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Alimentation: stratégies zéro gaspillage

Florence-Léa Siry, auteure de 1, 2, 3 vies - Recettes zéro gaspi... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Florence-Léa Siry, auteure de 1, 2, 3 vies - Recettes zéro gaspi

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Avant de déposer un aliment dans la poubelle ou le bac à compostage, il y a lieu de s'interroger: «Est-ce vraiment un déchet?», suggère la spécialiste du zéro gaspillage Florence-Léa Siry. Dans son dernier livre, 1, 2, 3 vies - Recettes zéro gaspi, l'auteure, conférencière et chroniqueuse présente différentes tactiques pour mettre en valeur les rebuts, les aliments moches et tous les restes.

En mode récup

Fille d'une militante en environnement et d'un directeur de production en cinéma, Florence-Léa Siry a mis les pieds sur les plateaux de tournage en tant qu'employée de cantine à l'âge de 14 ans. Elle y a constaté la quantité phénoménale d'aliments gaspillés. Rapidement, elle a appris à récupérer les restes et à cuisiner de manière créative avec des budgets restreints, ce qui lui a permis de se démarquer en tant que traiteur.

Lorsqu'elle a démarré Chic frigo sans fric, site de référence en matière de solutions durables, en 2012, le terme «zéro gaspillage» n'était pas encore inscrit dans le vocabulaire vert. Aujourd'hui, elle gagne sa vie comme spécialiste du zéro déchet grâce à ses conférences et ses chroniques. Florence-Léa Siry est également l'auteure de plusieurs livres sur le sujet.

Pourquoi gaspille-t-on autant?

Je dirais qu'il y a deux choses. Avec l'industrialisation, les techniques de nos grands-mères se sont perdues. Ma grand-mère faisait du zéro gaspillage, mais elle appelait ça «nourrir ses enfants sur un petit budget». Je crois aussi, et c'est très subjectif, qu'au fur et à mesure que les gens se sont enrichis, le gaspillage alimentaire est devenu une façon de montrer notre richesse. On s'est dit: «J'ai les moyens de ne pas prendre le temps de retransformer. C'est pas grave.» On a banalisé le gaspillage sans se rendre compte de l'ampleur que ça avait sur notre budget et sur l'environnement.

La course aux petits prix et les achats en grandes quantités participent-ils aussi à ce gaspillage?

Oui et non. Évidemment, ce n'est pas sans raison que le lait est placé au fond de l'épicerie. Pour s'y rendre, on passe devant tous les étalages de rabais. On s'empresse d'acheter le ketchup, parce qu'on pense qu'on va le payer 2 $ de plus la semaine suivante, mais ce n'est pas vrai: il est toujours en rabais ! Par contre, je n'ai plus vraiment peur d'acheter certains aliments en grande quantité. C'est une occasion de maximiser ces produits. En les retransformant, je n'aurai pas l'impression de manger toujours la même chose. L'enjeu n'est pas tant les aliments qu'on achète en trop grande quantité que le manque d'inspiration.

Doit-on justement adapter notre façon de cuisiner?

Moi, je n'ai aucune technique. La créativité se développe à force de cuisiner. À un moment donné, tu remarques que ce sont les mêmes ingrédients qui reviennent dans trois recettes différentes. Tu as cuisiné beaucoup de riz? Tu peux faire des arancinis, un plat déjeuner, réinventer un risotto... Ce sont des réflexes qui se développent à force de se mettre en mode zéro gaspillage. Moi, je ne suis plus intimidée face aux surplus. Au pire, je congèle pour une prochaine fois. C'est sûr qu'on ne change pas sa façon de cuisiner en une semaine, mais en un mois, six mois, un an, tu ne seras plus le même cuisinier ni le même consommateur.

L'idée de cuisiner et de manger des déchets alimentaires n'est pas toujours appétissante. Doit-on tenter de tout récupérer?

Je pense qu'il faut écouter ses limites personnelles. La mienne est de ne pas manger de moisissures. Il y a certaines fanes que je ne mange pas non plus, tout comme les coquilles d'oeufs. Cuisiner zéro gaspillage, ce n'est pas de cuisiner tout à 100 %, mais de se poser la question avant de jeter: est-ce qu'on peut faire autre chose avec ? Un bout de fromage séché peut être râpé comme du parmesan. Des fanes de carottes ressemblent à des fines herbes et peuvent être utilisées à la place du persil. Des herbes flétries camouflées dans une pâte à crêpes te donneront peut-être les meilleures crêpes que t'auras jamais mangées. J'ai appris, au fil des années, à redéfinir un déchet alimentaire. Je considère qu'il y a très peu de choses qui le sont. Mais ce n'est pas parce qu'il y en a peu qu'on a envie de tout manger.

Une solution facile - et celle qui nous donne bonne conscience - est de composter plutôt que de recycler...

Avec certains aliments qui seraient normalement allés au compost, tu peux obtenir le meilleur bouillon asiatique! De le mettre dans la casserole plutôt qu'au compost, ça prend 32 secondes de plus. C'est un choix. On peut le mettre au compost, mais on gaspille notre matière et nos sous. Moi, je fais des économies considérables.

Le manque de temps n'est-il pas un enjeu pour passer à l'acte dans le quotidien?

C'est sûr que si on passe de repas transformés à cuisiner zéro gaspillage, la marche est haute. Mais si tu cuisines un minimum à la maison, tu économises du temps. Par exemple, si tu as fait un plat de macaroni au fromage, tu peux l'agencer autrement le lendemain en cuisinant une galette qui éventuellement fera des croûtons pour une salade. Tu n'as pas besoin de te lancer dans une cuisine élaborée et de salir beaucoup de vaisselle. Au bout du compte, tu gagnes du temps, une consommation énergétique et des sous. Et puis, c'est ultra valorisant de cuisiner quand tu penses que tu n'as rien dans le frigo. Je considère qu'on gagne sur toute la ligne.

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1, 2, 3 vies - Recettes zéro gaspi. Florence-Léa Siry. Éditions Glénat Québec/Hachette, 175 pages. En librairie ou sur le site de Chic frigo sans fric.

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«Ma grand-mère faisait du zéro gaspillage, mais elle appelait ça "nourrir ses enfants sur un petit budget"», affirme Florence-Léa Siry, auteure de 1, 2, 3 vies - Recettes zéro gaspi.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Prévenir les pertes

Mieux acheter, mieux conserver, mieux apprêter les aliments sont autant de réflexes qui leur garantissent une plus grande durée de vie. Trucs et tactiques antigaspillage.

Comme à l'épicerie

Au supermarché, certains fruits et légumes sont réfrigérés et d'autres non, fait remarquer Florence-Léa Siry. Ceux qui ne le sont pas - les aliments qui contiennent du blé, les sucrants, les pommes de terre, les oignons, les concombres, les agrumes, les bananes, les tomates, les avocats et les gros fruits à noyau - n'ont pas systématiquement besoin d'être mis au frigo. Sur le comptoir, l'aliment va se déshydrater ou sécher, et pourra être réhydraté en le plongeant dans l'eau ou en le faisant revenir dans un corps gras ou une sauce. La moisissure créée par la condensation au frigo est, quant à elle, irrécupérable.

Laisser les aliments respirer

Les emballages des fruits et légumes, à l'épicerie, ne sont pas des emballages de conservation, mais de transport. Les retirer une fois à la maison permet de conserver ces aliments plus longtemps en les laissant respirer. S'ils ont tendance à faire de la moisissure, comme c'est le cas notamment pour les laitues et fines herbes, on les enveloppe dans un linge qui absorbera le surplus d'humidité, suggère l'experte en zéro gaspillage.

Connaître son frigo

Dans le frigo, il y a des zones plus froides que d'autres. La tablette située près du congélateur est celle où le mercure est le plus bas. En y mettant des aliments plus fragiles, comme des herbes fraîches ou de la laitue, ils se gâcheront plus rapidement. C'est toutefois le contraire pour les viandes et poissons. Ces derniers se conservent près du congélateur, les aliments périssables au milieu, les fruits et légumes à l'autre extrémité.

À vue d'oeil

Tous les restes gagnent à être visibles. «Chaque fois que tu vas ouvrir le frigo, ça va te rappeler qu'il faut que tu les manges, plutôt que de les mettre dans le triangle des Bermudes de ton frigo», conseille avec humour Florence-Léa Siry.

Le bac à «touski»

Inutile de s'astreindre à faire des listes d'aliments ou à mémoriser l'inventaire du garde-manger. Prenez l'habitude de ranger les mêmes aliments aux mêmes endroits. Pour éviter de retrouver les fonds de sacs ou de bocaux à moitié vides au fond d'une tablette, un an plus tard, déposez-les dans un gros contenant (celui dont vous avez perdu le couvercle, par exemple) et gardez ce panier à «touski» à portée des mains et des yeux.

Et hop, au congélateur!

Le congélateur est le meilleur allié des antigaspilleurs pressés. Déposez-y les pelures, les restes de repas ou les fruits et légumes moches, en attendant le moment propice pour les cuisiner. Une fois décongelés et apprêtés, les raisins flétris feront, par exemple, une excellente sauce ou une confiture pour accompagner les viandes.

Cuisiner de façon approximative

Une recette de muffins requiert des pépites de chocolat, mais vous avez plutôt un fond de canneberges séchées et quelques bretzels? Osez! Hachez-les pour concocter des muffins sucrés-salés personnalisés. «Cuisiner de façon approximative, ça redonne confiance. On réalise qu'on est capable, finalement, de faire quelque chose de bon sans nécessairement maîtriser les techniques des chefs.»




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