE

Si les chaînes québécoises semblent avoir une conscience sociale et environnementale plutôt développée, les grandes chaînes américaines et européennes installées chez nous ne s'empêchent pas, quant à elles, de poursuivre leurs pratiques discutables. Sur le blogue mode d'Anabelle Nicoud (Cyberpresse), deux lectrices ont confirmé ce qui était écrit dans le New York Times.

 

«Je me souviens d'avoir passé un après-midi entier à déchirer des centaines de robes d'été avec comme seule raison qu'un détail strictement décoratif n'avait pas bien été exécuté. Rien qui dérange la tenue du vêtement. Je me disais justement que ces robes auraient facilement pu finir dans un «outlet» ou être données à un organisme. Au lieu de cela, j'ai dû remplir des dizaines de sacs verts. Ça m'a un peu découragée de voir tout ce gaspillage. Si seulement le textile avait été réutilisé», a écrit Mimidiamant.

Élise Pedneault, une enseignante jointe par courriel à la suite de son commentaire sur le blogue, a affirmé pour sa part qu'une vendeuse du H&M du centre Rockland lui avait dit, tandis qu'elles attendaient toutes deux en file pour acheter des articles de la collection Jimmy Choo, que les invendus des collaborations avec les designers étaient détruits.

Sur d'autres blogues, on peut également lire plusieurs commentaires au sujet de la chaîne Anthropologie (qui a ouvert une boutique à Toronto, mais n'est pas encore présente au Québec). Les employés auraient la responsabilité de détruire plusieurs de ses invendus, même des meubles. La raison? L'intégrité de la marque. On ne veut pas voir des sans-abri avec des vêtements Anthropologie sur le dos.

Chaînes québécoises

Les recherches faites dans le cadre de cet article tendent à montrer que les sociétés québécoises ont des pratiques plutôt charitables. Prenons Jacob, par exemple, qui attaque le problème des surplus à la source.

«Depuis deux ans, nous avons été plus sévères avec les quantités produites, ce qui nous évite de rester pris avec beaucoup d'invendus, explique Cristelle Basmaji, directrice des communications de Jacob. En fin de saison, nous soldons la marchandise. Lorsqu'il n'y a plus de place dans le magasin, nous l'envoyons dans les centres de distribution, où l'on choisit ce qui peut être placé dans les Jacob Outlet. La marchandise trop désuète ou légèrement endommagée est donnée à l'organisme Renaissance et à des centres de femmes. En 2009, nous avons donné environ 18 000 vêtements, pour une valeur marchande de 650 000$. Nous coupons les étiquettes, pour éviter que les gens achètent en lot et revendent. À Noël, nous avons remis une grande quantité de foulards à l'Armée du salut. Nous ne jetons rien.»

Pierre Legault, directeur général de Renaissance, confirme. «Cela fait trois ans que Jacob nous envoie des camions pleins de vêtements. Ça rehausse notre offre aux clients. L'Aubainerie nous donne aussi ses surplus. Il n'y a à peu près jamais de rejets, mais les vêtements tachés, déchirés ou invendus sont recyclés. Le coton est transformé en chiffons d'essuyage pour les garages. Il y a aussi une entreprise qui nous achète des vêtements à la livre pour faire des feutres pour l'industrie automobile. Nous sommes donc le deuxième des trois R (réduire, réutiliser, recycler). Nous demandons aux gens de nous donner ce qui est réutilisable et non ce qui ira directement au recyclage.»

Renaissance ouvrira d'ailleurs un centre de liquidation sous peu.

Un appel aux bureaux de la chaîne Le Château nous apprend par ailleurs que les invendus sont acheminés aux magasins entrepôts et vendus au rabais à l'année. On peut même y trouver de la marchandise datant d'une dizaine d'années, sinon plus. Les morceaux qui sont légèrement endommagés sont donnés à des organismes de charité.

Chez Simons, on reçoit une réponse semblable. Tous les vêtements qui restent après les soldes sont remis à une oeuvre de charité de Québec. Cette déclaration est confirmée par une employée de Simons à Québec, qui préfère garder l'anonymat. L'été dernier, elle s'est retrouvée dans une vente de sous-sol d'église confidentielle où elle a reconnu des morceaux de designers (comme une robe Michael Kors) vendus à 5$ et moins. Les étiquettes étaient coupées, bien entendu. «Ces ventes secrètes sont très courues. Il y a même des gens qui dorment là la veille pour avoir le premier choix», nous a-t-elle raconté.

Les surplus font parfois le bonheur de Chantal Crépeau, propriétaire de Bébé Boomerang, au Lac Beauport. Après les Fêtes, par exemple, sa boutique-friperie paraissait vide. Elle a donc demandé à ses représentants de lui trouver du stock. L'un d'entre eux lui a offert un lot de 1000 morceaux à 10$ la pièce, d'une collection remontant à 2006.

La marchandise qui ne trouve pas preneur au bout d'un certain moment, elle l'envoie à une ressourcerie, puis à l'Armée du Salut. «J'essaie d'abord de donner localement», dit-elle. Il lui est aussi arrivé d'envoyer des vêtements d'été au Guatemala. Ces vêtements avaient été bien triés pour ne pas envoyer de la marchandise inutile et transformer un don en «dumping». Non, les démunis des pays chauds n'ont généralement pas besoin de manteaux d'hiver!