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Que reste-t-il de Parents-Secours?

«La relève est difficile parce que les gens... (Photo André Pichette, La Presse)

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«La relève est difficile parce que les gens pensent qu'ils doivent mettre leur affiche-fenêtre tout le temps», explique Thérèse Pilon, bénévole pour Parents-Secours, qui a la sienne depuis 32 ans.

Photo André Pichette, La Presse

La société a changé. L'organisme Parents-Secours doit s'adapter pour continuer à aider les enfants en détresse, estime son directeur général.

Sur papier, la dégringolade est nette: le nombre de foyers-refuges associés à Parents-Secours est passé de plus de 100 000 à la fin des années 80 à 4224 l'an dernier. Ces 10 dernières années, l'organisme a encore perdu presque 40 % de ses portes où enfants et aînés en difficulté peuvent trouver secours et réconfort. «La donne a changé», reconnaît d'emblée Pierre Chalifoux, directeur général de l'organisme.

Qu'est-ce qui a changé? Le monde du travail. Autant dire la société. «Avant, les mères étaient plus à la maison [le jour], observe Thérèse Pilon, responsable du comité de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui compte une centaine de foyers-refuges. Quand les deux parents travaillent, le soir, ça court: le souper, les devoirs, le dodo. Les fins de semaine, c'est les activités.» Ce rythme effréné fait en sorte que le recrutement de bénévoles pour maintenir un comité de quartier et recruter des foyers est ardu.

«La relève est difficile parce que les gens pensent qu'ils doivent mettre leur affiche-fenêtre tout le temps, ajoute Thérèse Pilon, qui a la sienne depuis 32 ans. Mais non: on la met seulement quand on est disponible. Ça peut être le soir ou les fins de semaine. Même juste cinq heures par semaine et c'est correct.»

L'autre élément qui freine le recrutement est la vérification d'antécédents judiciaires. Ce processus, renouvelé tous les deux ou trois ans, n'est pas centralisé, mais supervisé par les comités locaux. «On reçoit énormément de demandes sur notre site web pour avoir une affiche-fenêtre, assure Pierre Chalifoux, mais s'il n'y a pas de comité local, on ne peut pas en remettre.»

De Parents-Secours à «Taxi-Secours»

«Il faut penser à d'autres moyens», expose le directeur général de Parents-Secours, qui explore des voies parallèles afin d'augmenter son nombre de bénévoles. Il a cherché des personnes dont le métier exige qu'elles aient passé une vérification d'antécédents judiciaires et en a trouvé dans les services de garde affiliés à un bureau coordonnateur et les centres de la petite enfance. «C'est un bassin de personnes déjà qualifiées, si on peut dire», dit Pierre Chalifoux, qui a établi des partenariats avec 21 CPE depuis 2013.

Parents-Secours mène aussi un projet-pilote avec la COOP de taxi de Sorel-Tracy, dont les chauffeurs - une quarantaine - ont eux aussi vu leur passé scruté par la police. «Les enfants peuvent arrêter un taxi [de la COOP], demander de l'aide et les chauffeurs vont leur porter secours. Ils ne vont pas aller reconduire l'enfant gratuitement, ils vont rester sur place et l'aider, précise le directeur général de l'organisme. C'est le même principe que les foyers-refuges, mais sur la route.»

Parents-Secours intervient en moyenne une à deux fois... (Photo François Roy, La Presse) - image 2.0

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Parents-Secours intervient en moyenne une à deux fois par semaine sur tout le territoire servi par des affichettes rouge et blanc., estime son directeur général, Pierre Chalifoux

Photo François Roy, La Presse

Ne pas monter dans la voiture d'un inconnu est souvent l'une des premières consignes de sécurité données aux enfants. Avec cette initiative, Parents-Secours semble aller contre ce principe de base. Pierre Chalifoux en est conscient. Il mise sur la confiance qu'inspire le sigle de son organisme et précise que celui-ci est bien visible sur le dôme des taxis en question et qu'il ne peut pas être enlevé pour être affiché sur un autre.

Des «couloirs de sécurité»

Un garçon de 7 ou 8 ans a déjà sonné chez Francine Chartrand parce qu'il s'était fait intimider par un plus grand. «Ça peut paraître anodin, mais il s'était senti rassuré en venant chez nous», expose la dame. 

En 32 ans, un seul enfant a sonné chez Thérèse Pilon: une fillette qui n'avait pas sa clé pour rentrer. «Tout dépendant des circonstances, on peut appeler la police ou les parents, raconte la dame. Vu que c'était dans ma rue, je connaissais ses parents, alors je l'ai gardée à la maison.»

Pierre Chalifoux estime que Parents-Secours intervient en moyenne une ou deux fois par semaine sur tout le territoire servi par des affichettes rouge et blanc. Son directeur général voit bien, toutefois, que l'organisme a une grosse pente à remonter : son affiche n'est plus aussi reconnue par les enfants qu'autrefois et son approche a notamment besoin d'être promue auprès des nouveaux arrivants.

Un grand nombre d'enfants du primaire ont beau attendre leurs parents au service de garde après l'école, la mission de Parents-Secours demeure pertinente aux yeux de son directeur général. «Plus il y a d'affiches-fenêtres dans un secteur, plus il y a d'yeux. Ces yeux, c'est une forme de surveillance de quartier. Moi, j'appelle ça des couloirs de sécurité, dit-il. Les gens veulent que les enfants rentrent à la maison en toute sécurité.»

Un peu d'histoire

Parents-Secours est né en 1976 à la suite de la disparition d'un jeune garçon. Son modèle est calqué sur une initiative citoyenne mise de l'avant en 1968 par un groupe de femmes de la région de London, en Ontario. La médiatisation de cas semblables fait toujours sonner le téléphone, a constaté Pierre Chalifoux. «On a de la visibilité seulement quand un événement malheureux se produit, regrette Francine Chartrand, responsable des comités de Montréal. Quand Parents-Secours vient en aide à un enfant, on n'en parle pas...»

En chiffres

Parents-Secours en 2018, c'est...

- 4224 foyers-refuges

- 136 localités (ou quartiers) servies

- 83 comités




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