Dans l'Hexagone, le titre de Meilleur ouvrier de France est la consécration suprême, le sceau de qualité ultime, le Saint-Graal qui démontre que «l'intelligence de la main n'est pas inférieure à celle de l'esprit». Il faut voir le film Kings of Pastry, diffusé ce soir aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, pour prendre la pleine mesure de ce concours complètement dément, qui exige de ses participants qu'ils s'entraînent intensément pendant trois ans. Roland Del Monte, pâtissier en chef du Groupe Europea, a passé son MOF en 1994, catégorie glacier. Le sympathique «olympien de la pâtisserie», installé à Montréal depuis un an, nous raconte son expérience.

Ève Dumas LA PRESSE

Q Pourquoi avez-vous décidé de passer le concours du Meilleur ouvrier de France?

R J'ai toujours aimé les défis. Là, j'étais dans la quarantaine et ça me tentait de voir si j'étais rendu à ce niveau-là. Je l'ai surtout fait pour moi. Pour voir ce que je valais.

Q Qu'est-ce que ça implique de participer au MOF?

R C'est comme entrer en religion. J'ai averti mon comptable et mon banquier qu'ils devaient m'oublier pendant trois ans. Mes affaires, ma boutique devaient continuer sans moi. J'avais des apprentis compétents qui s'en occupaient. Puis, j'ai trouvé un professeur, Claude Mariotti. J'ai dû apprendre à sculpter la glace, qui, pendant la compétition, sert de présentoir à nos créations. Puis le métier de glacier est très technique. Il faut connaître l'envers des matières. On doit passer une épreuve théorique très poussée. Ensuite, c'est la finale régionale, qui permet de se qualifier pour la finale nationale. C'est un important investissement moral et financier.

Q Et le concours lui-même, comment se déroule-t-il?

R Pendant le concours, qui se déroule chaque fois dans un lieu différent, il faut présenter trois grosses pièces sur un sujet imposé. Tout doit être fait sur place. Nous sommes jugés sur notre technique, mais aussi sur notre mentalité. Les juges connaissent notre parcours depuis plusieurs années. Après le concours, l'éthique du MOF, c'est qu'on doit redonner ce qui nous a été appris.

Q Qu'est-ce que ça change dans la vie, d'obtenir son diplôme et sa cravate tricolore de MOF?

R Pour ma famille et moi, c'était d'abord une grande fierté. Ça représente la reconnaissance des pairs, l'excellence du travail. La clientèle suit aussi parce que le titre de MOF se veut garant de grande qualité. Le plus dur, après, c'est de rester au niveau. Les clients ne font pas de cadeaux. Si on se laisse aller, ils vont nous le dire ou bien ils vont nous lâcher. J'ai eu la chance de faire le tour du monde avec mon métier. Je suis allé au Japon, au Venezuela, au Canada (NDLR: au festival Montréal en lumière, à l'occasion duquel il est tombé amoureux de Montréal), un peu partout. Si je n'avais pas livré, je n'aurais jamais été réinvité!

Q Le MOF est-il reconnu au Québec?

R Pas du tout! Les gens ne savent tout simplement pas ce que c'est.

Kings of Pastry est présenté ce soir, 18h, à la Grande Bibliothèque. Info: ridm.qc.ca

Photo: François Roy, La Presse

Roland Del Monte, pâtissier en chef du Groupe Europea, détient le titre de Meilleur ouvrier de France. «Pour ma famille et moi, c'était d'abord une grande fierté. Ça représente la reconnaissance des pairs, l'excellence du travail.»