Entre les multiples contractions, l'innommable douleur et ce col qui prend une éternité à se dilater, se pourrait-il que les nouveaux parents perçoivent tout de même un je-ne-sais-quoi de spirituel dans la naissance de leur enfant? C'est là l'hypothèse de Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque, étudiante à la maîtrise de l'Université de Sherbrooke, dont le sujet de recherche a le don d'attirer des confidences pour le moins inattendues.

Mis à jour le 21 oct. 2011
Silvia Galipeau LA PRESSE

Inattendues pour deux raisons: parce que le spirituel a été pour ainsi dire évacué des discours depuis des années au Québec, fait-elle valoir, mais aussi parce que l'accouchement, spécifiquement, est devenu une affaire des plus techniques et médicalisées. Or, voilà que des familles viennent spontanément associer la spiritualité à l'acte d'accoucher.

«Je suis vraiment surprise. Depuis qu'ils connaissent mon sujet de recherche, les parents viennent me voir spontanément. Tous les parents ont ce désir de parler de l'accouchement en général, mais là, je sens qu'il y a quelque chose qui a à voir avec la spiritualité», dit-elle en entrevue.

Son hypothèse? «La spiritualité lors de l'accouchement n'est pas nommée de nos jours, elle n'est jamais abordée à voix haute. Or, la majorité des gens vivent des expériences importantes. On n'en parle pas dans la littérature, mais quand on rencontre des parents, des professionnels de la santé, on se rend compte qu'il y a quelque chose de plus que l'expérience purement physique qui se vit pendant l'accouchement.»

Cinq couples

Pour sa maîtrise, la chercheuse a donc rencontré cinq couples, avant, puis après leur accouchement. Ce qu'ils évoquent? Faute de mots, plusieurs parlent de «quelque chose de plus fort»: «J'ai pensé à ma grand-mère morte», «C'est un prolongement de la vie», «Le destin a voulu que cela se passe comme ça». Certains accueillent leur bébé en lui «murmurant des mots importants». D'autres vivent une «crise spirituelle». «Ils se demandent s'ils vont être aptes à s'occuper de leur enfant et remettent toute leur vie en question.» Quant à Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque, ses accouchements ont incarné pour elle un véritable «dépassement»: «J'ai eu l'impression d'accéder à une force plus grande que moi», confie-t-elle.

Non, la chercheuse ne prétend pas ici que l'expérience soit universelle. Un de ses pères s'interroge d'ailleurs en ce sens: «Moi, je ne vois pas de spiritualité, dit-il. Mais est-ce que c'est parce qu'elle n'existe pas ou parce que je n'ai pas eu d'éducation spirituelle et que je ne la vois pas?»

Toujours est-il que Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque compte poursuivre sa recherche au doctorat, dans une enquête quantitative auprès de 500 parents du CHUS, et ce, dès janvier.

«Oui, la médicalisation a permis d'assurer la sécurité de l'enfant et de la mère, conclut-elle, mais est-ce qu'il n'y a pas aussi quelque chose qu'on a laissé de côté au passage? Est-ce qu'il y aurait maintenant moyen de réintégrer des aspects plus humains, notamment la spiritualité, à la naissance?» Son enquête permettra de démontrer, ou non, si besoin il y a. À suivre, assurément.