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Accros à la course à pied

Sophie Allard
La Presse

Dès qu'ils ratent une séance de jogging, certains coureurs sont en manque. Même blessés, ils sont incapables de ranger leurs chaussures de sport. La course à pied peut-elle engendrer une dépendance? Il semble que oui, au même titre que le jeu compulsif ou l'internet. Dans les cas extrêmes, des accros en viennent à sacrifier leur famille, leur travail et, paradoxalement, leur santé.

«En fait, c'est une dépendance au bien-être. Pour la majorité des gens, c'est très positif, affirme le psychologue Bruno Ouellette, spécialisé en performance humaine et sportive. L'activité physique, particulièrement la course à pied, a un effet euphorisant et relaxant sur le cerveau. Quand on arrête, on se sent léthargique. Comme un grand buveur de café qui est subitement privé de sa dose, il y a manque.»

«La course à pied crée une dépendance, c'est sûr!» lance Véronique Decoste, qui court six fois par semaine. «Pour retrouver la sensation d'euphorie, il vient un temps où on doit pousser davantage. On en veut toujours plus. Même quand il y a du verglas ou une tempête de neige, je ne me pose pas la question: je sors courir. J'en ai besoin pour affronter les problèmes du quotidien, avancer dans ma vie. C'est le lot de beaucoup d'athlètes. Plusieurs craignent les préjugés des gens qui ne connaissent pas ça. Ils nous trouvent excessifs, un peu weirds

La faute aux endorphines? «Peut-être, mais il est encore trop tôt pour l'affirmer avec certitude, souligne le Dr Henning Boecker, de l'Université de Bonn. Je crois que la dépendance au sport existe, mais elle est sûrement causée par plusieurs facteurs.»

Bruno Ouellette, consultant chez Action Sport physio, est aussi de cet avis. «Quand on pratique un sport, on se sent mieux dans sa peau, on a une meilleure estime de soi. On aime la dimension sociale qui vient avec le sport, le réseau d'amis. On se crée une routine. Tout ça contribue à créer une petite dépendance.»

Rosaire Gagné, qui a participé à 119 marathons, ne passe jamais plus de deux jours sans courir. «Les jambes deviennent trop raides et je me sens mal, dit-il. J'ai beaucoup de plaisir à courir, je ne peux plus m'en passer. J'aime réussir ce qui est impossible pour le commun des mortels. J'aime retrouver mes partenaires de course. Ça fait partie de ma vie.»

Après une blessure à la hanche, le sexagénaire a dû s'arrêter pendant deux mois. «J'étais tellement malheureux! Avant d'être complètement guéri, j'ai décidé de participer au Marathon de Chicoutimi. Je boitais lors des premières foulées, mais la douleur est finalement disparue.»

Dépendance problématique

«La dépendance au sport commence à être problématique quand il y a surentraînement. Le seuil varie énormément d'un individu à l'autre», précise Bruno Ouellette. Ça va trop loin, selon lui, lorsqu'apparaissent les symptômes suivants: troubles du sommeil, maux de tête, perte d'appétit, fatigue, blessures à répétition et maladies virales plus fréquentes. «On doit sonner l'alarme dès les premiers signes», dit-il.

Ça devient également suspect quand l'entourage est affecté et que le besoin de courir devient si grand qu'il éclipse le plaisir. Geneviève a fréquenté un triathlète qui, selon les apparences, souffrait de dépendance. «Il n'en avait que pour l'entraînement, c'était le centre de sa vie. Des vacances de rêve? Pour lui, c'est un camp d'entraînement ou une course. Le pire, c'est qu'il n'était jamais satisfait de ses performances. Après une compétition, il s'entraînait deux fois plus. Il était incapable de s'arrêter, même que ça le rendait malheureux. Nous deux, ça n'a pas duré. Ça aurait été très pénible à vivre.»

«Certains coureurs exagèrent au point où ça en devient néfaste. On doit parfois leur faire entendre raison, explique l'entraîneur Martin Fontaine. J'imagine que l'euphorie liée à la course amène inévitablement ce côté négatif. C'est une drogue positive, tant mieux, mais les excès ne sont jamais bons. Si on surmène notre corps au point où on ne peut plus courir du tout, on n'est pas plus avancé, non?»




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