Pas de perte d'appétit pour les livres de recettes

3 fois par jour - Deuxième tome, de Marilou (ci-dessus) et... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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3 fois par jour - Deuxième tome, de Marilou (ci-dessus) et d'Alexandre Champagne, a été le livre le plus vendu au Québec en 2016, selon le Bilan du marché du livre publié par la firme Gaspard.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

En panne d'inspiration culinaire? Trouver des recettes alléchantes n'a jamais été aussi facile; il y en a des tonnes sur l'internet. Gratuites, en plus. Pourtant, les deux livres les plus vendus au Québec l'an dernier sont... des livres de recettes! Serait-ce parce qu'on cherche plus que des recettes dans un livre de recettes?

Quand l'on tape le mot « recette » dans un... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE) - image 1.0

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Quand l'on tape le mot « recette » dans un moteur de recherche sur l'internet, c'est Ricardo qui arrive en tête des résultats.

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En 2016, les deux livres les plus vendus... (Photo Olivier PontBriand, La Presse) - image 1.1

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En 2016, les deux livres les plus vendus étaient des livres de recettes : 3 fois par jour - Tome 2 et Famille futée - Tome 2.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Le mot « recette » est presque une formule magique. Il suffit de le taper dans un moteur de recherche pour se faire rappeler que l'internet est un immense livre de cuisine. Ricardo arrive tout en haut. Viennent ensuite des pages associées à des épiciers, des émissions de cuisine et d'autres sites qui présentent quantité de plats d'ici et d'ailleurs. Ce n'est que la pointe de l'iceberg : les utilisateurs d'applications comme Pinterest savent aussi que des mots comme « pizza », « smoothie » ou « tacos végétariens » font jaillir des centaines de photos appétissantes.

L'accès à cet immense répertoire culinaire ne semble toutefois pas combler l'appétit des Québécois. En 2016, trois livres de recettes se sont classés dans le top 10 des meilleures ventes de livres : 3 fois par jour - Deuxième tome occupe le premier rang, alors que Famille futée 2 et Ces galettes dont tout le monde parle se trouvent respectivement en deuxième et huitième place, selon le Bilan du marché du livre au Québec (2016) publié par la firme Gaspard*.

« Il se vend autant de livres de recettes qu'avant, confirme Émilie Laguerre, directrice du marketing et des communications chez Renaud-Bray. L'effet d'internet est minime sur les ventes de livres papier. »

Son constat est partagé par Antoine Ross Trempe, directeur général des Éditions Cardinal, éditeur de 3 fois par jour, et par Paule Bolduc, de chez Hachette Canada, qui distribue les nombreux livres de cuisine de l'éditeur Marabout, ainsi que la version française des ouvrages de vedettes telles que Jamie Oliver, Donna Hay ou Gwyneth Paltrow.

Des outils complémentaires

Sophie Desroches, professeure à l'Université Laval et chercheuse à l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), soumet l'hypothèse que les blogues et autres sites internet ne jouent pas exactement le même rôle que les livres de recettes proprement dits. « Les études tendent à montrer que les habiletés culinaires se perdent au sein des familles canadiennes », dit-elle. Ces habiletés incluent la capacité de mitonner un repas à partir de ce qu'on a déjà au frigo ou au fond de l'armoire. Les recettes en ligne serviraient ainsi à dépanner au quotidien.

Paule Bolduc, elle, croit que l'offre en ligne contribue surtout à « multiplier les sources » où les gens peuvent puiser des idées de repas. Sa vision des choses est partagée par la directrice du marketing et des communications de Renaud-Bray. « On ne sent pas la concurrence d'internet et des recettes gratuites. Comme les ventes de livres de cuisine ne baissent pas, on en déduit que c'est complémentaire », dit-elle.

L'une des erreurs qu'on fait lorsqu'on pense au livre de recettes, c'est de l'envisager comme un livre utilitaire, selon Antoine Ross Trempe, éditeur du populaire livre de Marilou et d'Alexandre Champagne. « Ce n'est clairement pas ce que les gens recherchent. Ils ne dépensent pas 40 $ seulement pour ajouter une cinquantaine de recettes à leur collection », juge-t-il.

Un bon et beau livre de recettes - les belles photos, c'est capital - offre une expérience, selon lui. Il inspire et fait voyager. « Il y a une certaine théâtralité dans la présentation d'un livre de recettes », ajoute le patron des Éditions Cardinal.

Entre inspiration et information

« Ce sont des livres qui donnent un art de vivre en même temps que des recettes », constate aussi Paule Bolduc, qui pressent que bien des acheteurs cherchent d'abord de l'inspiration, pas nécessairement des recettes à suivre de A à Z. « Je soupçonne que beaucoup de lecteurs font moins de cinq recettes dans un livre qui en contient 100 », avance aussi Antoine Ross Trempe.

« Est-ce que les gens s'inspirent des livres de recettes ? Est-ce qu'ils les regardent comme une forme d'art ? Cela dépend probablement des besoins et préférences de chacun », souligne Sophie Desroches, professeure à l'Université Laval et chercheuse à l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF).

Ses recherches et ses interactions avec les abonnés d'une infolettre incluant des recettes l'incitent entre autres à croire que des gens utilisent les recettes en ligne ou consignées dans de beaux livres simplement pour améliorer les plats qu'ils ont déjà l'habitude de cuisiner.

L'une des tendances du moment, ce sont ces livres utilitaires qui abordent la cuisine sous l'angle de la santé. Plutôt que de vendre du rêve, ceux-là proposent surtout des pistes de solution pour les gens aux prises avec des intolérances, des allergies, certaines maladies chroniques ou conditions médicales.

L'autre tendance forte ? La cuisine sans viande. Tant chez Hachette que chez Renaud-Bray, on confirme que ce n'est pas le bon moment pour sortir un livre qui fait l'éloge du steak : acheteurs et éditeurs s'intéressent plutôt à la cuisine végétarienne, voire végane. « Comme il y a plus de gens qui s'y intéressent, dit Paule Bolduc, il y a un engouement pour les livres qui donnent des informations et des conseils pour s'initier à ce genre de cuisine. »

Dernier élément à ne pas sous-estimer : ce que Sophie Desroches appelle « l'effet cadeau ». « Un livre est un objet qui vient avec une certaine noblesse et qu'on peut donner en cadeau », dit aussi Antoine Ross Trempe. Ce n'est pas une vue de l'esprit : Renaud-Bray confirme que l'essentiel des ventes de livres de recettes se fait... durant la période des Fêtes.

* Les ventes des librairies Renaud-Bray et des magasins Archambault ne sont pas incluses dans ce bilan. L'entreprise propriétaire des deux chaînes confirme toutefois que, pour l'essentiel, le rapport Gaspard reflète aussi sa réalité.

Les livres québécois ont la cote

Les Québécois aiment surtout les livres de recettes québécois. « Il n'y a pas d'adaptation à faire en ce qui a trait aux unités de mesure ou aux aliments à se procurer, et les recettes présentées dans les livres québécois sont faites avec des aliments accessibles ici », explique Émilie Laguerre. L'autre élément qui pèse lourd : la popularité de l'auteur. Un livre de recettes présenté par une figure connue attire plus l'attention qu'un autre, comme le démontrent aussi les succès passés ou présents de Ricardo, Josée Di Stasio et Marilou.




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