Un kilogramme de boeuf haché maigre se vend 9,10$ à Rimouski contre 4,74$ à Montréal. À Jonquière, un bloc de fromage cheddar coûte 5,99$ contre 6,29$ à Québec. Le prix des aliments sains vendus au Canada varie grandement d'une région à l'autre révèle une nouvelle étude de la Fondation des maladies du coeur du Québec.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

Selon l'endroit où elles vivent, certaines personnes doivent payer de deux à six fois plus cher pour les mêmes aliments sains de base. «Et avec le contexte économique actuel, les différences s'aggraveront», prévoit la nutritionniste de la Fondation des maladies du coeur, Stéphanie Tremblay.

Du 15 au 25 octobre 2008, des bénévoles provenant de 66 régions canadiennes différentes ont acheté un panier d'épicerie contenant des produits alimentaires sains de base. Les coûts de ces produits ont été colligés par la Fondation des maladies du coeur.

«On ne s'attendait pas à des écarts aussi importants», affirme la porte-parole de la Fondation, Lise Bertrand.

Les différences sont en effet considérables. Alors que 900 grammes de pâtes de blé entier coûtent 8,38$ à Kelowna en Colombie-Britannique, elles n'en coûtent que 2$ à Barrie en Ontario. Un litre de lait 1% se vend 7,90$ à Gander à Terre-Neuve contre 3,49$ à Vancouver.

Pour Mme Tremblay, ces différences ont des conséquences directes sur les choix alimentaires des Canadiens. «Plus de 40% des citoyens disent se priver de certains aliments sains à cause du prix», dit-elle.

«Le bulletin doit sonner l'alarme, dit le chef du département de cardiologie du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), le Dr Georges Honos. Il faut se demander combien coûte à notre santé du coeur l'accès à des aliments sains.»

Il est difficile d'expliquer pourquoi les prix des aliments sains varient tellement d'une région à l'autre. «C'est sûr qu'il y a une question de transport, dit Mme Bertrand. Mais parfois, les aliments sont moins chers dans des endroits très loin! Il faut poser des questions au gouvernement. Si le gouvernement peut contrôler les prix de l'alcool, pourquoi il ne le ferait pas pour les aliments sains?»

Pas de poisson

L'étude de la Fondation des maladies du coeur montre également que l'accès à certains aliments sains est parfois déficient. «Dans le tiers des épiceries, les consommateurs ne peuvent pas trouver d'épinards congelés. Dans une épicerie sur cinq, il n'y a pas de poisson congelé non pané», dénonce Mme Tremblay.

Et ces données excluent les réserves autochtones, qui n'ont pas été considérées dans l'étude. «Dans les réserves, les prix étaient trop élevés et la variété des produits était trop déficiente. Les réserves auraient systématiquement été dernières dans tout», note Mme Tremblay.

Autre donnée inquiétante, les produits à meilleure valeur nutritive coûtent systématiquement plus cher dans les épiceries canadiennes. Par exemple, un paquet de riz blanc coûte en moyenne 4,71$ alors que la même quantité de riz brun coûte 5,09$. Un pot de margarine contenant des gras trans coûte 2,79$ contre 3,29$ pour la version sans gras trans.

L'étude révèle également que les prix des aliments malsains varient au sein d'une même municipalité.

«À Montréal, deux litres de boisson gazeuse coûtent 50 cents de moins à Verdun qu'au centre-ville. En revanche, les fruits en conserve coûtent 2,49$ à Verdun contre 1,29$ au centre-ville, note Mme Tremblay. C'est triste, car ces écarts de prix ont des conséquences directe