Avez-vous lu les milliers d'études scientifiques sur la nutrition qui sont parues en 2009? Le docteur et edutainer américain Michael Greger, lui, les a toutes consultées. Il s'impose cette discipline depuis des lustres et a décidé, il y a trois ans, de partager ses trouvailles avec le public. Demain, à HEC Montréal, il proposera sa revue scientifique et présentera les dernières découvertes dans ce domaine en constante évolution.

Ève Dumas LA PRESSE

La conférence du Dr Michael Greger - renouvelée chaque année puis gravée sur DVD par la suite - se présente sous forme de jeu-questionnaire. «Je demande aux spectateurs de se lever et je leur pose des questions. Ceux qui répondent correctement peuvent rester debout. Les autres doivent s'asseoir. Je continue jusqu'à ce qu'il ne reste qu'une personne debout. Celle-ci gagne un prix. Je fais normalement une dizaine de rondes en une heure, suivies d'une période de questions», explique-t-il.

 

Le médecin et spécialiste en santé publique installé à Washington fait cette présentation devant des diététistes, des étudiants en médecine, le grand public, etc. «Mon auditoire préféré est un auditoire professionnel. Parler devant des diététistes, c'est comme enseigner à des enseignants. Si je fais bien mon travail, l'information est ensuite relayée au grand public. Cela m'amuse, toutefois, de voir que les diététistes avec une formation classique répondent moins bien aux questions que les messieurs et mesdames Tout-le-Monde qui arrivent avec l'esprit ouvert.»

Mais comment se retrouver dans toutes ces études qui, souvent, viennent se contredire les unes les autres? Chez certaines personnes, le fait qu'elles sont constamment bombardées par ce type d'information suscite même un début d'anxiété alimentaire.

«Un certain degré d'anxiété au sujet de la nourriture n'est pas malsain, à mon avis, puisque les maladies qui tuent le plus (cancer, maladies circulatoires, etc.) ont un lien avec l'alimentation. Nous prenons la peine de porter une ceinture ou un casque lorsque nous sommes en voiture ou en bicyclette. Les gouvernements font des campagnes contre la cigarette et en faveur de l'exercice. Nous ne pouvons pas tout simplement manger n'importe quoi et ne pas souffrir des conséquences.»

«Moi, j'améliore mon alimentation d'année en année, poursuit-il. Je ne vais jamais me forcer à manger quelque chose que je n'aime pas, mais si j'aime quelque chose qui est bon pour la santé, je vais en profiter. Nous devrions manger ce que la littérature scientifique nous dit de manger, un point c'est tout! Personnellement, ça m'arrive de rentrer à la maison et de jeter à la poubelle un aliment qui se trouve dans mon frigo parce que je viens de lire une nouvelle étude.»

Les recommandations restent

Cela dit, les principales recommandations en matière de nutrition sont les mêmes depuis des années, voire des décennies. «Les médias aiment bien rapporter les résultats d'études un peu étranges ou qui sont contraires à l'intuition, ce qui ne donne pas toujours un portrait très juste de la situation, croit le docteur. En réalité, il n'y a pas eu de changements majeurs en nutrition depuis longtemps. Dans les années 90, par exemple, on a appris à quel point les noix étaient bonnes pour la santé. Ça, c'était majeur. Mais sinon, la ligne directrice reste la même: on doit remplir sa panse du plus grand nombre d'aliments végétaux complets possible et diminuer sa consommation de gras saturés.»

Le Dr Greger est lui-même devenu végétalien dans les années 90, lorsque les travaux du très réputé Dr Dean Ornish ont démontré qu'un régime de vie basé sur un régime végétarien, de l'exercice régulier et la pratique du yoga et de la méditation pouvait diminuer les risques de maladies cardiovasculaires.

Ce n'est pas pour rien qu'il est invité par l'Association végétarienne de Montréal. Cependant, les végétariens, végétaliens et crudivores n'aiment pas toujours ce qu'il dit. «Il y a des études qui font état d'une déficience très importante en vitamine B12 chez les végétariens. D'autres qui démontrent qu'une alimentation à base de végétaux crus n'est pas nécessairement optimale pour l'assimilation des nutriments.»

Cela dit, le Dr Greger n'est pas non plus l'ami des producteurs de viande. Il a même témoigné lors du célèbre procès en diffamation intenté par l'un d'eux contre Oprah Winfrey, à la fin des années 90. «C'était à l'époque de la vache folle. Oprah avait dit qu'elle ne toucherait plus jamais à un hamburger. La valeur des contrats à terme sur le bétail avait chuté à la Bourse de Chicago. Un éleveur texan ayant perdu beaucoup d'argent avait poursuivi l'animatrice vedette. Mon rôle était de dire que les commentaires d'Oprah étaient en fait fondés.»

Plusieurs millions plus tard, l'animatrice a finalement gagné son procès.

Pour assister à la conférence du Dr Greger, Latest in Nutrition, il faut réserver sa place par courriel au rsvp@vegemontreal.org. Au moment d'aller sous presse, il restait très peu de places. Le coût du billet est de 5$.