Cinq hommes, fin vingtaine, début trentaine, assis autour d'une table, discutent. «Alors, tu l'as achetée? C'est quel modèle?- Le modèle 2010.- Celui où tu peux tourner et tout?»

Anabelle Nicoud LA PRESSE

Si vous pensez que ces cinq gars vantent les vertus d'une tondeuse, d'une voiture ou d'une moto, vous avez tout faux. En cette soirée de semaine, ils parlent tout simplement... poussettes. Nous sommes au CLSC Saint-Henri, et ces futurs pères assistent à l'un des rares cours prénataux destinés expressément aux hommes à Montréal.

Depuis quatre ans, non seulement le CLSC offre aux futurs pères de se joindre aux mères, mais il leur donne aussi droit à une séance entre gars. Au menu: états d'âme, bien sûr, mais surtout détails pratiques sur l'accouchement, l'allaitement et la vie avec un bébé.

«Très souvent, ils me disent: "C'est chouette, on nous parle." Quand on s'adresse à eux, les pères se sentent valorisés», dit Raymond Villeneuve, animateur au CLSC Saint-Henri et directeur du Regroupement pour la valorisation de la paternité. L'initiative est un succès. Selon lui, les trois quarts des femmes viennent accompagnées aux six cours offerts pendant la grossesse.

Les futurs pères, tout comme les futures mères, se passionnent pour toutes les petites choses du pouponnage comme pour les questions plus délicates de l'éducation d'un enfant. «C'est drôle de voir la progression des discussions avec mes amis: avant, c'était tough guy, bière, sport, whatever. Maintenant, c'est tout doux», s'amuse l'un des participants du cours.

La soirée amènera les hommes à se refiler quelques tuyaux: où trouver du mobilier pour bébé pas cher ou comment choisir les divers accessoires. Certains pères y vont à l'instinct. «Quand tu trouves ça beau, t'achètes», dit l'un d'entre eux. Un autre renchérit: «Si c'est cool, j'achète.»

Le but du cours, dit Raymond Villeneuve, est tout simplement de préparer les hommes à devenir pères en s'adressant particulièrement à eux. «Devenir père, c'est un engagement permanent. Souvent, pour le gars, c'est là que se fait le passage à l'âge adulte», croit-il.

Aux questions pratiques succèdent des questions plus vastes sur l'éducation de l'enfant. Les futurs pères se prêtent à un jeu de questions-réponses sur des cas pratiques. «Mon enfant de 7 ans ne veut pas faire ses devoirs. Que faire?» lit l'un des futurs pères. Avant de répondre, en suscitant l'hilarité: «Ben, je l'envoie voir sa mère!»

Cette réponse facétieuse précède un véritable plan d'attaque mis au point sur le vif par le jeune homme. «Va demander à ta mère» semble moins que jamais faire partie du vocabulaire des jeunes pères.