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Ruée vers les marchés

Fondé il y a 18 ans, le marché de... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Fondé il y a 18 ans, le marché de Val-David compte aujourd'hui plus de 70 stands.

Photo Bernard Brault, La Presse

Josée Lapointe

Il y a de plus en plus de marchés publics dans les villes et villages du Québec, et ils sont de plus en plus fréquentés. Petite histoire d'un succès... encore fragile.

«Un satellite de la ferme»

En ville ou à la campagne, les marchés publics sont un lieu privilégié pour se procurer des produits frais et discuter avec les producteurs. On en trouve maintenant dans toutes les régions du Québec, et leur nombre s'est multiplié au cours des cinq dernières années.

«C'est vrai qu'il y a un engouement, confirme le directeur général de l'Association des marchés publics du Québec, Jean-Nick Trudel. Comme il y en a un pour les paniers bios et pour l'agriculture québécoise.»

La preuve: le nombre de membres de l'Association est passé de 73 en 2013 à autour de 120 en 2018. «Et comme nous avons des critères précis, par exemple qu'un minimum de deux tiers des marchands soit dans l'agroalimentaire, il y en a donc sûrement plus», précise Jean-Nick Trudel.

Dernier samedi de mai à Val-David, dans les Laurentides. Tout le village semble s'être donné rendez-vous pour l'ouverture du marché public. Fondé il y a 18 ans, le marché de Val-David a considérablement grossi au cours des années: des quelques stands installés dans le stationnement du marché Metro, il occupe maintenant son propre espace et compte plus de 70 stands.

En fait, Val-David est l'exemple parfait du marché public en dehors des centres urbains. Fruits et légumes, viande, pain, fromage, produits transformés, comptoirs de restauration: on y trouve de tout, et il est fréquenté d'abord par la population locale.

«Le marché est fréquenté à 90 % par des résidants de Val-David ou de la région immédiate. Les touristes, c'est la cerise sur le gâteau des producteurs», dit la directrice du marché, Diane Séguin, qui raconte avoir fondé le marché «par gourmandise».

«Je faisais une run de lait jusqu'à Labelle pour me ravitailler. J'ai connu les producteurs et je les ai aimés. Beaucoup. Je goûtais à leurs affaires et je trouvais ça tellement bon ! Alors je me suis dit: pourquoi ne pas les amener dans mon village?»

Traçabilité

Au marché de Val-David, c'est simple: il n'y a que des producteurs locaux, et aucun revendeur. La traçabilité est le maître-mot de Diane Séguin, depuis longtemps. «Mon engagement est pour l'agriculture», dit-elle en parlant de l'émotion qu'elle ressent quand elle voit les producteurs arriver le samedi matin.

C'est pour les producteurs qu'elle travaille, et que l'Association des marchés publics existe. «Même si ça peut avoir cet effet, un marché public n'est ni une attraction touristique ni un moteur de revitalisation pour un quartier ou une région, précise Jean-Nick Trudel. C'est un endroit où les producteurs peuvent commercialiser leurs produits, un peu comme un satellite de la ferme.»

Les marchés publics sont aussi devenus un lieu d'expérimentation. «On a plein de nouveaux produits qui ne se rendent pas aux tablettes d'épicerie, mais qui sont extrêmement novateurs, ajoute Jean-Nick Trudel. Des champignons sauvages, des noix du Québec, des petits fruits émergents comme les camerises, les argousiers, les amélanchiers.»

En se promenant au marché de Val-David, force est de constater qu'il a raison. Par exemple, David Evans et Benjamin Leduc, de Bio Sauvage à Arundel, vendent entre autres de la rhubarbe Colorado Red - beaucoup plus rouge que celle qu'on connaît - et du raifort sauvage cueilli la veille. «Plus tard cet été, on va même avoir des kiwis, dit David Evans. On vient ici pour se faire connaître et faire connaître nos produits.»

Au stand de la ferme Aux petits oignons, François Handfield, de Mont-Tremblant, vend de tout... même du gingembre. «Là, c'est seulement le début de la saison. Mais plus tard durant l'été, on aura jusqu'à 65 variétés de produits. Et il va y avoir tellement de monde dans le marché que ce sera difficile de circuler», dit le fermier, qui vient au marché de Val-David depuis une dizaine d'années déjà, mais qui fait aussi des paniers bios et qui tient une boutique à sa ferme.

«Je viens surtout pour rencontrer les gens et créer des liens, dit François Handfield. Les gens viennent au marché pour la fraîcheur, l'authenticité et le plaisir de l'expérience.»

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David Evans et Benjamin Leduc, de Bio Sauvage à Arundel, vendent au marché de Val-David de la rhubarbe Colorado Red.

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Milieu fragile

Situé au coeur du village, entouré d'épinettes et de sapins, le marché de Val-David est un petit joyau. «Mais chaque marché doit avoir sa personnalité. Son offre doit être claire», dit Diane Séguin.

C'est aussi l'avis de Jean-Nick Trudel. D'ailleurs, ce n'est pas tant le nombre de marchés qui compte que le nombre de jours d'ouverture. «Ce n'est pas idéal que chaque village ait son marché. Ça dilue l'offre et ça oblige les producteurs à se multiplier.»

C'est que ce milieu reste fragile. «Quand on regarde la littérature, on voit qu'il y en a beaucoup qui ouvrent et qui ferment, analyse Jean-Nick Trudel. Lorsque le consommateur va au marché, il s'attend à trouver de la diversité. S'il y a moins d'offres, il ne se déplacera plus, ce qui fera qu'il y aura encore moins de marchands. Et ainsi de suite.»

En Abitibi, par exemple, les marchés de la région se sont concertés. Les deux plus gros, Val-d'Or et Rouyn, ouvrent chacun leur journée pendant la fin de semaine. «Il y a une espèce de loi non écrite, explique la coordonnatrice du marché de Val-d'Or, Marie-Pier Dupuis. Ce ne serait pas possible pour les producteurs que les deux aient lieu en même temps.»

Rencontré au marché de Val-David, Mathieu Gosselin, producteur de pintades sauvages, fait partie de ceux qui font la tournée des marchés pendant l'été. Sa ferme Plume des champs est située à Rigaud, mais il vend ses produits dans six marchés par semaine, de Saint-Lambert à Gatineau. «C'est la seule manière rentable de faire», dit-il.

«Il y a des producteurs qui font des kilomètres pour offrir leur produit dans un marché public, parce qu'ils savent que les gens en ont soif et que le déplacement en vaut la chandelle», constate Jean-Nick Trudel.

Bien sûr, ce n'est pas reposant. À Val-David, si plusieurs producteurs sont là depuis longtemps, il y a aussi un roulement. «On ne prend que des petits et c'est valorisant, parce qu'on sait qu'on leur apporte une vraie aide, dit Diane Séguin, qui connaît l'histoire de chaque producteur... et pratiquement de chaque client. C'est ici qu'ils se font connaître, puis ils s'en vont. Et c'est normal.»

Essor

Les marchés n'ont pas fini de prendre de l'essor. Encore cet été, un tout nouveau marché ouvrira dans l'Outaouais, à Notre-Dame-de-la-Paix, et réunira une douzaine de producteurs de la région.

«On fait ça pour donner accès à des produits de qualité aux gens du village, explique la coordonnatrice Audrey Girard-Miron. Il sera ouvert le vendredi soir, pour que les gens qui arrivent au chalet puissent s'approvisionner en passant.» Et ils pourront même manger de la pizza préparée avec des produits locaux.

Récemment, Jean-Nick Trudel a reçu un appel d'un homme vivant à l'île d'Anticosti qui voulait ouvrir un marché public. C'est loin d'être fait, mais ça prouve que l'intérêt ne manque pas.

«De plus en plus de producteurs intègrent le marché à leur modèle d'affaires, dit-il. Mais pour ouvrir un marché, il faut qu'il y ait une concertation entre les producteurs, la ville et le milieu. Même si on n'est pas pour la création à tout prix de marchés publics, cet intérêt est un indicateur que les gens trouvent que le marché peut les aider à combler leurs besoins agroalimentaires.»

Au marché Locavore de Racine, on peut dénicher... (PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DU MARCHÉ LOCAVORE DE RACINE) - image 3.0

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Au marché Locavore de Racine, on peut dénicher certains produits rares et d'autres exclusifs à la région.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DU MARCHÉ LOCAVORE DE RACINE

Tournée marchande

Les quatre coins de la province regorgent aujourd'hui de marchés publics. En voici cinq à découvrir.

Marché Locavore de Racine

Basé dans la petite municipalité de Racine, en Estrie, depuis 10 ans, le marché Locavore est une coopérative qui rassemble une vingtaine de producteurs en résidence et une vingtaine d'autres en consigne. «Notre offre est très variée, on peut vraiment y faire son marché de la semaine», dit la coordonnatrice du marché, Denise Payette. Parmi les produits rares ou exclusifs à la région: des petits fruits moins connus et leurs produits dérivés - l'argousier des jardins Zone Orange, le sureau du Sureau de la d'HAM -, le gâteau cuit à la broche appelé Croque-en-broche et la root beer Bull's Head.

Marché public de Deschambault

Fondé en 2007, le marché public de Deschambault est très couru par les résidants de Portneuf. «Nous avons une vingtaine de participants réguliers, et une dizaine de saisonniers en plus», explique le coordonnateur du marché, Benjamin Boissonneault. Viande, chocolat, fruits et légumes, fromages, produits transformés, on trouve de tout sur ce très beau terrain, situé en bordure du fleuve, mais aussi des produits plus rares : la camerise de la Ferme Mafix, le porc et le veau bio de la Ferme Saint-Joseph, les oeufs de poules élevées en liberté du Poulailler Portn'oeuf et les noix du Québec de Prendre racine.

L'an dernier, le marché public de la vallée... (PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DU MARCHÉ PUBLIC DE LA VALLÉE DE L’OR DE VAL-D’OR) - image 4.0

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L'an dernier, le marché public de la vallée de l'or de Val-d'Or a accueilli une moyenne de 24 exposants par semaine, mais 48 y ont participé pendant la saison.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DU MARCHÉ PUBLIC DE LA VALLÉE DE L’OR DE VAL-D’OR

Marché public de la vallée de l'or de Val-d'Or

Le marché de Val-d'Or existe depuis 2006. «Nous avons changé d'emplacement il y a deux ans, ce qui a amené un vent de renouveau», explique la coordonnatrice Marie-Pier Dupuis. L'an dernier, le marché a accueilli une moyenne de 24 exposants par semaine, mais 48 y ont participé pendant la saison. On peut y trouver de tout, même si, situation géographique oblige, les maraîchers commencent à produire plus tard pendant l'été. Parmi les produits qu'on ne trouve pas en épicerie: les pousses de Monsieur Pousse et la kombucha d'un tout nouveau producteur de Val-d'Or, Ékorce Kombucha.

Marché de New Richmond

Le marché situé dans la baie des Chaleurs fête ses 15 ans cette année, et accueille entre 15 et 20 producteurs par semaine. «Comme il est situé tout près d'un camping municipal, il attire autant les gens du coin, qui viennent chaque semaine pour acheter leurs fruits et légumes, que les touristes de passage», explique Lucie Duguay, de la municipalité de New Richmond. En plus des légumes du maraîcher Jardin du village, situé tout près à Caplan, on trouve certains produits particuliers, dont la viande de yack de la ferme Bos G Farm.

Marché public de La Mitis, à Sainte-Flavie

Le marché de Sainte-Flavie, petit village situé à l'entrée de la Gaspésie, fête ses 10 ans cet été et changera d'emplacement, histoire d'accueillir plus de producteurs. «Il a tellement grandi en popularité depuis 2012 que les dernières années, nous devions refuser des exposants faute de place», dit le coordonnateur François Mercier. Passant d'une moyenne de 19 par semaine, il pourra donc en accueillir jusqu'à 30 cet été. Le marché de La Mitis est riche en fruits et légumes. On peut y trouver des produits indigènes comme les fameuses herbes salées du Bas-du-Fleuve, ainsi que du saumon fumé venant des fumoirs M. Chassé de Saint-René-de-Matane.




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