Cet été encore, notre critique Marie-Claude Lortie parcourt les routes du Québec pour nous parler des restaurants de l'extérieur de la métropole. Cette semaine, elle s'est arrêtée sur les rives du Richelieu. Détour français classique et accessible à Saint-Charles.

Mis à jour le 5 juill. 2013
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Lorsqu'on part à la découverte de nouveaux restaurants, la gestion des attentes est cruciale. Si on demande conseil à des amis ou connaissances et qu'ils vantent trop les mérites d'une table, on peut aisément être déçu. Si on ne vend pas bien l'établissement, on risque de ne pas y aller.

Pour bien transmettre une affection pour un lieu qui n'est pas tape-à-l'oeil, pas vendu d'avance, qui gagne à être découvert sans être un coup sûr, il faut donc savoir être juste assez éloquent, tout en restant subtil et retenu. C'est ce que je vais essayer de faire en vous parlant des Espaces gourmands, à Saint-Charles-sur-Richelieu.

Le lieu, d'abord, n'a rien de spectaculaire.

Le petit village est adorable, surtout lorsqu'on y arrive par une belle soirée d'été, avec un soleil couchant qui s'amuse à transformer la lumière reflétée par le Richelieu. Le bâtiment du restaurant, par contre, n'est pas spécial. Dans la petite maison ancestrale, la décoration a de toute évidence quelques années derrière elle. Ni moderne ni rétro, elle est sans âge. On ne s'en est pas occupé depuis longtemps. Lorsque le temps le permet, il doit être agréable de manger à l'extérieur, dans la véranda aménagée sur le flanc du bâtiment.

De la salle à manger, cependant, la vue sur la rivière est fort jolie.

Le menu a l'air lui aussi venu d'une autre époque, vaguement années 70, quand la cuisine française était encore un peu exotique ici. Raie poêlée, souris d'agneau, salade tiède aux gésiers de pintade, onglet aux échalotes, sauce vin rouge et frites...

En trame sonore, on nous fait même écouter du Brassens et du Aznavour.

Mais après avoir été aux prises trop souvent, à l'extérieur des grands centres, avec des restaurants médiocres qui essaient de faire de la fantaisie sans le talent ou les bons réflexes, le classicisme de la carte nous inspire. Et si, se dit-on, il y avait ici un chef d'origine française ou formé à la française, un traditionnel qui sait ce qu'il fait?

Et c'est effectivement le cas.

Dans ce petit restaurant du bord du Richelieu, on sert une bonne cuisine française bien préparée, élégante, mais familière, sans chichi, respectueuse des règles et des produits. Une belle petite surprise. À prix raisonnables.

En entrée, les asperges à l'échalote sont tendres, juste assez cuites, donc encore doucement résistantes sous la dent et servies sous une vinaigrette - sans sucre, amen! - à l'échalote à la française avec une acidité équilibrée. On peut aussi choisir les asperges en potage, très fin, fait dans les simples règles de l'art, un plat qui met en valeur le légume et n'a rien des liquides collants épaissis à la farine ou à la fécule qu'on croise trop souvent. Un vrai potage qui glisse tout seul, quoi. Même chose pour celui aux champignons. Délicat. Et on aime que cela soit servi dans de minicocottes.

La crème brûlée au foie gras, malheureusement, l'est un peu trop, délicate. La texture de la crème prise est impeccable, mais la saveur du foie gras ne transparaît pratiquement pas. On le cherche. En revanche, bravo au parmentier de pintade servi en miniportion en entrée. C'est savoureux et amusant sans lourdeur. Et la volaille, que l'on trouve à bien des endroits sur le menu - la maison en fait une spécialité, car il y a un producteur de pintades juste en face, de l'autre côté de la rivière - bien juteuse.

En plat principal, on essaie l'agneau du Québec, servi en carré à la moutarde, impeccable, tendre. Gros coup de coeur pour l'aile de raie aux câpres, avec sa cuisson impeccable dans le beurre, et ces câpres toutes simples qui apportent juste assez d'acidité au plat. Le cassoulet, par contre, n'a rien de léger, on s'y attend, et sa saucisse costaude est sympathique. Toutefois, les haricots sont un peu surcuits, pâteux.

Les desserts déçoivent un peu. Les choux des profiteroles - je vous avais dit que c'était un restaurant français classique! - résistent trop sous la fourchette, un peu durs, secs. Le clafoutis aussi. Il a l'air plus d'une tarte aux cerises avec appareil à l'oeuf que d'un clafoutis onctueux traditionnel. Et la mousse au chocolat au lait, servie dans une coupe de chocolat comme celles qu'on achète toutes faites, n'a rien de renversant.

Mais ce n'est pas pour cela qu'on y retournera. Plutôt pour goûter le boudin, ou le filet mignon au poivre vert. Des poireaux vinaigrette avec ça?

Espaces gourmands

454, ch. des Patriotes, Saint-Charles-sur-Richelieu

450-584-3112

Prix: plat de raie 16$. Entrée de hachis parmentier 9$. Entrée d'asperges 7,50$. Soupe et cassoulet 36$.

Carte de vins: des classiques. On est loin des modes. Mais les valeurs sont sûres sans être banales. En blanc, le plus cher est un chablis grand cru à 70$. En rouge, on peut s'amuser avec un Sociando-Mallet 2007 ou s'évader avec de super Toscans inabordables. Mais une bonne partie de la carte est très accessible, bien choisie.

Service: accueillant, discret, professionnel.

Atmosphère: très tranquille. On est dans un petit village à environ 50 minutes de Montréal. Chanson classique française. On aime le niveau de décibels très bas qui permet de discuter doucement. On aime l'ouverture du lieu vers la rivière, avec ses grandes fenêtres.

Type de cuisine: française, française et encore française.

(+) Une cuisine française classique bien faite à prix raisonnables, comme on en trouve peu maintenant.

(-) La décoration du restaurant pourrait être un petit peu modernisée, soignée.

On y retourne: sûrement.