«Le vin Fuzion... vous connaissez?» Paolo Sacerdotte, sommelier et chef de service chez Familia Zuccardi, était fier de sa blague. Il savait que le vin Fuzion a déjà battu des records de vente dans la Belle Province, ainsi que chez nos voisins ontariens.

Lucie Poulin, collaboration spéciale CYBERPRESSE

Curieusement, les Zuccardi ont beau être des géants de l'industrie vinicole argentine, le Fuzion est totalement méconnu des Argentins; il est exclusivement réservé à l'exportation.

Et ce n'est pas un hasard si les Canadiens raffolent de ce vin.

Avant de pénétrer le marché nord-américain, Familia Zuccardi avait effectué une analyse. Le groupe savait donc que le shiraz en provenance de l'Australie était apprécié ici. La stratégie était de le marier à du malbec afin d'amener graduellement les Nord-Américains à adopter ce cépage emblématique de l'Argentine.

«Maintenant que les vins argentins sont sur la carte, il faut convaincre les consommateurs de migrer vers la gamme supérieure. Le Fuzion est un vin respectable, mais c'est en déboursant 15$ et plus qu'on commence à noter des caractéristiques spécifiques causées par le sol, l'altitude et le climat. On peut alors parler de vin de terroir, comme le Torrontés de La Rioja ou le Malbec de Lujan de Cuyo, explique José Asensio, responsable de l'exportation chez Familia Zuccardi. C'est aussi dans cette gamme de prix que le consommateur devient plus fidèle», dit-il.

À Mendoza, quelque part entre les caves d'entreposage du vignoble familial se trouve le «laboratoire». C'est ici que les oenologues se transforment en alchimistes. «On ajoute 5% de blanc à un Malbec, mélange la peau d'un raisin avec le jus d'un autre, cueille le raisin plus tard en saison, le macère plus ou moins longtemps... On obtient parfois de belles surprises!», raconte l'un des guides, Torey Novak.

Mais bien avant les chiffres, c'est la passion qui motive les choix de chacun. La passion du vin.

«Lorsqu'on reçoit des visiteurs au vignoble, on veut leur transmettre notre amour du vin. On veut qu'ils passent du bon temps, qu'ils vivent une expérience inoubliable et qu'ils associent nos étiquettes avec le plaisir», explique Julia Zuccardi, la fille du directeur.

Accords mets-vins

C'est dans cette optique que Julia a ouvert un restaurant gastronomique en 2005 dont l'objectif était de mettre les vins en valeur, en les accompagnant de mets argentins. «Nous avons seulement repris le concept des vignobles européens», dit-elle.

Dans la cuisine, l'ambiance est détendue. Les employés s'activent doucement autour des fourneaux. Pendant que les sauces mijotent, on coupe les légumes et prépare les braises pour le grill.

Aujourd'hui, des Allemands y apprennent à fourrer les empanadas. Les cours de cuisine font partie des activités offertes aux touristes, comme d'admirer les vignes du haut d'une montgolfière ou de pique-niquer sous les grappes.

Au menu, on retrouve l'incontournable parilla (grillades), le plat le plus prisé du restaurant. Les Argentins ne s'en lassent pas et les touristes apprécient toujours la découverte des mets locaux.

Quant aux plus curieux, le chef Mathias Aldasoro et une équipe de quatre sommeliers ont établi un menu dégustation qu'ils renouvellent quatre fois par année: huit services créés à partir des principes de la cuisine moléculaire, spécialement conçus pour s'harmoniser parfaitement avec une sélection de huit alcools: rosé effervescent, vin fortifié, blanc sucré, rouge tannique... En bouche, l'impact est saisissant.

Des projets pour le vignoble? Bien sûr que oui. D'ici l'année prochaine, un bar à tapas mettant en vedette les olives cultivées par Miguel, le benjamin de la famille Zuccardi. Puis, d'ici deux à trois ans, un hôtel de 12 à 15 chambres au milieu des vignes. «Pour prolonger le plaisir de nos visiteurs!», dit Julia.

Lucie Poulin tient le blogue Pedalingsouth.com où elle raconte ses aventures de voyage, en vélo!