Portrait de famille: les Dufour-Lapointe

Les soeurs Dufour-Lapointe... (Photo Paul Chiasson, PC)

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Les soeurs Dufour-Lapointe

Photo Paul Chiasson, PC

Sophie Allard
La Presse

Les soeurs Dufour-Lapointe ont toutes trois compétitionné à l'épreuve des bosses en ski acrobatique des JO de Sotchi. Il s'agissait d'une première historique canadienne, mais également d'une première mondiale, souligne-t-on au Comité olympique canadien. Leurs parents - en couple depuis qu'ils ont 16 ans! - étaient sur place. Portrait de la famille à succès.

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Les parents

Photo Robert Skinner, La Presse

LES MEMBRES DE LA FAMILLE

Johane Dufour, 53 ans. Agente de ses filles. Le pilier de la famille. Elle organise tout. Admet ne pas avoir la fibre sportive. « Le gym, c'est une punition pour moi! »

Yves Lapointe, 53 ans. Ingénieur. Sportif, compétitif et déterminé... « comme ses filles ».

Maxime Lapointe, 25 ans. Perfectionniste, rigoureuse, elle ne se permet pas d'erreur. Elle rêve d'étudier en médecine.

Chloé Dufour-Lapointe, 22 ans. C'est la plus coquette, la plus timide et « dotée d'une force de caractère incroyable », selon sa mère. Médaillée d'argent en bosses à Sotchi.

Justine Dufour-Lapointe, 19 ans. « C'est la pure joie de vivre incarnée! », médaillée d'or en bosses à Sotchi.

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UN BEAU BULLETIN

« La pratique du sport a été un grand " motivateur " pour la performance scolaire chez nous, vous n'avez pas idée ! Maxime a toujours été douée à l'école, mais c'était moins dans la nature de Chloé d'étudier », confie Johane. Quand cette dernière a demandé à ses parents de faire de la compétition, ils lui ont répondu qu'elle devait d'abord améliorer ses résultats scolaires. Qui dit compétitions dit congés d'école. « Pour nous, l'école est prioritaire dans la vie. Alors, les filles ont dû nous montrer qu'elles atteignaient les objectifs scolaires. » Les notes de Chloé ont subitement grimpé et ne sont plus jamais redescendues. « Elle a réalisé qu'elle aimait ça, être bonne, à l'école comme sur les pentes. Ça a été la même chose pour Justine. Plus elles avançaient dans leur cheminement, plus elles prenaient en main leurs études et négociaient elles-mêmes des ententes avec leurs professeurs. »

DU VOILIER À LA ROULOTTE

Johane et Yves ont eu leur premier voilier à l'âge de 17 ans. Un dériveur laser. Ils ont ensuite eu un quillard avec cabine. Mais à la naissance de Justine, la petite famille est devenue trop à l'étroit. Ils ont opté pour un voilier de 34 pi. « Nous sommes des marins avant tout », dit Johane. Quand les filles ont rejoint l'élite du ski acrobatique, elles ont commencé à s'entraîner l'été sur les rampes d'eau à Lake Placid, un week-end sur deux. Ils ont troqué leur beau voilier, désormais peu utilisé, pour une roulotte. « On s'est équipés pour le camping, on voulait suivre nos filles. Justine avait 12 ans. On ne voulait pas les laisser aller avec d'autres familles. C'était agréable, on rencontrait là-bas d'autres parents de skieurs québécois, on tissait des liens, on fêtait. Et, le plus important, on était sur le bord de la piscine pour consoler les peines, les petites blessures de nos enfants. »

UN CAPITAINE

Lorsque Maxime, Chloé et Justine étaient jeunes, Yves voyageait beaucoup pour son travail. C'était donc Johane qui préparait seule les excursions en voilier l'été et les week-ends de compétitions l'hiver. « Ça implique beaucoup d'organisation, de temps, mais c'était notre quotidien. Et ça facilitait la chose que les trois pratiquent le même sport! » Johane devait planifier les repas, les horaires, le transport vers les lieux de compétitions ou vers les entraînements de trampoline (deux à trois fois par semaine). C'est elle qui s'occupait de faire réparer l'équipement, de joindre les entraîneurs, les professeurs, etc. « J'avais la chance de travailler à temps plein à la maison, ça m'a aidée. Je me sens privilégiée d'avoir fait ça. »

PROXIMITÉ

La famille Dufour-Lapointe, même élargie, est tissée serré. La grand-maman, la grand-tante, l'oncle et les cousins ne sont jamais bien loin. Les trois soeurs habitent toujours chez leurs parents. Pour l'instant du moins. La maison familiale vient d'être vendue, les parents ont acheté un quadruplex. « Chacune aura son propre appartement. C'est important pour nous d'être tous ensemble », dit Johane. Yves s'estime chanceux de partager autant de choses avec ses filles encore aujourd'hui. « Je suis tellement content que nous soyons si proches, de pouvoir vivre à leurs côtés cette si belle expérience », nous a-t-il dit lors de la sélection de l'équipe olympique de ski acrobatique. « Elles ont tout mis dans le sport et ça leur réussit. Elles ont beaucoup appris là-dedans, elles se sont épanouies et sont devenues des femmes. C'est un privilège de voir mes filles grandir de cette façon, je suis un père comblé. »

PROFITER DU TEMPS PRÉSENT

Désormais, Maxime, Chloé et Justine parcourent le monde et s'entraînent à l'étranger 170 jours par année. Leurs parents ne manquent jamais d'aller les cueillir à l'aéroport. Selon leur demande spéciale, Johane leur prépare des plats réconforts comme son délicieux pâté chinois ou le macaroni de grand-mère Lapointe. « Quand elles sont à la maison, on en profite pleinement. Nous avons passé la période des Fêtes au chalet avec les filles et leurs copains. On joue dehors au hockey, on passe des journées en pyjama à regarder la télé, ça vaut de l'or », confie Johane. L'absence prolongée des trois soeurs crée un vide, mais elle donne l'occasion à Yves et Johane de reprendre le large. Après les JO de Vancouver auxquels a participé Chloé, le couple s'est acheté un voilier « Quand les filles trouvent le temps de venir avec nous, c'est la fête. Sinon, on part à deux. » Comme il y a 25 ans.

DES MONTAGNES RUSSES

Quand une de leurs filles est déçue de sa contre-performance, tandis qu'une autre célèbre une victoire, Yves et Johane vivent des émotions contradictoires. « C'est notre lot depuis le début. On ne s'empêche pas de célébrer le succès de l'une à cause du trop gros chagrin de l'autre, même si nous avons de la peine avec elle », dit Johane. Ce n'est pas toujours chose facile. « Quand Chloé a réussi à se qualifier pour les JO de Vancouver, mais pas Maxime, ç'a été difficile », dit Yves. Très jeune, Justine n'était pas encore dans la course.

COMPLICITÉS

Maxime, Chloé et Justine ne voient que des avantages à parcourir le monde côte à côte. « On s'appuie dans les épreuves, on se conseille, ça nous aide à nous surpasser. Des fois, en compétition, on peut se sentir très seule, loin de la maison. On a la chance d'avoir la maison qui voyage avec nous », confie Maxime. Chloé ajoute : « On s'écoute, on se respecte beaucoup. Si une a besoin d'air, on la laisse tranquille, on se connaît tellement bien qu'on sait comment agir. » « On vit les moments difficiles et les moments heureux ensemble. Nous sommes des soeurs pour la vie », dit Justine.

ET LA RIVALITÉ ?

Il n'y a pas de rivalité entre les trois soeurs, assurent-elles. Il faut dire que leurs parents ont rapidement privilégié le dépassement de soi, au-delà du classement et des médailles. « On ne voulait pas que ça devienne invivable à la maison, dit Johane. On souhaitait qu'elles apprécient leurs résultats selon leurs capacités et leurs objectifs, sans qu'elles se comparent à leurs voisines, aux filles de l'autre club, à leurs soeurs. Elles font du ski acrobatique parce qu'elles aiment ça et on ne manque jamais de le leur rappeler. »

*** Ce reportage a été réalisé avant les JO de Sotchi




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