Une poutine à la sauce barbecue et à l'érable, garnie de bacon. C'est l'invraisemblable nouveauté offerte chez Burger King, au Canada. Les États-Unis ont droit à plus décadent encore: un sundae au bacon, nappé de caramel et de fudge, y a été lancé par la chaîne en juin. «Nous ne planifions pas de vendre le sundae au bacon ici», a indiqué David Doze, porte-parole de Burger King Canada.

Publié le 1er juill. 2012
Marie Allard LA PRESSE

Que l'amateur de lard fumé se console en tartinant de la marmelade au bacon Le Choix du président sur son pain. Ou en mordant dans un brownie au bacon du restaurant Le Boucan, rue Notre-Dame Ouest, à Montréal. À moins de commander sur l'internet le parfum Bacon de l'entreprise Fargginay, meilleur pour la ligne, mais risqué en forêt.

Un phénomène américain

«Le retour du bacon est surtout un phénomène américain, mais en raison de notre proximité avec les États-Unis, on finit par en avoir des relents, a observé Diane Pacom, professeure de sociologie à l'Université d'Ottawa. Le bacon est devenu le symbole de l'américanité pure et dure, contestée par la multiethnicité, les sushis, etc. C'est très rétro, mais ça se reflète de façon postmoderne: j'ai vu un rappeur faire une chanson sur le bacon!»

Chez Burger King, «le bacon est un des ingrédients les plus populaires au menu», a assuré M. Doze. La Presse a convié l'humoriste Jonathan Roberge, des webséries Contrat d'gars et Fiston, à tester la nouvelle poutine érable et bacon du roi des burgers. Verdict? «Ce n'est pas si pire que ça, a tranché l'humoriste de 29 ans. Ça a un goût sucré-salé. C'est comme une poutine, en plus absurde.»

Malbouffe extrême sur l'internet

Bien des amis de M. Roberge «tripent sur le bacon», a-t-il dit. Ils servent des bols de bacon dans des soirées où ils regardent le hockey à la télévision, font du pâté chinois au bacon. L'influence des gars d'Epic Meal Time, Montréalais devenus stars du web en concoctant de la malbouffe extrême (par exemple, un hamburger contenant 400 tranches de bacon), est nette.

«Le bacon, c'est branché, a confirmé Philippe Castonguay, de Montréal, qui fréquente assidument les restaurants. Ça représente le plaisir interdit, coupable. Mais la raison pour laquelle c'est si populaire, c'est parce que tout le monde aime le bacon. J'ai goûté au sundae au bacon, aux États-Unis, et c'est merveilleux.»

L'Amérique divisée

«Le bacon titille des ambivalences fondatrices des rapports des mangeurs aux nourritures», a analysé Alain Girard, sociologue de l'alimentation, affilié à l'UQAM. C'est à la fois, un symbole du «mal manger», de familiarité, de jouissance, de culture familiale et de bien-être. «Les nourritures doivent autant parler à l'imaginaire et à l'esprit du mangeur qu'à son estomac», a-t-il souligné.

La montée du bacon est «l'épiphénomène de quelque chose de beaucoup plus profond», aux yeux de Mme Pacom: la division de la société américaine en deux factions. «La première en a ras le bol de la remise en question de ses symboles et de son passé fermier, a-t-elle expliqué. Manger du bacon devient presque un geste de revendication des libertés perdues. L'autre faction est dans l'hypermodernité et compte les calories.»

Quant à David Boissonneault, président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec, il voit cette tendance «comme un clin d'oeil». «Qu'on s'amuse, c'est bien, a-t-il convenu. Mais la modération a toujours meilleur goût.»

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Bacon de poulet

Les rôtisseries St-Hubert viennent de lancer une salade César agrémentée de... bacon de poulet. Il s'agit, en fait, de peau de poulet rôti, qui est recuite «pour qu'elle devienne encore plus croustillante», a expliqué Frédéric Chabot, chef de l'innovation culinaire chez St-Hubert. Cette peau est ensuite assaisonnée avec un mélange d'épices à base de paprika fumé, d'ail rôti, de poivre et de graines de coriandre. «De plus en plus, nous consacrons une partie de notre menu à une clientèle plus jeune, plus curieuse et à l'affût des tendances, a souligné M. Chabot. C'est une des raisons qui nous ont inspirés à ajouter le bacon de poulet à notre menu.»

Photo: André Pichette, La Presse

«C'est comme une poutine, en plus absurde», juge l'humoriste Jonathan Roberge, qui a goûté la nouvelle poutine érable et bacon de Burger King.