Une poule. Vous feuilletez un magazine et vous ne voyez que la photo d'une poule. En chair et en os, soit, mais reste que cela demeure toujours une poule. Erreur. Derrière l'oiseau de basse-cour, se cache en fait des heures de travail, de photographie, de graphisme et de chasse à la poule.

Silvia Galipeau LA PRESSE

«Martha avait insisté pour qu'on lave et qu'on passe la poule au séchoir. C'est vraiment un des grands moments de ma vie à titre de directrice artistique pour le magazine. Je courais littéralement après la poule. Et je me disais: c'est vraiment ça, l'essence de ma job.»

 

Gael Towey connaît Martha Stewart depuis plus de 25 ans. À l'époque, la reine du foyer n'était qu'un traiteur. C'était avant qu'elle ne publie son best-seller Entertaining, qu'elle ne lance son fameux Martha Stewart Living, bref, qu'elle ne se retrouve à la tête d'un véritable empire de la décoration (évalué à 1,4 milliard$ US), multipliant les publications et les produits dérivés, les casseroles et les verres à pied.

Après avoir été à la direction artistique du magazine Living, Mme Towey s'occupe désormais du développement créatif des différentes unités d'exploitation de Martha (l'édition, la télé, le web, etc.). Elle était invitée cette semaine par le magazine Grafika pour parler de l'image de marque de l'entreprise. Mais ce sont plutôt ses propos sur les coulisses de l'empire qui nous ont accrochés.

Pensez-y: derrière ces images léchées, ces trucs pratiques, ces assiettes préparées, ces décorations, se cachent en fait des heures et des heures de recherche, de mise en forme, de photographie et de design. Beaucoup beaucoup de paperasse et de désordre (!), quoi.

Plus de 800 personnes (en excluant les photographes, des pigistes), travaillent désormais pour Martha. Ces lumières de Noël dans un arbre, au petit matin? Toute une équipe a dû se lever aux aurores, grimper aux arbres, installer lesdites lumières, le tout sans faire la moindre trace dans la neige, perfection oblige. Ces huîtres joliment disposées sur des briques de glace? C'est un sculpteur qu'il a fallu embaucher. Et ainsi de suite, page après page. «C'est vraiment du boulot!»

Au total, une douzaine d'artistes s'occupent des activités de décoration et 15 chefs professionnels mijotent plus de 1000 recettes par année. Martha compte aussi une collection de plus de 50 000 (!) accessoires qui servent aux graphistes (possédant, entre autres, un nombre inimaginable de serviettes, de toutes les couleurs possibles). Souvent, en feuilletant les pages du magazine, vous tomberez tantôt sur la cuisine, la vaisselle ou encore le salon de la dame (pardon: d'UN des salons de la dame, qui ne compte d'ailleurs plus ses propriétés).

«Martha a rendu ses lettres de noblesse au foyer, et au travail au foyer, renouvelant l'importance que cela revêt dans nos vies. Et les gens ont été attirés par l'idée, a expliqué Gael Towey, en marge de sa présentation. En insistant sur la créativité et le confort que le foyer peut apporter, elle a mis le doigt sur une corde très sensible.»

Soit. Mais bien franchement, qui a le temps de faire toutes ces broderies et tricoter toutes ces décorations? «Quand vous lisez le Vogue, vous n'achetez pas toutes les robes. C'est aussi pour le plaisir des yeux, rétorque la designer. Et puis moi, je travaille à temps plein, j'ai deux enfants et je trouve aussi le temps de cuisiner et de décorer. Ça me repose.»

Et avec les deux millions de lecteurs (lectrices?) que compte le magazine Martha Stewart Living, Gael Towey n'est visiblement pas seule.