Il a été beaucoup question de l'ancien journaliste du Wine Spectator, James Suckling, au cours des dernières semaines, depuis que Karyne Duplessis Piché a révélé, sur lapresse.ca, que celui-ci avait touché un cachet de 18 000$ de la SAQ pour quatre capsules vidéo sur le vin.    

Jacques Benoit LA PRESSE

Car, rappelons-le, la SAQ, à la suite d'une entente avec Suckling, diffuse sur son site les notes de 90 sur 100 et plus que l'ex-journaliste attribue aux vins commercialisés au Québec, qu'il goûte ici même.

En contrepartie, la SAQ se trouve à faire la promotion du site payant de Suckling, lequel, au départ, ne devait pas être rémunéré par la société d'État.

Or, à en croire Suckling, les grands vins, notés 90 ou plus, abondent, même parmi les vins vendus dans les 20 ou 25$, et leur nombre devrait sans doute continuer à augmenter... Selon lui, on peut donc se monter une cave de grands vins à peu de frais.

La réalité, en ce qui regarde les grands vins, est à mon avis tout autre.

«Les grands vins représentent moins de 1% de la production mondiale. Ils ne sont jamais bon marché, mais ils valent leur prix», signale ainsi avec raison, dans Le livre d'or du vin, l'Américain Frank Schoonmaker, grand connaisseur et marchand de vin, qui fut parmi les tout premiers à suggérer aux vignerons de Bourgogne d'embouteiller leurs vins plutôt que de les vendre aux négociants, comme cela s'est longtemps pratiqué.

Autrement dit, en se faisant le porte-voix de Suckling, la SAQ travaille à faire croire à tort à sa clientèle qu'elle peut acheter quantité de grands vins à prix modérés. Cela pervertit en quelque sorte ses goûts... et n'a rien pour renforcer la crédibilité de la SAQ, bien au contraire.

Voici, par ailleurs, une sélection de très bons vins, qui ne sont pas - hélas! - de grands vins.

1. Vinho Verde 2010 Alvarinho Muros Angitos Anselmo Mendes, 20,25$ (11 612 555), ***1/2,$$1/2, 2012-2015

Vinho Verde (Portugal) d'exception, fait que d'Alvarinho (ou Albarino), goûté à l'aveugle, et dont le bouquet, net, fin, rappelle le chablis. De corps moyen, ses saveurs sont franches et bien affirmées, et il donne l'impression d'être légèrement boisé (ce qui n'est pas le cas), à cause sans doute de l'impression de gras qu'il laisse en bouche. Très beau vin blanc, et hors-norme, à consommer dès maintenant selon son producteur. Mis en vente il y a deux jours, dans le cadre de la parution du plus récent numéro de Cellier. 13,5% (150 caisses).

2. Lujan de Cuyo 2009 Bodega Chakana, 18,85$ (11 602 883), ***,$$, 2012-2014.

Vin rouge d'Argentine, de Cabernet Sauvignon, bien coloré sans qu'il soit opaque, au bouquet ample, de fruits noirs, avec des notes chocolatées (le bois). Charnu, relativement corsé, dense, quoique plutôt bâti tout d'une pièce, ses tannins sont bien enrobés. Goûté aussi à l'aveugle, je croyais avoir affaire à un vin de Malbec. Également mis en vente à l'occasion de la sortie du numéro de Cellier. 70% de ce vin est élevé en fûts de chêne français, dont la moitié de neufs. 14% (200 caisses).

3. Givry 1er cru Les Bois Chevaux Didier Erker, 24,80$ (880 492), ***,$$$, 2012-2014.

Rouge clair à reflets rosâtres, ce charmant bourgogne rouge a, comme on dit, tout pour plaire... Sans être très large, son bouquet de fruits rouges, légèrement boisé, est franc, et la bouche suit, tout au plus moyennement corsée, peu tannique, et au bon goût de fruit. Le tiers de ce vin est élevé en fûts, et le reste en cuves. 13% (110 caisses).

4. Rias Baixas 2010 Albarino Fillaboa, 22,05$ (11 668 129), ***,$$1/2, 2012-2014

Autre vin d'Albarino, d'Espagne celui-là, qui a été élevé sur lies (on laisse les lies dans la cuve, et on les remue à intervalles). La couleur est un peu dorée, le bouquet aromatique, expressif, avec des notes genre abricot. Bien goûteux, équilibré, et très bon. 13%   (79 caisses). '