Qui a dit qu'il fallait être le prince Harry ou même avoir un cheval pour jouer au polo? À contre-courant, de jeunes sportifs pratiquent maintenant ce sport selon leurs propres règles: à vélo, en plein centre-ville de Montréal. Ont-ils perdu les pédales?

Catherine Perreault-Lessard LA PRESSE

Dimanche après-midi, angle Chambord et Marie-Anne, les passants font le pied de grue autour de la cour de l'école Lanaudière. Un d'entre eux sort même son appareil photo pour immortaliser la scène qui se joue de l'autre côté de la clôture. Maillet à la main, Aaron Daley pédale en direction de la balle orange qui se trouve au centre du terrain. Sous le regard ahuri d'une dizaine d'autres membres de la Ligue de vélo-polo de Montréal, il s'élance et donne un bon coup sur la cible qui termine sa trajectoire directement dans le but. Un vrai Stéphane Richer.

 

C'est l'Irlandais Richard J. Mecredy, cycliste à la retraite, qui a eu la brillante idée de remplacer le cheval par la bicyclette pour la première fois lors d'une partie de polo traditionnel, en 1891. En moins de 10 ans, le «vélo-polo» faisait fureur en Angleterre, aux États-Unis et en France, et a même été présenté en sport de démonstration lors des Jeux olympiques de Londres, en 1908. Après avoir été oublié pendant près d'un siècle, il revient aujourd'hui en force.

Entre deux gorgées d'eau, Aaron se souvient de son premier match. C'était il y a deux ans. Ses amis avaient organisé une partie dans une pataugeoire vide près de l'avenue Laurier et une quarantaine de personnes avaient participé au match. «Il y avait des maillets libres et j'ai décidé de tenter ma chance, se rappelle le designer. Je suis tombé plusieurs fois et j'ai abîmé mon vélo... Disons que j'ai trouvé ça dur!»

Plus difficile qu'il n'y paraît

À première vue, le vélo-polo ressemble au hockey... mais en plus complexe. Les joueurs sont séparés en deux équipes de trois et ont comme objectif d'envoyer la balle avec leur maillet dans le but de l'équipe adverse, en restant à cheval sur leur vélo. Quand ils jouent, leurs pieds ne doivent jamais toucher le sol: pour y arriver, les vélo-poloïstes doivent posséder un excellent équilibre. Sans parler d'un très bon sens de l'orientation. «Sur le terrain, on doit toujours regarder en avant, explique Germain, adepte depuis l'été dernier. Il faut être capable de visualiser les coéquipiers derrière soi, pour être capable de leur faire des passes à l'aveuglette.»

Si plusieurs cyclistes ont la piqûre, c'est en grande partie à cause du petit côté underground du vélo-polo. À Montréal, ce sport compte seulement une vingtaine de vrais joueurs. «Il n'y a pas beaucoup de membres dans la Ligue. C'est donc plus facile de devenir un des meilleurs joueurs! explique Aaron, sourire en coin. Et, étant donné que la plupart des joueurs sont nouveaux, ils connaissent moins les règles du jeu et sont moins compétitifs. C'est très amical. J'adore ça!»

Bien qu'il y ait quelques femmes, la majorité des joueurs de vélo-polo sont de jeunes hommes (dont plusieurs courriers à vélo), qui ont une seule chose en commun: leur passion pour le deux-roues. Tous les dimanches après-midi et mercredis soirs, ils se réunissent au Plateau-Mont-Royal et à Pointe-Saint-Charles, question de disputer quelques matchs.

Bon an, mal an, Aaron est toujours de la partie. Avec deux autres joueurs, il a d'ailleurs formé une équipe et voyage au Canada et aux États-Unis pour prendre part à des compétitions internationales de vélo-polo. Ailleurs dans le monde, ce sport de balle fait un tabac. Dans les villes comme Paris, New York et Londres, on compte des centaines et des centaines de joueurs. «Je rêve que le vélo-polo connaisse le même succès à Montréal! indique Aaron. Ce n'est qu'une question de temps!»

 

L'équipement

Pour jouer au vélo-polo, il faut trois choses: une balle, un maillet et un vélo. La moitié des joueurs jouent avec une bicyclette régulière. L'autre, avec un fixed-gear, un vélo à pignon fixe, comme celui qu'utilisent les courriers à vélos. En ce qui concerne les maillets, ils sont fabriqués à partir de vieux bâtons de ski ou de golf. Les poloïstes coupent le bout et le remplacent par un tuyau de plomberie, qu'ils fixent avec des vis. Et le tour est joué.