Ils ne sont guère plus d'une centaine dans le monde. Et vivent à Paris, New-York ou Milan. A une exception près: compositeur de parfums, Sandrine Videault exerce son art depuis Nouméa, dans l'archipel français de Nouvelle-Calédonie, où les senteurs du Pacifique inspirent ses créations.

Claudine Wery AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je vis dans un cadre idéal, où la nature me sollicite en permanence. L'endémisme et la biodiversité de la Nouvelle-Calédonie sont uniques au monde», se réjouit la jeune femme.

Regard bleu lagon et traits fragiles, Sandrine Videault est, comme on dit dans le jargon professionnel, un «nez».

Depuis 2005, loin de la frénésie du monde du luxe, elle est revenue sur sa terre natale et a installé son laboratoire chez elle à Nouméa, dans une solide bâtisse coloniale des années 1950 au charme suranné, où des vitraux tamisent la lumière.

Sandrine Videault est l'une des dernières élèves d'Edmond Roudnitska, parfumeur de légende, père notamment de Femme de Rochas, de L'Eau d'Hermes, de Diorissimo ou encore d'Eau Sauvage. Autant d'effluves qui ont traversé les décennies sans jamais lasser.

«Je l'ai rencontré en 1992 alors que je rédigeais un mémoire de commerce international à la Sorbonne sur les contrefaçons», raconte la créatrice.

L'alchimie entre le parfumeur alors âgé de 88 ans et la jeune étudiante se fait instantanément.

«Il est devenu mon maître jusqu'à sa mort en 1996. Il a réveillé la mémoire olfactive de mon enfance en Nouvelle-Calédonie», se souvient-elle.

Parce que créer des parfums n'est pas qu'affaire de nez, mais convoque tous les sens et toutes les émotions, Roudniska, esthète et philosophe, ouvre son élève «à une nourriture intellectuelle, permettant d'apprivoiser la matière».

«L'olfaction est quelque chose de très cérébral, je me considère comme un écrivain de l'odeur», confie cette membre de la Société française des parfumeurs, lectrice de Bergson.

En 1999, Sandrine Videault obtient le prix de l'insolite Arthus Bertrand lors du Salon des parfumeurs, grâce à une installation «Le Cantiques des Sens», métaphore sensorielle et olfactive inspirée du livre de la Bible, Le Cantique des cantiques.

La prouesse de cette passionnée d'histoire est sans nulle doute la reconstitution en 2002 du Kyphi, encens sacré de l'Egypte ancienne, fruit d'un colossal travail de recherche. Le philtre mythique est depuis exposé au Musée du Caire.

Mais sa plus grande fierté se nomme aujourd'hui «Manoumalia», parfum issue de la culture ancestrale des femmes de Wallis et Futuna, archipel voisin de la Nouvelle-Calédonie.

«J'ai appris avec des +mamas+ wallisiennes des rites ancestraux. Il y a chez les Wallisiens une symbolique des odeurs et un héritage olfactif, très denses. J'ai voulu leur rendre hommage», explique la Calédonienne.

Plus qu'un parfum, «Manoumalia», fragrance de femme en langue wallisienne, est un voyage au coeur des fleurs du Pacifique, sensuelles et capiteuses.

«On y trouve du fagraea, la fleur du bois tabou très répandue dans le Pacifique, du vétyver, du tiaré et du santal de Nouvelle-Calédonie», indique la créatrice, heureuse d'être parvenue à distiller des savoirs traditionnels dans un parfum «moderne et occidental».

Commandé par la marque suisse «lesNez, Parfums d'Auteurs», «Manoumalia» est commercialisé en boutiques depuis moins d'un mois aux États-Unis, en Allemagne, Autriche, Suisse, Italie, Angleterre, Ukraine ou encore au Canada où il remporte un vif succès.