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Inès, 13 ans: la cuisine comme terrain de jeu

Inès est en quelque sorte tombée dans la... (Photo Olivier PontBriand, La Presse)

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Inès est en quelque sorte tombée dans la marmite quand elle était bébé.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Inès Gauthier est une jeune adolescente de 13 ans comme les autres. Avec cela de particulier qu'elle a un appétit vorace pour la cuisine. Les deux mains dans les plats, mais loin d'avoir les pieds dans la même bottine, elle nous ouvre les portes de son terrain de jeu - sa cuisine - à l'occasion de la sortie de son premier livre de recettes, Cuisine avec Inès.

Les petits plats d'Inès

Mercredi, 16 h 30. Inès Gauthier rentre de l'école à temps pour accueillir chez elle l'équipe de La Presse. Ce soir, elle a un devoir inusité, mais on ne lance pas un livre de recettes tous les jours.

Inès est en quelque sorte tombée dans la marmite quand elle était bébé: avec un père chef cuisinier (Éric Gauthier) et une mère mixologue (Fannie Gauthier), tous deux d'origine française, sa curiosité pour l'univers des saveurs a été nourrie au berceau.

«Pour moi, la bouffe, c'est super important, dit-elle avec enthousiasme. Ça nous rassemble et c'est aussi une occasion de prendre le temps d'apprécier les choses. Cette chocolatine, par exemple, dit-elle en pointant l'assiette remplie de viennoiseries qui nous fait de l'oeil, on a mis du temps à la faire. Ce n'est pas rien!»

De toute évidence, la jeune fille n'est pas du genre à se faire prier pour passer à table, pas plus que pour mettre la main à la pâte, d'ailleurs. 

Ses ingrédients préparés, sa recette en tête, la pétillante demoiselle est prête à faire la démonstration de son savoir-faire en toute humilité. Au menu: un poulet à la normande qu'elle présente également dans son livre de recettes sorti hier en librairie.

Alors que le poulet frétille dans la poêle, elle y va de ses conseils. «Surtout, on goûte toujours ce que l'on sert.» Et puis, on se garde une place pour improviser. «Tu es plus poivré? Mets plus de poivre. C'est pour toi! Tu vois, là, j'ai oublié d'assaisonner en faisant revenir mon poulet. Mais c'est pas grave. Je vais en mettre plus dans la sauce», lance-t-elle avec désinvolture.

Les repas, c'est sacré

«Le week-end, plutôt que de passer mon temps sur un écran et de gâcher mon cerveau, moi, je cuisine.» Aussi à l'aise au fourneau que dans ses baskets, Inès coupe ses ingrédients, jette un coup d'oeil à la préparation, la hume, la goûte. Elle a ce rapport à la nourriture qui ne se situe pas tant sur le plan de la gourmandise que dans le plaisir des sens, observe son père.

Petite, elle s'amusait à deviner à l'odeur les plats mitonnés pour le repas, relève-t-il. Maintenant, elle cherche à en déceler les ingrédients. «Sentir les ingrédients. Les toucher. Elle a toujours eu envie de découvrir de nouvelles choses, ce qu'on a alimenté en l'initiant à différentes saveurs.»

Chez les Gauthier, la cuisine est de toute évidence l'endroit où palpite le coeur de la maisonnée. «L'heure des repas, c'est sacré, chez nous, souligne la jeune fille. Déjeuner, dîner, souper: c'est tous les repas, sans exception. On s'assoit tous ensemble et on discute. C'est ce qui nous unit.»

Le plaisir de partager

Dans le plaisir de manger, il y a le plaisir de partager. Ce n'est pas un hasard si, à 10 ans, elle s'est qualifiée pour participer à l'émission de cuisine pour jeunes La relève. «Je n'avais pas envie d'être une star de la télé, mais de cuisiner avec des chefs et de partager ma passion», explique la jeune fille.

Quand elle a su qu'elle avait été sélectionnée, elle a entrepris d'apprendre les techniques de base en cuisine: lever les filets de poisson, apprendre les découpes de viandes et les cuissons, préparer les gâteaux... «Je lui ai dit: je ne te ferai pas de cadeau!», raconte son père, qui a dirigé l'entraînement. «Il y a eu des pleurs, des rires. C'était dur», se souvient la jeune fille, qui lui a ensuite confié avoir passé ses plus beaux moments avec lui.

«Elle ne s'est pas rendue en finale, mais elle a touché le coeur des téléspectateurs et le mien», se souvient le chef Hakim Chajar, l'un de ses mentors à l'émission de TVA.

Aujourd'hui, Inès espère toucher le public avec son livre de recettes qui met de l'avant des plats qu'elle aime et qui sont essentiellement inspirés de sa famille. Ses parrains, les chefs Chuck Hughes, Hakim Chajar et Laurent Godbout, lui ont aussi fait cadeau de quelques recettes. Et bien sûr, il y a des concoctions de son cru, comme les suçons au chocolat, les bâtonnets de cheddar passés au gaufrier ou les cookie shots au Nutella.

On y trouve des recettes plus attendues et d'autres qui étonnent, comme les rillettes aux maquereaux - «c'est facile et c'est tellement bonnnnnn!» -, les sardines grillées, le risotto aux champignons, plusieurs plats de poisson. Autant d'aliments qui font normalement fuir les plus gourmands jeunes cuisiniers.

«Il y a beaucoup de livres de recettes faciles pour les enfants. On n'a pas voulu que ce soit le cas. J'espère que les gens - jeunes ou moins jeunes - vont aimer les recettes, qu'ils auront envie de les recréer en y ajoutant leur touche personnelle. Et qu'ils vont s'amuser. Il faut s'amuser!»

Son poulet à la normande terminé, Inès dépose fièrement le poêlon au centre de l'îlot et en prend une bouchée. «Oh! C'est réussi. Vous allez adorer, dit-elle en goûtant. Vous en voulez une bouchée?» Certainement. (Et c'est effectivement succulent!)

Ses conseils

> C'est important de bien placer ses doigts  - en pattes d'araignée [replier les phalanges] - quand on coupe pour ne pas se blesser.

> Il faut connaître et savoir utiliser les bons ustensiles.

> Si ça chauffe trop fort, on ne panique pas: on retire tout simplement la casserole du feu.

> Surtout, on goûte en cours de préparation. On ne sert pas à ses invités ce qu'on n'aime pas soi-même.

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Cuisine avec Inès. Inès Gauthier. Les éditions Goélette. 132 pages.

Inès Gauthier prépare son poulet à la normande.... (Photo Olivier PontBriand, La Presse) - image 2.0

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Inès Gauthier prépare son poulet à la normande.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Sa recette de poulet à la normande

Chaque fois qu'elle la visite en France, Inès réclame cette recette à sa mamie Claire. À servir avec des pâtes fraîches ou une purée de carottes ou de pommes de terre.

Préparation : 45 min

Cuisson : 30 min

Rendement : 4 portions

Ingrédients

- 227 g de champignons blancs

- 2 c. à soupe de beurre demi-sel

- Sel et poivre

- 1/4 de tasse (60 ml) de crème 35 %

- Le jus de 1/2 citron

- 4 petits filets de poulet ou 2 gros

- 4 brins de ciboulette fraîche

Préparation

1. Nettoie les champignons avec un papier absorbant légèrement humide et coupe-les en tranches de 1 cm.

2. Dans une poêle, dépose la moitié du beurre et fais-le bien chauffer. Quand il mousse, mets-y les champignons et mélange-les à feu vif, puis sale-les. L'eau va sortir des champignons, alors laisse-les mijoter doucement pendant quatre minutes, puis ajoute la moitié de la crème, un peu de poivre et le jus de citron, puis éteins le feu.

3. Découpe les filets de poulet en petites escalopes de 2 cm d'épaisseur, de 5 à 7 cm de long et de 3 ou 4 cm de large, en suivant bien le fil de la viande.

4. Dans une poêle, fais chauffer le reste du beurre à feu moyen. Quand il est chaud, mets-y les escalopes de poulet pour les saisir d'un côté de trois à quatre minutes, retourne-les et laisse-les cuire de quatre à cinq minutes. Sale et poivre. Ajoute les champignons, le reste de la crème et laisse mijoter pendant quatre minutes.

5. Coupe finement les brins de ciboulette pour en garnir le plat au moment de servir.

Chuck Hughes... (Photo Robert Skinner, Archives La Presse) - image 3.0

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Chuck Hughes

Photo Robert Skinner, Archives La Presse

Inès selon trois chefs

Trois chefs et mentors de la jeune Inès nous parlent d'elle.

Chuck Hughes

«Elle est aventureuse et elle adore cuisiner. C'est le mélange parfait!»

«La première fois que je l'ai rencontrée, c'était pendant les auditions de La relève. Elle était allumée, passionnée de cuisine et elle était drôle. On s'est bien entendus. Un jour, je lui ai dit que j'adorais manger épicé. Elle m'a servi une sauce avec trois tasses de sriracha dedans!», raconte en riant celui qui a été son chef d'équipe à l'émission.

Son livre

«Je trouve ça l'fun de lancer un livre de recettes à 13 ans. Inès a été initiée à plein de plats et de cuisines différentes et ça paraît. Une recette n'a pas besoin d'être compliquée pour être intéressante. Les sardines qu'elle présente, par exemple, c'est facile à faire. C'est un peu ça, le mandat du livre: susciter un intérêt pour essayer autre chose.»

Cuisiner avec les enfants

Lui-même père de deux garçons de 2 et 5 ans, le chef affirme cuisiner pour eux comme pour les adultes, en adaptant simplement les assaisonnements. «On essaie et les goûts se développent. Il ne faut pas hésiter non plus à les impliquer en cuisine. À 5 ans, on peut déjà être un bon sous-chef pour éplucher les légumes, les laver, casser un oeuf... Ça alimente l'intérêt pour la cuisine.»

Hakim Chajar

«C'est une exploratrice en cuisine.»

«Inès est créative et elle ose mélanger les saveurs. Elle a passé beaucoup de temps à observer sa famille cuisiner et elle a voyagé. Ça se reflète dans ses plats. Elle a une cuisine de souvenirs», observe le chef propriétaire du restaurant Miel.

Son livre

«On s'éloigne des recettes attendues ou bébé lala. Les enfants d'aujourd'hui ont une curiosité pour la cuisine. Leurs inspirations culinaires viennent de partout. C'est un outil extraordinaire. Ces enfants qui en voient d'autres cuisiner, qui ont accès à toutes sortes d'expériences et d'informations sur l'alimentation vont peut-être pouvoir se débrouiller pour bien manger avec moins plus tard. Dans 10, 15, 20 ans, ils vont créer un changement radical dans les façons de consommer.

Cuisiner avec les enfants

«Non seulement on peut les encourager à réaliser des recettes, mais aussi les accompagner dans la transformation des restes. Pour favoriser leur créativité, je pense qu'il faut leur laisser de la liberté. Il ne s'agit pas de les laisser à eux-mêmes, mais de les encadrer en leur disant: "C'est toi, le chef." Tout ça contribue à développer leur palais qui est un disque dur qui enregistre plein d'impressions. Manger, c'est créer des émotions.»

Laurent Godbout

«La cuisine, elle en mange!»

«Inès est une petite boule d'énergie. Elle est brillante et très ouverte à essayer plein de choses. Elle a la ténacité et tout ce qui est nécessaire pour devenir une chef, si elle veut faire ce métier plus tard», souligne Laurent Godbout, chef propriétaire des restaurants Chez l'épicier et l'Atelier Archibald.

Son livre

Ce sont des recettes pas trop compliquées, mais en même temps, on voulait sortir des sentiers battus. Je pense que c'est important de démystifier cette notion que pour plaire aux enfants, il faut leur servir des croquettes de poulet sur un lit de verdure. Il y en a plusieurs qui ont envie de passer à autre chose. Ce livre est une belle inspiration. Si Inès est capable de le faire, d'autres enfants aussi.

Cuisiner avec les enfants

«C'est à cet âge qu'on apprend à cuisiner pour le reste de sa vie. Si on voit nos parents cuisiner, ça devient normal de bien manger et de cuisiner à la maison. Je pense que ce sont les conditions gagnantes pour faire de futurs adultes qui savent s'alimenter. Ça devient alors partie intégrante de la vie de bien se nourrir.»




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