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Jardiner avec papi et mamie

Un coin reculé du Jardin botanique accueille depuis... (Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse)

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Un coin reculé du Jardin botanique accueille depuis plusieurs années de jeunes jardiniers en herbe.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse

Dans un coin reculé du Jardin botanique, des enfants s'initient depuis des décennies au jardinage en s'occupant d'un petit potager. Pour quelques-uns d'entre eux, cet apprentissage se fait sous l'oeil attendri d'une grand-maman ou d'un grand-papa trop heureux d'offrir son soutien moral. Ou même un vrai petit coup de pelle!

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Les enfants tirent une grande fierté de cette expérience.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse

Des mousses pouces verts

La nuit a été pluvieuse. La terre est mouillée. Le ciel est encore bien nuageux et le fond de l'air, permettez le cliché, est un peu frais. Qu'importe. Dans un coin peu fréquenté du Jardin botanique, quelques dizaines d'enfants s'affairent, les pieds et les mains dans le sol humide, à bichonner leurs plants de radis, leurs pousses de carottes et d'autres bouts de verdure que le citadin moyen serait bien incapable d'identifier.

Ce n'est pas d'hier que des enfants apprennent ici à devenir de vrais pouces verts : les Jardins-jeunes du Jardin botanique existent depuis des décennies. «On a célébré notre 75e anniversaire discrètement l'an dernier», dit fièrement Violaine Simard, la très souriante coordonnatrice des Jardins-jeunes et du camp de jour du Jardin botanique.

La discrétion semble en effet un trait distinctif de cette activité pas ordinaire.

Ceux qui savent, par contre, sont parfois très fidèles. Violaine Simard assure avoir croisé des gens qui sont venus avec leurs parents quand ils étaient petits et qui envoient désormais leur enfant participer aux ateliers de jardinage. «Si je reste assez longtemps, je verrai peut-être la quatrième génération !», lance-t-elle en rigolant.

Cet attrait des citadins pour le jardinage l'a étonnée lorsqu'elle a pris en charge les Jardins-jeunes. «Je viens de la campagne, dit-elle. Jardiner, pour moi, c'était une corvée !» Elle a d'abord trouvé les enfants «bizarres» de vouloir faire un potager, elle s'interrogeait sincèrement sur l'intérêt des gens. Mais elle a fini par s'attacher au projet.

Tout faire tout seul

Les Jardins-jeunes privilégient l'autonomie des petits jardiniers. Soit les enfants travaillent seuls leur parcelle de terre, soit ils le font avec grand-papa ou grand-maman. Huit jeunes sont inscrits au programme «grand-parent, petit-enfant» cette année. Les parents, eux, sont volontairement mis à l'écart «parce qu'ils peuvent avoir tendance à faire le travail à la place de l'enfant». Les grands-parents savent mieux jouer leur rôle d'aide-jardinier, semble-t-il.Chaque demi-journée de jardinage (les enfants viennent deux avant-midi par semaine) commence par une animation qui porte sur les techniques de jardinage, l'outillage ou un aspect de la culture auquel il faut faire attention ce jour-là. Le matin du passage de La Presse+, les enfants ont fait la connaissance du doryphore.

Ce petit insecte ovale dont le dos bombé est strié de jaune et de brun est mieux connu sous le nom de «bibitte à patate». C'est bien mignon, a convenu Colombe, l'animatrice, mais il nuit au potager. Les apprentis pouces verts ont donc appris à le dénicher, à trouver aussi ses oeufs, et à s'en débarrasser proprement.

Tous les jardinets des Jardins-jeunes sont identiques, car il serait impossible d'encadrer 200 enfants avec chacun son espace personnalisé. Ils font donc tous pousser les mêmes fruits et légumes. Sauf les adolescents, qui ont droit à un peu plus d'espace et de variétés.

«On s'est longtemps demandé comment motiver les jeunes à rester le plus longtemps possible et on s'est rendu compte qu'on avait juste à leur donner des légumes exclusifs», dit la coordonnatrice. Cette année, les plus vieux cultivent le fenouil et le céleri. Et une plante mystère, qu'ils devront identifier au cours de l'été!

La perplexité initiale de Violaine Simard par rapport au jardinage s'est depuis longtemps dissipée. «Au fil des ans, j'ai été de plus en plus émerveillée de voir les gens et l'héritage qui reste aux enfants qui viennent ici, même si ce n'est que pour un seul été, se réjouit-elle. Je déléguerais toutes mes tâches, sauf celle de venir voir les enfants jardiner ici!»

Du printemps à l'automne

Les apprentis jardiniers commencent leur saison dès la fin de mars ou le tout début d'avril en participant aux semis en serre. La mise en terre des pousses se fait en deux temps au cours du mois de mai. Ils doivent ensuite venir prendre soin de leur potager deux avant-midi par semaine durant tout l'été. Les récoltes se font à mesure que les plantations arrivent à maturité, mais surtout à compter de la fin août. Dernière étape de la saison, la Course aux légumes a lieu à la mi-septembre, juste avant une soirée de clôture où chaque enfant reçoit un diplôme de jardinier.

Participer à l'activité de jardinage «grand-parent, petit-enfant» contribue... (Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse) - image 2.0

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Participer à l'activité de jardinage «grand-parent, petit-enfant» contribue à renforcer les liens entre Corinne, Christophe et leur grand-maman Liliane.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse

Un petit chef-d'oeuvre

Christophe, presque 9 ans, et Corinne, six ans et demi, viennent aux Jardins-jeunes grâce à leur maman. «Ma mère regarde tout ce qui se passe à Montréal pour trouver des activités», dit le garçon. Et elle jardine, maman? «Oui, et on dit qu'elle est très à gauche», précise-t-il avec aplomb, sous le regard d'un bleu pur de sa grand-maman Liliane.

Grand-maman est là surtout pour aider Corinne. Christophe, lui, assure faire le travail tout seul. «Il demande de l'aide des fois», glisse cependant sa soeur. «C'est comme si c'était mon chef-d'oeuvre. C'est moi qui le crée. Il faut que mon jardinet soit unique», s'emballe néanmoins Christophe. «Tous les jardinets sont uniques», glisse encore Corinne.

Corinne et Christophe ont appris une chose étonnante aux Jardins-jeunes, qu'ils fréquentent pour la première fois cet été : les concombres, ce sont des fruits. «Tous les légumes qui ont des graines sont des fruits», affirme le garçon avec autorité. Il n'est pas le seul à avoir été surpris...

Ce que ces enfants apprennent ici, ils pourront en partie le mettre en pratique à la maison, où ils cultivent des tomates, des pensées - apparemment pour en déguster les pétales - et des fines herbes. Liliane, elle, est ravie de partager ces moments avec ses petits-enfants : «Ça me fait un grand bien, révèle-t-elle. C'est une belle activité et ça crée des liens avec les enfants.»

«On est un support moral», dit Sylvia (au... (Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse) - image 3.0

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«On est un support moral», dit Sylvia (au centre), entourée d'Alexandra, Amélie, Stéphanie et Donald.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse

Les triplettes adoptées

«On a adopté des triplettes», dit d'emblée Donald. Stéphanie, Alexandra et Amélie, les trois filles que sa femme Sylvia et lui accompagnent aux Jardins-jeunes, ne sont pas leurs petits-enfants. Ce sont des petites voisines. Et ce sont de vraies de vraies triplettes : elles ont toutes 11 ans.

«Comme leurs grands-parents vivent à l'extérieur, on vient avec elles, explique Sylvia. On les garde souvent, on aime passer du temps avec elles.» Les enfants vivent leur deuxième été au Jardin botanique, mais c'est la première saison de Donald et Sylvia.

«On est des gens de la ville, alors jardiner, on ne connaît pas vraiment ça. On apprend beaucoup de choses. Est-ce qu'on les retient? Ça, c'est une autre affaire, mais on ne le dira pas», lance la sympathique dame avec un sourire complice.

Une façon d'apprivoiser les légumes

«On aime beaucoup les légumes», assurent Stéphanie et Alexandra. L'affirmation serait suspecte dans la bouche de certains autres enfants, mais peut-être que le fait de les cultiver soi-même suscite une certaine affection pour les haricots, radis et autres aliments sur lesquels certains enfants lèvent le nez.

Les filles étaient fières de leur récolte, l'an dernier. Des concombres, entre autres, une cucurbitacée pourtant pas si facile à cultiver. Mais c'est du boulot! Il faut enlever les mauvaises herbes et éclaircir les plants, c'est-à-dire en enlever pour donner de l'espace aux autres et récolter des légumes de plus grande taille.

«On les aide un peu, mais c'est les filles qui font la majorité du travail», assure Donald. Sylvia acquiesce : «On est un soutien moral!»

Banh Thuy Dunz et ses petites filles Katherine,... (Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse) - image 4.0

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Banh Thuy Dunz et ses petites filles Katherine, Liliane et, à l'avant-plan, Jasmine.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse

Préparer la relève

Parmi les petits qui s'activent entre les rangées, Liliane et Katherine font presque figure de vétérans. Âgées respectivement de 15 et 12 ans, elles fréquentent les Jardins-jeunes pour la cinquième année. C'est leur tante, qui travaille au classique rendez-vous automnal des lanternes chinoises, qui a aiguillé leurs parents vers cette activité.

«J'aime ça, c'est vraiment cool d'avoir son propre jardin et de revenir à la maison avec des légumes», dit l'aînée. Elle regrette toutefois que peu de jeunes de son âge s'inscrivent à cette activité. Et aussi que plusieurs de ses cousines avec qui elle s'est initiée au jardinage il y a quelques années aient abandonné en cours de route.

Sa soeur et elle continuent de venir. Parce qu'elles prennent plaisir à s'occuper de leur jardinet et pour aider la petite dernière, la timide Jasmine, âgée de 7 ans. Elle peut aussi compter sur l'aide de sa grand-maman, Banh Thuy Dunz, qui accompagne les enfants pour la première fois cet été.

Le grand air et les mains dans la terre, ça ne peut pas nuire pour forger le caractère.

Liliane cherchait encore à identifier la plante-surprise de cette année au moment de notre passage. «On n'a pas encore trouvé ce que c'est, dit-elle, mais on sait qu'on peut faire de la tisane avec...»

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