Barcelone, ville de fête et de création. C'est également dans cette ville qu'a lieu le prestigieux concours international de mode El Botón, organisé par le géant du prêt-à-porter Mango. Pour la finale, 10 jeunes créateurs provenant des quatre coins dumonde y ont présenté à la fin avril leur vision de lamode. Analyse d'une nouvelle ère.

Louise Labrecque, collaboration spéciale LA PRESSE

«Nous assistons à une fracture de génération semblable à celle que nous avons connue en 1960 alors que les Yves Saint Laurent, Courrèges et Rabanne tuaient les diktats de la mode pour imposer leur vision. Et les créations reçues pour ce concours démontrent clairement ce changement», dit Jean-Jacques Picart, consultant mode et produits de luxe pour de grandes firmes européennes ainsi que membre du jury du concours El Botón.

 

Selon cet expert, le changement déjà perceptible n'est pas tant dans la créativité, mais plutôt dans une approche plus humaine et plus «politicosociale « de la mode. «Quelque chose de plus modeste et de plus rigoureux, fait avec davantage de charme et de séduction que d'impact», dit-il en précisant que la génération de designers d'aujourd'hui, dont les Belges Dries Van Noten et Raf Simons ou le Français Alber Elbaz, adoptent déjà cette approche.

La mode s'oriente donc vers des valeurs nouvelles comme l'intégrité et le respect du produit, du consommateur, de l'identité, de l'environnement.

«Cette différence est énorme, car chaque individu façonne maintenant sa mode en harmonie avec ce qui lui est précieux, explique-t-il. Si vous êtes sportive ou soucieuse des valeurs écologiques par exemple, vous avez l'entière possibilité d'exprimer vos convictions par votre style vestimentaire.»

M. Picart estime également que les jeunes ont une ouverture d'esprit globale qui se reflète dans leurs créations. Pour eux, la Terre entière est leur inspiration. Ils n'ont pas de frontières. D'ailleurs, Celestino Garcia, directeur de la création chez Mango, a remarqué ce changement: «Exceptionnellement, cette deuxième présentation du concours a été caractérisée par l'aspect multiculturel des collections.»

Après avoir reçu plus de 250 croquis provenant de tous les pays, les organisateurs ont choisi 10 participants.

Quelques designers canadiens ont pris part au concours, mais n'ont pas été retenus. Chaque finaliste a reçu 18 000 euros (environ 28 000$), pour créer, en cinq mois, une collection de 10 vêtements. Après avoir été soumis au jury parrainé par le créateur Oscar de la Renta, ils ont été exposés dans des cages de verre, placées dans les rues de Barcelone du 27 avril au2mai dernier. Le gagnant, le sud-Coréen Jin Youn Lee a remporté 300 000 euros (environ 480 000$).

 

Pour le concours, Jin Youn Lee a présenté une collection inspirée de l'oeuvre du peintre Michel-Ange: vestes à basques, chemisiers de chiffon plissé aux manches bouillonnées, pantalons aux plis français, jeux de transparence et de superpositions. Se démarquaient la qualité de la confection, l'originalité du traitement des tissus ainsi que l'audace et la modernité du design.

Les frais de transport et d'hébergement pour ce reportage ont été payés par Mango.

Photo: Mango