C'est au tour des Québécois de changer leurs habitudes à l'épicerie, récession oblige. Seulement une personne sur cinq affirme que le ralentissement n'a aucune répercussion dans son garde-manger. Les autres trouvent le moyen d'épargner ici et là. Et ce n'est pas toujours une mauvaise chose.

Stéphanie Bérubé LA PRESSE

«La faim justifie les moyens», commente Frédéric Blaise, président de la firme de communication Enzyme, spécialisée en alimentation, avec les résultats d'un nouveau sondage Ipsos Reid en main. Les temps difficiles, on le savait déjà, ramènent les gens dans la cuisine. Mais cette fois, les gens sont prêts à cuisiner. Ils regardent Josée di Stasio tous les vendredis soirs depuis des années. Ils ont les livres de recettes de Pinard et de Ricardo dans la bibliothèque. Il est grand temps de mettre toutes ces connaissances à l'épreuve. «Nous faisons de la cuisine par procuration depuis des années; maintenant, nous allons cuisiner», estime Frédéric Blaise.Les gens manqueront toujours de temps et le prêt-à-manger restera très populaire, dit-il. Mais le dimanche après-midi, on verra les gens popoter les repas de la semaine dans les chaumières.

Pour en avoir pour leur argent, les Québécois comptent manger leurs restes, nous apprend le sondage, mais surtout, ils feront des achats plus judicieux à l'épicerie. Et cela est vrai pour tout le monde. Pas uniquement pour ceux qui ont un budget plus serré, note Frédéric Blaise, qui prédit un retour des plats mijotés faits avec des viandes plus difficiles à travailler. Le retour du rôti de palette, quoi? «Oui. Et les bouchers devront s'adapter, dit-il. Proposer des coupes moins nobles, mais donner des conseils pour les cuisiner plus longtemps, avec un peu d'eau.»

D'ailleurs, lorsque les sondeurs ont demandé quels étaient les plats les plus économiques, surprise: les pâtes et les sandwichs des années d'études n'ont pas été les plus populaires. Loin devant, les soupes et les ragoûts sont considérés comme plus économiques. Selon le président d'Enzyme, il ne faut pas s'étonner de voir les aliments préparés par nos parents être si populaires. «Nous sommes très nerveux présentement, dit-il. À part la baisse des taux d'intérêts hypothécaires, il n'y a pas beaucoup de nouvelles encourageantes. Alors l'alimentation va devenir un refuge et les aliments-réconfort vont gagner en popularité. Dans le Canada anglais, ça va être les mijotés et, ici, le pâté chinois et la lasagne.»