Ceviche, bruschetta, osso buco, gâteau... À 11 ans à peine, Yohan Stas cuisine mieux que bien des parents. Si tous les jeunes n'ont pas son talent, il reste que la cuisine peut séduire tous les enfants. Recette.

Ève Dumas LA PRESSE

Quand il était bébé, Yohan Stas battait des «ailes» comme un oisillon lorsqu'il voyait maman arriver avec les purées. À 5 ans, il mangeait de tout. À 9 ans, ses parents l'ont inscrit au camp d'été de l'Académie culinaire. À 11 ans, il a préparé un repas d'anniversaire pour la mère d'un ami: ceviche à la mangue, osso buco et gâteau. Certes, la passion pour la cuisine de Yohan est exceptionnelle. Mais elle met tout de même la table pour une discussion sur l'importance d'apprendre aux enfants à cuisiner.

Chose certaine, c'est bien parti pour Yohan, dont l'amour pour la bonne bouffe est manifestement inné. Non, papa et maman ne sont pas chefs ni épiciers ni pâtissiers, mais plutôt ingénieur et éducatrice. Il faut néanmoins préciser que papa Philippe Stas, fils d'un Belge et d'une Française, est tombé dans la marmite assez jeune lui aussi. La pomme n'est pas tombée loin de l'arbre. Maman Chantal Brun, pour sa part, met rarement la main à la pâte, si ce n'est pour encourager son fils unique adoré.

Un des loisirs préférés de Yohan consiste à faire les courses au marché avec son père, pour ensuite passer l'après-midi aux fourneaux. Nous en avons eu la preuve la semaine dernière, lorsque le jeune homme en congé pédagogique a préparé un repas de quatre services pour trois de ses amis. L'après-midi a commencé par une virée au marché Jean-Talon: charcuteries aux Cochons tout ronds, fruits et légumes chez Louis, pain artisanal chez Joe la croûte, viande, parmesan et condiments au Capitole.

Entre 14 h 30 et 17 h, Yohan était aux fourneaux, sous la supervision de papa. Oignons et tomates en dés pour son potage, pesto maison pour la bruschetta d'artichauts et pignons, escalopes de veau aplaties entre deux feuilles de papier ciré pour le saltimbocca. Heureusement, l'ambitieuse (et franchement délicieuse) Marjolaine au chocolat et aux noisettes avait été préparée la veille.

Apprentissage essentiel

C'est en le regardant travailler que l'adulte qui connaît déjà les techniques de base en cuisine se rend compte du chemin à parcourir pour l'enfant qui devra un jour apprendre à se débrouiller avec un couteau, un fouet et une poêle. «Papa, rappelle-moi comment on coupe un oignon?» Cuisiner est un long apprentissage qu'il vaut la peine de commencer le plus tôt possible.

François Martel, fondateur et directeur de l'Académie culinaire, estime que la cuisine est une culture fondamentale pour une société. Ceux qui ont suivi la série Jamie's School Dinners se rappellent peut-être l'épisode où le chef britannique jubile dans une école italienne où les enfants savent nommer TOUS les légumes qu'il leur présente, y compris l'aubergine et l'artichaut. Pendant ce temps, en Angleterre, les petits confondent asperges et oignons!

Pour Jeunes pousses, organisme fondé en 2005 avec pour objectif d'éveiller le plaisir de bien manger chez les enfants, la méconnaissance des aliments n'est pas l'apanage de l'Angleterre. «Mais ce qui est hyper positif, c'est que, peu importe le milieu de vie et le niveau de connaissances de l'enfant, l'intérêt est toujours là, raconte Geneviève La Roche, coordonnatrice du volet Éveil au goût. Chez Jeunes pousses, nous avons un objectif de santé globale: celle de l'enfant, celle des producteurs locaux, celle de l'environnement, celle de notre patrimoine culinaire.»

Depuis 16 ans, l'Académie reçoit pas moins de 800 enfants de 8 à 12 ans chaque été dans ses camps culinaires. «Il y a des parents qui trouvent que 500$ pour une semaine de camp, c'est cher, mais il faut savoir que d'offrir un cours de cuisine à son enfant, ça aura un impact financier positif sur sa vie plus tard, puisqu'il saura comment se débrouiller en cuisine quand les temps sont durs. De plus, les enfants sont nourris à l'Académie, ils rapportent de la nourriture à la maison et apprennent à faire des collations santé pour leur boîte à lunch.»

Cela dit, des organismes comme La tablée des chefs s'occupent de développer l'autonomie alimentaire des enfants et des adolescents issus de familles qui n'ont pas les moyens de payer un camp. Jean-François Archambault affirme que l'organisme qu'il dirige s'engage auprès de 1200 jeunes en difficulté par année, dans 16 régions du Québec.

«La cuisine est le plus beau véhicule de valorisation pour un jeune en difficulté à qui on ne dit jamais qu'il est bon. Souvent, ça les motive à retourner à l'école, puisqu'il faut avoir réussi la 4e secondaire pour faire des études culinaires. Je dirais qu'au moins 10% des jeunes qu'on forme vont manifester l'envie de travailler dans ce domaine plus tard.»

M. Archambault, lui-même papa de deux fillettes, estime qu'apprendre à cuisiner fait partie du développement fondamental d'un être humain. «On mange au moins trois fois par jour. Il faut devenir autonome dans son alimentation. La nourriture est un élément crucial de la vie d'une personne. C'est ce qui lui donne son énergie, et aussi du bonheur. Puis il y a quelque chose d'assez préoccupant dans le nombre de plats préparés qui se retrouvent dans nos épiceries. C'est cher et souvent malsain. Avec l'augmentation du coût des denrées, c'est important d'être capable de se débrouiller en cuisine.»

Cuisine et PlayStation

C'est justement après avoir fréquenté le camp de l'Académie pendant une petite semaine que Yohan est vraiment passé de l'autre côté du comptoir. Depuis, il cuisine comme d'autres vont patiner en janvier ou jouer aux quilles par un samedi pluvieux. Mais sans non plus exclure toutes ces activités de sa vie de garçon de 11 ans. Presque tous les week-ends d'hiver, il les écoule à la campagne, pour faire du ski de fond. Mais en fin de journée, il peut aussi bien préparer un Jos Louis géant ou un risotto pour son fan-club laurentien, dirigé par deux jeunes filles amatrices de chocolat! Bref, Yohan n'a pas de mal à concilier livres de recettes et bandes dessinées, cuisine et PlayStation.



Quelques trucs pour intéresser ses enfants à la cuisine:


> Au printemps, commencer un potager.

> Les amener au supermarché et les laisser choisir les fruits et légumes.

> Opter pour des recettes simples, avec peu d'ingrédients, qui se réalisent en 30-45 minutes.

> Encourager les petits cuistots à goûter pendant la préparation.

> Pour les plus petits, préparer les ingrédients d'avance, faire la mise en place afin qu'ils aient seulement à verser et mélanger.

> Expliquer chaque nouveau terme, chaque nouvelle étape, chaque nouvelle technique en donnant un exemple.

> Les faire participer à la vaisselle. C'est important qu'ils réalisent que cuisine et vaisselle vont main dans la main.

> Donner des instruments de cuisine en cadeau.

> Insister pour que l'enfant goûte à un plat même s'il n'en a pas envie. Ne pas insister lorsqu'il n'aime pas ça!

> Feuilleter des livres de cuisine avec ses enfants.

> Utiliser le week-end, la relâche, les vacances pour cuisiner tranquilles.

> Jouer au restaurant et imprimer le menu du repas!